10-07-2007, 16:49
Comme le sujet nous intéresse, nous en avons un peu parlé entre nous, au moot de ce week-end.<p>Une réflexion qu'y a fait Lambertine pourrait nous éclairer sur la réaction de ton ami camerounais, Isabelle. Lorsque nous lisons des contes et des mythes provenant de cultures vraiment très éloignées de la nôtre (ici, Lambertine a cité les Aborigènes australiens), nous éprouvons aussi une réaction d'incompréhension pouvant aller jusqu'au rejet, tant les thèmes nous paraissent bizarres et les valeurs déroutantes ou effrayantes.. Ceci tant que nous ne possédons pas les clés qui nous permettraient de les interpréter. Dès que nous avons accès à ces clés, ces récits prennent une signification totalement différente de celle que nous avions cru y voir, et nous deviennent plus compréhensibles et plus familiers.<p>L'Afrique connait aussi des épopées de style héroïques. Elles sont transmises et contées par les griots et célèbrent les exploits des ancêtres, des fondateurs de dynasties, des guerriers d'autrefois. Elles sont perçues (peut-être devrais-je dire « étaient »?) par le grand public comme de l'Histoire (la même chose se passe en Europe d'ailleurs), par les érudits comme des mythes. L'histoire de l'héritier qui doit récupérer le royaume (ou la richesse) de ses ancêtres par exemple, n'est pas étrangère à l'Afrique. (Bon, évidemment, l'Afrique noire n'est pas un tout homogène : plusieurs ethnies, plusieurs peuples, plusieurs histoires, plusieurs mythes, plusieurs mentalités, tous différents). Pas plus que l'histoire du petit malin qui réussit là où le puissant échoue (transmise sous forme de fable animalière : le lièvre contre le lion par exemple).<p>L'aspect individuel intervient aussi, évidemment. Il y a bien des anglais qui n'aiment ni ne comprennent Tolkien. Le fait d'avoir déjà eu ou non des contacts avec la culture européenne, le vécu personnel, mais aussi simplement les goûts et les intérêts de chacun jouent leur rôle. J'ai vécu une expérience inverse de la tienne, Isabelle. Un ami zaïrois (ancienne RDC) à qui j'avais fait découvrir le Seigneur des Anneaux en le lui présentant comme un « précipité » des mythes et de l'imaginaire d'Europe du nord, m'a répondu qu'il y trouvait des éléments universels (la discussion remonte loin, je n'ai plus les détails, mais je me souviens qu'il parlait de l'héroïsme, de l'amour, et du rôle des « petits » dans la réussite des « grands ». Il a beaucoup aimé, mais il avait un vécu très différent de celui de ton ami. Dans le Zaïre de l'époque, il avait été éduqué dans une institution catholique (incroyant, mais marqué tout de même), il était venu faire des études supérieures en Europe, et actuellement il y vit toujours. <p>En tout cas, merci d'avoir lancé le sujet, ça serait bien d'obtenir des avis venant d'un peu partout.<p><br>

