18-02-2006, 14:24
Vinyamar Wrote:Peux-tu commenter mon exemple sur Zeus, que je déclare appartenir à la mythologie, et sur Chronos, que je déclare appartenir au mythe (en ce que sa fonction n'est que de dévorer ses enfants, et qu'il est donc identifié avec sa fonction).
Je dis peut-être des bêtises, mais j'ai le sentiment que c'est une affaire de gradation... Et qu'on ne peut pas arriver à une définition tranchée, parce que les domaines se chevauchent. Certaines légendes ou certains contes ont pris des aspects mythiques (Je n'ai pas voulu dire autre chose pour Arthur) de même que certains récits dits « mythologiques » (compris au sens large où ils mettent en oeuvre des personnages usuels de la mythologie) tiennent en fait plus de la légende ou du conte, sans réellement avoir d'aspect mythique.
Chronos est un personnage mythologique... Ce qui tient du mythe, c'est le récit où il dévore ces enfants, car on voit bien qu'il porte plus loin qu'un simple conte et qu'il révèle quelque chose du Temps. Mais comme on n'a pratiquement conservé que ce récit à propos de Chronos, on peut peut-être dire que Chronos est mythique, parce qu'il y une identification univoque avec le récit (~ à un personnage ne correspond qu'un récit).
Zeus est tout autant un personnage mythologique... Certaines des histoires qui se rapportent à lui tiennent aussi du mythe. Celle de sa rébellion contre Chronos évidemment. Est tout autant mythique le fait que son « foudre » possède trois éclairs, l'un pour avertir ou menacer, le second pour punir et le dernier pour détruire le monde à la fin des temps. Il y a forcement aussi quelque chose du mythe dans son rapport à la sexualité. Mais sur d'autres points, on a aussi beaucoup de légendes sur Zeus qui n'ont rien de vraiment mythiques (et qui n'entrent pas, d'ailleurs, dans les catégories qu'on a définies plus haut). On lui aurait « prêté », en quelque sorte, des aventures « hors du mythe ». Il y aurait une équivocité entre Zeus et les récits qui parlent de Zeus (~ à un personnages correspondent plusieurs récits, pas tous strictement mythiques).
Par conséquent :
Quote:Dans nos discours sur les éléments mythiques et les éléments mythologiques, comment ne pas passer de l'un à l'autre de manière abusive.
Peut-être par le filtre de la « révélation du sacré » chère à Eliade? Le récit mythique, tout en restant un récit, parlerait aussi d'autre chose que de ce récit seulement. (« Sacré » étant ici à prendre dans un sens très large -- auquel on accorde une valeur très élevée -- pas uniquement au sens d'un fait religieux.)
Une légende ne parle pas d'autre chose qu'elle même. Un conte (même moral) n'illustre pas autre chose que lui même.
Quote:Finalement, un point de distinction peut se faire en ce que le mythe (celui dont je parle) doit pouvoir s'adresser à TOUT homme individuellement : le mythe me parle à moi, aujourd'hui (j'aime bien l'exemple de Chronos : le temps finira par me dévorer).
Si les questions (existentielles, etc.) se posent affectivement à tout homme, je ne suis pas sûr que les réponses apportées par les mythes puissent pour autant s'adresser à tout homme. Je crois que nous sommes quand même le produit de cultures et de traditions qui peuvent différer largement. L'expérience du réel n'est pas perçue par tous de la même manière, non? J'ai des doutes, tu le comprendras, sur ce côté « universel ».
Didier.

