05-07-2006, 00:58
<SMALL><DIV class="citeAuteur"><B>Cédric</B> a dit :<DIV class="citeTexte">Ainsi, il se trouvera toujours quelqu'un pour critiquer ceux qui lisent Tolkien (ou un autre auteur) assidumment, ceux qui fréquentent les stades de foot pour s'exclamer lorsqu'un joueur fait de belles choses avec son ballon (je suis de ceux-là ;-))ceux qui se lèvent à 3h du matin le week-end pour photographier une libellule sur son brin d'herbe (j'en suis aussi...), etc, etc.</div></div><br>Tu es un sacré cumulard d'obessions, toi, il fallait bien cela pour créer ce site de névrosés ;-)</SMALL><p><DIV class="citeAuteur"><B>Marie Therese</B> a dit :<DIV class="citeTexte">Mais rever ne devrait pas se faire en plein jour, et se detacher de la réalité me parait presque dangereux. </div></div><br>Bienvenue à toi Marie Thérèse.<br>J'espère que ton intervention n'a rien à voir avec l'émission d'Arte hier soir (utile, douloureuse et effrayante) consacrée aux dangers d'Internet auprès des jeunes... Si c'était le cas, j'espère que ces premières réponses t'auront rassurée. Très vite, en survolant les sections tu constateras que ces lieux sont parmis les lieux les plus sains de la toile, consacrés qu'ils sont à un univers <i>littéraire</i> et à son auteur, lequel auteur.<br>Rien à dire de plus que mes camarades sinon. Mais lors d'une <b>lecture</b> récente (<small>Isengar a raison, c'est une des clés sinon la clé</small>), il me semble que le professeur aurait eu son mot à dire sur la question de la <font color=#cc6600> réalité</font> au sens de <font color=#cc6600>"vie réelle"</font> :<p><div class="refTexte">(...) daprès mes souvenirs, à aucun moment le plaisir du conte na dépendu de la croyance que de telles choses pouvaient se produire ou sétaient produites dans la « <b><font color=#cc6600>vie réelle</font> </b>». Il était évident que les contes de fées ne traitaient pas en premier lieu de ce qui était possible, mais de ce qui était désirable. Sils suscitaient un <i>désir</i>, quils satisfaisaient tout en laiguillonnant souvent de manière insupportable, ils étaient réussis. (...) ce désir, composé de plusieurs ingrédients, certains universels, certains propres à lhomme moderne (y compris lenfant moderne), ou même à certains types dhommes. Comme <b>je ne désirais aucunement faire des rêves</b> ou vivre des aventures comme <i>Alice</i>, leur récit mamusait, sans plus. (...) Mais le pays de Merlin et dArthur valait mieux, le meilleur de tous étant le Nord sans nom de Sigurd des Völsungar et prince de tous les dragons. Ces pays étaient éminemment désirables. <b>Je nai jamais imaginé le dragon comme étant du même ordre que le cheval</b>, et ce, pas seulement parce que je voyais des chevaux tous les jours mais jamais ne serait-ce que lempreinte dun dragon . Le dragon portait bien en évidence la marque <i>Du pays de Faërie</i>. Dans quelque monde quil existât, cétait un Autre Monde. La <i>Fantasy</i>, le fait de créer ou dapercevoir dAutres Mondes, était au cur de ce désir de Faërie. Je désirais les dragons dun désir profond. Bien sûr, dans mon corps timide, je ne souhaitais pas en avoir dans le voisinage, à faire irruption dans mon univers relativement sûr, où il était par exemple possible de lire des contes en toute tranquillité desprit, à labri de toute crainte . <b>Mais le monde qui contenait lidée même de Fáfnir était plus riche et plus beau</b>, au prix de quelque péril que ce fût. (...)<div class="refTitre">Tolkien, Du Conte de Fées, MCE, p. 168-169</div></div><p>Il faut bien comprendre : Tolkien <i>ne désirait pas</i> faire des rêves, mais il rêvait car l'homme ne peut se contenter d'exister, car l'homme <i>désire</i> également et avant tout <i>vivre</i>. La "vie réelle" ne suffit pas à combler <i>le désir de la Vie</i>.<br>Aussi, Tolkien ne désirait pas faire des rêves, mais ses rêves portaient en eux un profond désir... <br>Or n'est-ce pas cela un rêve... véritable ? Non pas une chimère, non pas une évasion inconsidérée et la recherche d'une vie qui n'est pas la mienne, mais <i>une vision</i> que je fais mienne ou (plutôt) qui se propose et s'impose à moi, qui porte en elle le moyen de rendre le monde "plus riche et plus beau". <p>Le rêve n'est donc pas (seulement) pour moi mais pour les autres (cf. plus bas la considération de Tolkien sur les ingénieurs des chemins de fer). Dès lors, les rêvasseries (<small>je ne veux pas employer négativement le mot <i>rêverie</i> cher à Bachelard, ce serait attrister Laegalad et ça, c'est pas bien du tout ;-)</small>) ne font pas partie des rêves "en plein jour" !<br>Qu'est-ce qu'un rêve en plein jour ? Le meilleur exemple, archiconnu au point qu'on en viendrait à le négliger (pour ne pas dire mépriser) : le discours de Martin Luther King.<br><i>I have a dream...</i> Ou le rêve comme force de dévoilement, qui démontre que "la vie réelle" est factice (ou plutôt dévoyée, perdue) et qui donne le désir de la "vie véritable". Car la réalité n'est pas la vérité. C'est tout l'écart entre le monde rêvé (=vision offerte à tous) d'un Martin Luther King et notre triste réalité 30 ans plus vieille que la sienne et certainement pas meilleure.<p><div class="refTexte">Aussi incroyable que cela puisse paraître, jai récemment entendu un clerc dOxford déclarer quil se réjouissait de la proximité dusines de production en série, ainsi que du grondement de la circulation automobile embouteillée, car cela mettait son université « en contact avec <b><font color=#cc6600>la vie réelle</font></b> ». Peut-être entendait-il par là que la manière dont les hommes vivaient et travaillaient au XXe siècle gagnait en barbarie à un rythme alarmant, et que la bruyante démonstration de ce phénomène dans les rues dOxford pouvait tenir lieu davertissement : il nest pas possible de préserver longtemps une oasis de bon sens dans un désert de déraison par de simples clôtures, sans réellement passer à laction offensive (pratique et intellectuelle). Mais je crains que telle nait pas été son intention. En tout cas, lexpression «<b><font color=#cc6600>la vie réelle</font></b>» dans ce contexte semble ne pas répondre aux normes académiques : lidée selon laquelle les automobiles seraient plus « vivantes » que, disons, les centaures ou les dragons, est curieuse ; quelles seraient plus « réelles » que, disons, les chevaux, est dune bêtise navrante. Ô combien réelle est la cheminée dusine, combien étonnamment vivante, comparée à lorme, pauvre chose obsolète, rêve immatériel dun amateur dévasion !<br> Pour ma part, je ne puis me convaincre que le toit de la gare de Bletchley soit plus « réel » que les nuages, et en tant quuvre humaine, il minspire moins que le légendaire dôme des cieux. La passerelle daccès au quai n°4 me paraît moins intéressante que Bifröst, gardé par Heimdall et son Gjallarhorn . Je ne puis chasser de mon cur indompté la question de savoir si les ingénieurs des chemins de fer, eussent-ils reçu davantage de <i>Fantasy</i> dans leur éducation, nauraient pas pu faire mieux, avec toute leur abondance de moyens, que ce quils font dordinaire. <b>Le conte de fées pourrait, jimagine, savérer un meilleur professeur que luniversitaire dont jai parlé plus haut.</b> <br><div class="refTitre">Tolkien, Du Conte de Fées, MCE, p. 185-186</div></div><p>S.

