17-02-2006, 16:51
La distinction que tu cherches à faire entre « mythe » et « mythologie », Vinyamar, ne me paraît pas aisée:
Il me semble plutôt que cette distinction est celle entre le mythe d'une part, et les symboles et les images de l'autre (pour essayer de reprendre ce que je crois comprendre de Images et Symboles d'Eliade): le mythe est un système dynamique de symboles (ou d'archétypes), qui se réalise dans un récit. Donc tu as un mythe (par ex. celui de la création de l'Homme) qui se réalise dans un récit donné (par ex. la Genèse) par tout un biais (une structure) de symboles (par ex. la pomme de connaissance, le serpent, etc.)
La « mythologie » c'est beaucoup plus simplement (je paraphrase légèrement le TLFI):
Sur la question arthurienne:
Je ne suis pas complètement d'accord avec ta dernière phrase. La problématique de l'organisation d'une société, et par là de l'exercice du pouvoir (qu'il soit considéré d'origine divine ou non), est un problème intrinsèquement posé à l'Homme, et il n'est donc pas étonnant d'en trouver son pendant dans les mythes. Songe à Tyr, « dieu juriste » des Norois, mettant son bras en jeu (et le perdant) pour capturer Fenrir par une ruse « injuste »... Le mythe a une valeur « exemplaire », il aussi sert de modèle à la société humaine (e.g. la distinction entre le Bien et le Mal). La structure tripartite appliquée par Dumézil aux mythes indo-européens a foncièrement, me semble-t-il, un aspect « social », relevant du rôle du guerrier, du prêtre-sorcier et du paysan dans la société antique. Certains mythes sont aussi « identitaires » (d'un peuple « élu », etc.).
A ce titre, je pense qu'on peut effectivement considérer la geste arthurienne comme étant « devenue » mythique à plus d'un titre: social (transmission de la royauté et légitimité du droit), identitaire (d'un royaume uni), initiatique (quête d'une vérité), etc. Ce n'est pas (aussi) simplement qu'une légende.
Didier.
Vinyamar Wrote:Le mythe est un fait, un acte, qui explique un état de la condition humaine (par exemple) : La création de l'homme, La Chute, etc...
La mythologie est le corpus qui soutient ce mythe : les personnages que le héros affronte, le héros lui-même parfois, les dieux qui réagissent, les créatures qui l'aident...
Il me semble plutôt que cette distinction est celle entre le mythe d'une part, et les symboles et les images de l'autre (pour essayer de reprendre ce que je crois comprendre de Images et Symboles d'Eliade): le mythe est un système dynamique de symboles (ou d'archétypes), qui se réalise dans un récit. Donc tu as un mythe (par ex. celui de la création de l'Homme) qui se réalise dans un récit donné (par ex. la Genèse) par tout un biais (une structure) de symboles (par ex. la pomme de connaissance, le serpent, etc.)
La « mythologie » c'est beaucoup plus simplement (je paraphrase légèrement le TLFI):
- Etymologiquement, le « discours sur les mythes », soit l'étude, la connaissance et l'explication des mythes et de leur signification.
- Par extension, l'ensemble des mythes propres à une civilisation ou un peuple (« la mythologie grecque... »), à une religion (« la mythologie védique... »), à un thème ou à un élément (« la mythologie lunaire, la mythologie du feu... »).
Sur la question arthurienne:
Quote:Par contre, Didier, je ne suis pas certain que la Geste d'Arthur appartienne vraiment au mythe. La fonction royale, selon moi, n'est pas de l'ordre de la condition humaine.
Je ne suis pas complètement d'accord avec ta dernière phrase. La problématique de l'organisation d'une société, et par là de l'exercice du pouvoir (qu'il soit considéré d'origine divine ou non), est un problème intrinsèquement posé à l'Homme, et il n'est donc pas étonnant d'en trouver son pendant dans les mythes. Songe à Tyr, « dieu juriste » des Norois, mettant son bras en jeu (et le perdant) pour capturer Fenrir par une ruse « injuste »... Le mythe a une valeur « exemplaire », il aussi sert de modèle à la société humaine (e.g. la distinction entre le Bien et le Mal). La structure tripartite appliquée par Dumézil aux mythes indo-européens a foncièrement, me semble-t-il, un aspect « social », relevant du rôle du guerrier, du prêtre-sorcier et du paysan dans la société antique. Certains mythes sont aussi « identitaires » (d'un peuple « élu », etc.).
A ce titre, je pense qu'on peut effectivement considérer la geste arthurienne comme étant « devenue » mythique à plus d'un titre: social (transmission de la royauté et légitimité du droit), identitaire (d'un royaume uni), initiatique (quête d'une vérité), etc. Ce n'est pas (aussi) simplement qu'une légende.
Didier.

