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'Pensées pour moi-même' à propos des concombres et des ronces
#1
<div align=justify>Il y a bien longtemps, Marc-Aurèle nous encourageait de la sorte :<br><blockquote><font color="#008800"> « Dans les exercices du gymnase, quelqu’un t’a écorché avec l’ongle et t’a brisé d’un coup de tête. Nous n’en manifestons aucun désagrément, nous ne nous offensons pas, nous ne le soupçonnons pas dans la suite de nous vouloir du mal. Toutefois nous nous en gardons, non pourtant comme d’un ennemi ; mais, <font color="#008080"><b>sans le tenir en suspicion, nous l’évitons bienveillamment</b></font>. Qu’il en soit de même dans les autres circonstances de la vie. Passons bien des choses à ceux qui, pour ainsi dire, s’exercent avec nous au gymnase. Il est possible, en effet, comme je le disais, de les éviter, sans les soupçonner, ni les détester.<br>(...)<br>Ce concombre est amer ; jette-le. <font color="#008080"> <b>Il y a des ronces dans le chemin ; évite-les. <i><u>Cela suffit</u></i></b></font>.<br>(...)<br>Et premièrement, quel rapport y a-t-il entre ces hommes et moi ? C’est que nous sommes nés les uns pour les autres (...) toi aussi tu commets bien des fautes, et tu es tel que ce que sont les autres. Si tu t’abstiens de certaines fautes, tu as pourtant la disposition qui t’y porte, même si, par lâcheté, vanité et tel autre vice semblable, <b><font color="#008080">tu évites de faire les mêmes fautes</font></b>. »<br>— Livre VI.20, VIII.50, XI.18 (trad. par Mario Meunier, GF n°16, p. 90, 124, 160-161).</font></blockquote> Je n'ai aucune joie en ouvrant ce fuseau. <br>En me cachant derrière le titre de Marc-Aurèle, je voudrais non pas faire de ce fuseau un blog personnel, mais bien vous inviter à faire votres ces pensées.<br>Il y a longtemps, Laegalad avait demandé s'il n'était pas possible de faire un lien direct vers trois propositions que j'avais lancées sur <a href="http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum10/HTML/000331.html" target="_new">un fuseau</a> déjà trop ancien, après les avoir pratiquées de mon mieux. Certains (j'espère qu'ils se reconnaîtront) avaient apprécié cette contribution... à l'époque. A les relire, je les approuve encore. <br>Alors, au risque de passer pour un donneur de leçon, je propose, tout à nouveau, ces TROIS règles simples :<p><b>Première règle : <font color="#000080"> pose-toi TOUJOURS les quatre questions</font> </b><br><blockquote>(1) Suis-je sur la section libre ?<br>(2) Mon propos concerne-t-il Tolkien et/ou son œuvre ?<br>(3) Ai-je lu en entier le fuseau sur lequel j’interviens ?<br>(4) Alors, et si elle n’est pas redondante, ma réponse est-elle pour autant adaptée au sujet du fuseau ?</blockquote><br>Si les réponses sont toute NON : tais-toi, tu participeras une autre fois.<br>Si les réponses aux trois première questions sont NON : tais-toi aussi…<p><b>Deuxième règle : <font color="#000080"> ne te lance JAMAIS dans la chasse à la sottise</font></b> <br><blockquote><font color="#008800"> « La chasse aux imbéciles semble être condamnée à redoubler le mal qu’il s’agit d’éviter. le sot ne peut comprendre sa sottise, sinon il cesserait d’être sot. Fallait-il encore le redire ? Si le sensé veut le heurter de front, la frustration imposée ne sera pas comprise et se transformera en une agressivité d’autant plus inhumaine qu’elle sera précisément marquée du sceau de la bêtise et d’une crainte inavouée d’infériorité. Il ne suffisait pas à cet homme d’être bête ; le voici bête et méchant. En face de ceci, mettons l’ambition première du redresseur de tort. Il voulait défendre la pensée humaine dans l’homme, en s’attaquant à celui qui le galvaudait. Au lieu de respecter la personne d’autrui, il vient d’attaquer sa bêtise, mais c’est la personne qui a répondu et en se dégradant davantage comme personne. Pour n’avoir pas compris que la situation était perdue d’avance d’une part, et d’autre part qu’il y avait une hiérarchie de valeurs (prudence, respect, charité) dont il fallait tenir compte, l’homme a cessé d’être lucide et s’est fait la victime de ce qu’il voulait combattre. Si la bêtise se manifeste dans le temps, la réaction à la bêtise se fait aussi dans le temps, et non par rapport à une pensée contemplative. Il faut réagir intelligemment contre ceux qui manquent d’intelligence, sinon il y a risque de perdre sa propre intelligence. Ainsi Flaubert remarquait que sa hargne de la bêtise bourgeoise finissait par avoir un effet inquiétant sur sa façon de sentir et de penser. »<br>— Michal Adam, <i>Essai sur la bêtise</i>, p. 173</font></blockquote><br>Au contraire, sans hargne, instruire, ou mieux, se taire :<br><blockquote><font color="#008800"> « Instruis-les, si tu peux ; si tu ne peux les instruire, supporte-les. »<br>Alain citant Marc-Aurèle, le 8 février 1923 (<i>Minerve ou de la sagesse</i>, chap. LXXI, Paix sur la terre, p. 241) </font></blockquote><br>Se taire plutôt que de répondre automatiquement, se taire plutôt que d’aller jouter machinalement, se taire plutôt que de rebondir, comme un ressort, sous la pression de chaque affront, car alors, celui qui se croyait sensé devient « ce qu’il voulait combattre » :<br><blockquote><font color="#008800"> « Le sot est automate, il est machine, il est ressort ; le poids l’emporte, le fait mouvoir, le fait tourner, et toujours, et dans le même sens, et avec la même égalité » (La Bruyère, <i>Caractères</i>, XI, 142). </font></blockquote><br>Souviens-toi en effet que :<br><blockquote><font color="#008800"> « La sottise est fort commune, il est vrai ; mais je ne remarque point qu’elle se pose ici plutôt que là ; bien plutôt elle voltige sans cesse ; chacun est touché. J’ai souvent remarqué que le plus habile, dès qu’il se dit qu’il est le plus habile dit aussitôt quelque sottise. Il n’y a point de génie qui tienne. »<br>(Alain, <i>Minerve ou de la sagesse</i>, chap. XXXII, Passions inconstantes, p. 114) </font></blockquote><p><br><b>Troisième règle : <font color="#000080"> Pratique la quarantaine de la sottise et des trollistes.</font></b><br>On ne répond pas à la provocation et on laisse le provocateur dans sa fange (« Malheur à celui par qui la provocation arrive ! » ;-))<br>Un soufflé retombe très vite une fois sorti du four. Rien de tout cela n’a d’importance. Rien de tout cela ne restera. <br><font color="#008080"> Garde ton énergie pour une participation active. Construis. Relève tes manches, pose ta main sur la cognée, sarcle, plante et arrose, polis et dépoussière, tisse et réjouis-toi !<br>Réjouis-toi de tes efforts et des efforts de tes compagnons, car la joie est faite pour être partagée.</font><br>Sinon, tais-toi. <br>Si tu viens par pur désoeuvrement, si tu viens pour provoquer derrière des dehors policés et <i>cordiaux</i> tout en connaissant l'effet que produiront tes mots, si tu viens pour répondre à la provocation, si tu viens avec un esprit de revanche, si tu viens pour avoir le dernier mot, si tu viens pour "en rajouter une couche", pour être le dernier chien qui aboie dans la nuit...<i>tais-toi</i>.<br>Et si tu ne te tais pas, tant pis pour toi, car tu te condamnes à l’isolement et rien de ce que tu pourras faire ne demeurera dans le temps.<br><blockquote><font color="#008800"> « A l'effroi des assistants, une brume grise s'amassa autour du corps de Sarumane; elle s'éleva lentement à une grande hauteur comme la fumee d'un feu et, sous la forme d'un corps enveloppe d'un linceul, s'estompa par-dessus la Colline. Elle flotta un moment, tournée vers l'Ouest; mais de là vint un vent froid, elle s'infléchit et, sur un soupir, se résorba en néant.»</blockquote></font> <br>... à moins que...<p>... à moins qu'à force de persévérance et de folie, tu parviennes à l'impossible : transformer le rien et le vide en <i>néant</i>, faire de la nuit obscure de profondes ténèbres et plonger le forum tout entier dans la Nuit. <br><b>Oh, bien entendu, rassure-toi : cela ne sera <i>jamais</i> ta faute</b>. Jamais entièrement en tout cas. Car il faut être plusieurs pour arriver à infliger une telle blessure. Une responsabilité collective, distribuée, diluée, au point que tu n'auras pas conscience d'avoir participé à la blessure. Saruman encore, Saruman le Multicolore, le démultiplié, le diffracté.<br>Un Saruman qui serait parvenu à ses fins : un Saruman qui disparaîtrait dans le néant (comment pourrait-il en être autrement?) mais qui, dans sa chute, entraînerait avec lui le monde entier.</div><p>Sosryko, <br>espérant qu'en ces lieux il est <i>old but not yet dotard</i>.
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