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Différence entre un mythe et une mythologie ?
#30
La notion même de mythe étant sujette à discussion (les mythes s'inscrivant dans des contextes sociohistoriques particuliers), je me permets de citer Philippe Walter (déjà mentionné par ailleurs dans ce fuseau), professeur de littérature française du Moyen-Age et auteur d'un ouvrage très intéressant, dans lequel il écrit, en introduction :

[citation=Mythologie chrétienne. Fêtes, rites et mythes du Moyen-Age, Paris, Imago, 2003 (2005), 228 p., p. 11-12]Il reste difficile [...] de définir a priori le mot mythe. Les trois fonctions qu'on lui reconnaît traditionnellement : sa fonction narrative (le mythe raconte), sa fonction initiatique (le mythe révèle), sa fonction étiologique (le mythe explique) ne suffisent pas à rendre cette notion opératoire partout. C'est pourquoi il convient de prendre également en considération le rite qui soutient le mythe et le prolonge dans la mémoire.

Pour nous, le mythe se définira, en relation avec un rite, comme le "langage d'une civilisation" s'inscrivant dans les deux cadres fondamentaux du Temps et de l'Espace. Dans l'Occident chrétien, les rites comme les mythes sont indissociables d'un temps et d'un espace sacrés, même si le christianisme opère en la matière quelques transferts révélateurs. Ainsi, l'Eglise chrétienne redispose dans son espace spécifique les trois éléments principaux du culte druidique : la pierre mégalithique (menhir ou dolmen) se transforme en pierre d'autel ; les fonts baptismaux, où se déroulent les baptêmes, représentent l'antique fontaine sacrée ; quant aux arbres de la forêt-temple, ils deviennent piliers et colonnes d'une nef en pierre avec ses ornements de chapiteaux feuillus.[/citation]

Ainsi, pour reprendre l'exemple de Saint-Nicolas dont parlait Lambertine, il faut savoir que l'on continue chaque année (le 6 décembre) à le fêter en même temps que le Père-Fouettard en Alsace-Lorraine, entre autres régions. Toutefois, l'origine mythique (appartenant à la Légende Dorée) de ce personnage a été christianisée - notamment, selon la légende, à la suite du témoigngage d'Aubert de Varangéville de retour de croisade -, et rares sont celles et ceux aujourd'hui, même en Alsace-Lorriane, qui en connaissent les fondements pré-chrétiens : Nicolas est un génie du passage appartenant à l'Autre Monde. Distributeur d'abondance et garant de fécondité, il possède un lien secret avec les richesses célestes et souterraines que révèle l'étymologie de son nom. Le nickel est découvert en 1751 et est abrégé sous l'appellation "Nicolaus", également le nom d'un lutin qui, à l'instar du nain, est lié au monde souterrain et à ses richesses minérales. Mais l'essentiel de la mémoire païenne de ce personnage se concentre aujourd'hui sur la figure du Père-Fouettard qui accompagne le saint dans ses déplacements. Dans le folklore contemporain, le Père-Fouettard est ainsi devenu le témoin fossilisé de l'ancêtre païen du saint et rappelle tous les hommes sauvages, mi-hommes, mi-bêtes, des périodes carnavalesques. Il symbolise donc le monde primitif et appartient à l'Autre Monde dont il est l'un des maîtres. Et à Ph. Walter de conclure : [emphase]« C'est l'ogre-fée, un maître d'abondance et de richesse (un dieu plutonien des morts) mais dépossédé de ses traits positifs au profit du saint évêque qui le domine »[/emphase] (p. 78).

Cordialement,
Tilkalin.
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