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Un Enfer pavé de bonnes intentions...
#7
1 – Chapitre unique, degré second...<p>Depuis quelques mois, on avait signalé dans le pays toutes sortes de pernicieuses manifestations diaboliques et leur inévitable corollaire : la multiplication des sorciers, de leurs malveillantes progénitures et des actes venimeux liés à leurs inracontables activités.<p>Répondant aux lamentations des bourgeois de Châteauroux, bonne ville du Roy en terre de Berry, le fameux inquisiteur laïc Jean Boudin, grand découvreur de sorcières, fut dépêché par le Parlement de Paris pour interroger des suspects sur place.<br>Le <i>Malleus Maleficarum </i> et le <i>Traité des Confessions des Malfaiteurs et Sorciers </i> dans sa besace pour seules nourritures morales, il s’en vint par les chemins pluvieux de la province berrichonne. <p>Après une première visite du pays, Boudin sut que la terre castelroussine, en particulier dans sa partie nord-ouest, était la proie du démon. Il apparut évident à ses yeux, transcendés par sa sainte mission, qu’il y avait des suppôts du Malin dans chaque bourgade d’un infernal triangle situé entre Déols, St Maur et Villers-les-Ormes et que, selon la formule consacrée, il y avait bien peu de familles qui ne touchaient au sortilège par quelque bout...<p>La publication sur les portes des églises de mises en demeure, que dans le langage des clercs on appelle exhortations monitoriales, permit à l’inquisiteur d’obtenir l’aide de braves dénonciateurs. Rapidement, le cœur et la source de tout le maléfice furent repérés par le recoupement des témoignages : Il s’agissait d’un modeste mesnil isolé, non loin du chemin de Saint Christophe et dont le nom à lui seul évoquait les débauches éthyliques et les bacchanales les plus infâmes : la <i>Pinterie.</i><br>La rétribution des dénonciateurs fut à la hauteur du service qu’ils rendirent à la sainte besogne visant à purger le royaume des serviteurs de Satan : ils furent soumis au fouet, nul sage ne pouvant dénoncer son voisin sans un salaire approprié. Et ce supplice salvateur visait à les aider, pauvres bougres de délateurs, à retrouver le chemin de la sagesse car là où se trouve un chemin, se trouve un fouet (Schlaaak !)...<p>La pluie sur les talons, Boudin et ses collaborateurs se rendirent sur place. La fermette diabolique se trouvait cachée sous la vile protection de grands arbres noirs, et ils faillirent rater l’entrée. Mais passée cette entrée, les lieux se révélèrent forts agréables. Trois bâtiments idéalement disposés au cœur d’un complexe de jardins parfumés où roses trémières, lauriers, bouleaux, pommiers et fraises des bois dominaient. Derrière, un agréable bosquet appelait les visiteurs à la découverte des chemins de la rêverie.<br>Apparences trompeuses : l’œil acéré de l’inquisiteur laïc – ce saint homme – permit de mettre la lumière sur les détails révélateurs de la possession maléfique des lieux : moults araignées discrètes mais bien réelles peuplaient les parages tout en laissant de pénibles abeilles tourner autour des visages des visiteurs ; le sol de la grande clairière était parsemé de taupinières aux dimensions démesurées qui laissaient deviner un peuplement souterrain de grouillantes créatures affreuses ; une vaste fosse, dont le secret laissait imaginer les pires usages, occupait le cœur des bois ; enfin, un puits dont la profondeur ne put être determinée, était réputé contenir les corps sans vie d’innombrables enfants, selon les dires d’un certain Dongann, bouffon de son métier...<p>Le constat de la mainmise satanique sur l’idyllique mesnil ainsi fait, une liste des démons, créatures maléfiques, sorciers et ensorceleuses fut établie, ainsi qu’une liste de leurs victimes, essentiellement des jeunes femmes innocentes enlevées à leurs parents.<p>Versé dans l'intime connaissance du gouvernement des mondes souterrains, Boudin détermina la hiérarchisation infernale à laquelle obéissait le rassemblement des conjurés de la Pinterie.<p>En premier venait <b>Satan</b> lui-même, prince des démons, connu ici sous le nom improbable de Necsipaal Eldomë, grand initiateur du sabbat orgiaque à l’origine de toute l’affaire et de l’émoi qui troublait le pays. Vêtu de noir, il avait investi le corps d’une innocente donzelle, mais personne n’était dupe de la nature véritable de l’être qui se cachait sous ses traits.<p>En second trouvait-on un obscur être de l’entre-deux monde, dont le modeste grade de colonel cachait des responsabilités plus grandes, puisqu’il fut surpris à maintes reprises dans des dispositions indécentes envers son maître ci-dessus cité. De son patronyme, nous ne savons rien d’autre que ce qui a déjà été établi, il portait en effet le nom sacré d’un elfe de Nargothrond autrefois tombé dans les griffes des loups-garous de Tol-in-Gauroth. Mais là n’étais pas le seul sacrilège dont le <b>Colonel Edrahil</b> était capable.<p>Puis venaient les <b>dragons</b>. <br>Le plus petit, non par la taille mais par le pouvoir, avait subtilisé le ridicule pseudonyme de <b>Sacquet</b> pour donner l’illusion de l’honorabilité dans des parages agricoles où les gens n’étaient pourtant pas dupes. <br>Le plus grand, non par la taille mais par le pouvoir, cachait sous le masque d’un érudit modeste, débonnaire et (légèrement) bedonnant, un vil être dont la perversion n’avait pas de limites et dont les multiples visages, parfois masqués de brume, et parfois de grelots, avaient entraîné l’innocente dame <b>Romaine</b> dans les parages douteux et aveugles d’une dangereuse séduction amoureuse. Ainsi était <b>Hiswelokë</b>, licencieux et savant, sage et mécréant, lubrique et charmant.<p>Maintenant suivaient les <b>Princes infernaux</b>, commandants sans âmes des légions infernales. Ces êtres malfaisants et surnaturels, porteurs de saints titres impériaux ignominieusement usurpés, étaient au nombre de deux. Et c’était là une quantité déjà intolérable. Bastien, le premier, grand monarque de l’occulte nation des <i>guiques </i>, portait la barbe des pâtres du Kirghizistan, un signe distinctif qui aurait mérité à lui seul un traité, avec annexes, appendices et commentaires. Ses étranges allées et venues entre la Pinterie et la lointaine terre insulaire de Chypre laissaient supposer une alliance avec quelques démons de la danse de l’Orient ancien...<br><b>Elwë</b>, le second, régnait sur les âmes perdues des terres boisées d’Alsace, où la révélation soi-disant scandale des évêques payés avec les deniers de l’Etat n’est désormais plus le combat que de quelques républicains impies et minoritaires. C’était avec une douteuse légitimité elfique, détournée à la faveur de l’inattention des sages gardiens de la tradition patronymique de l’Eldalië que le monarque sévissait, tourmentant les âmes des plus faibles et en particulier celles des jeunes filles candides, telles la douce fée <b>Laegalad</b>, belle dame des champs verts et des bois d’or, et la jeune et ingénue <b>Forfirith</b>, à la peau de lait et aux yeux de noisette, qui s’égarèrent dans ces lieux maudits et qui, prisonnières des rets de sa malfaisance, furent contraintes de subir les continuels excès de l’impérial débauché.<p>Aux ordres de ces maîtres abjects, tâtant du fouet sur chacun des chemins de la Pinterie en chantant l’hymne gobelin adéquat, continuellement sous l’effet de substances éthyliques douteuses et dont la réputation disait qu’elles rendaient aveugles si on les buvait cul-sec, venaient les <b>créatures inférieures</b>, mâles et femelles.<p>La première d’entre elles était l’infâme <b>Benilbo</b>, qui, sous des dehors agréables et semi-elfiques, et sous le couvert d’un patronyme de bon aloi (Béni-le-Beau) était en fait un parfait auxiliaire des noirs projets de Satan. On disait qu’il était prêt à traverser le pays pour enlever jusqu’aux plus pures filles de la Verte Irlande, comme ce fut le cas de la belle <b>Saivh</b> qui, contrairement à ce que laissait espérer son nom de baptême, ne fut point sauvée...<p>En second venait <b>Lalaith</b>, dont la petite taille et l’humeur avenante cachaient en vérité une effroyable succube, adoratrice de Lilith dont elle singea autrefois lamentablement le nom maudit. Elle arborait fièrement dans tous ses déplacements son plus beau trophée : le chevalier <b>Prez</b>, piteusement capturé par ses soins dans des circonstances occultes et désormais contraint de subir fièvres et tourments, en particulier durant les nuits passées sous la tente de la noire demoiselle.<p><b>Martine</b> suivait de près, tant par sombres talents que par son art de l’envoûtement. Qu’on ne s’y trompe pas ! les fleurs qui décoraient ses pantalons étaient éminemment carnivores, et le paladin <b>Maël</b> fut bien près d’être impitoyablement dévoré...<p>Au couple infernal des maîtres des lieux, Satan et le Colonel, venait comme en miroir l’abjecte et maudite union du Nain <b>Gili le Gawain</b>, difforme manipulateur du feu et de l’Elfe <b>Elbaratha</b>, trois fois reniée par son peuple. Nul ne saurait dire lequel est l’esclave de l’autre ni quelle aberration des sentiments conduisit ces deux être aussi corrompus que dissemblables (Elle si belle et Lui si contrefait) à s’unir pour le malheur et pour le pire. Mais l’union se fit toutefois, et sous de bien crépusculaires auspices puisque ce fut sous la forme repoussante et contre-nature d’un <i>pacte </i> qu’ils s’allièrent, prétexte fallacieux à de futures noires agapes estivales...<p><b>Brethil</b> et <b>Silentman</b> n’étaient pas en reste. Maîtres des Abysses silencieuses et désertées, à la fois discrets et charismatiques, ce couple avait la faveur de Satan et on racontait que tous les trois avaient longtemps vécu sous le même toit infernal, se subissant mutuellement entre cuisine démesurément petite et étranges incendies de balcons...<p>Plus pernicieux encore que tous ceux jusque-là cités, le terrible <b>Tilkalin</b>. Ce vaniteux satanique prétendait détenir l’érudition nécessaire à captiver les foules. Sous le patronage maudit du Prince des Enfers, il mis en œuvre l’implacable plan qui avait germé dans son cerveau maléfique. Et si son érudition captiva en effet la foule, c’était pour mieux la paralyser d’effroi, et donner à Satan autant de chair fraîche pour l’orgiaque sauce bolognaise qui se déverserait sans fin sur les conjurés de la Pinterie.<p>Mais de tous ceux évoqués jusqu’à présent dans cette insupportable liste, <b>Gurth</b> était le plus terrible. Se complaisant dans les noires pensées de son cerveau malade, la créature se déplaçait sous les traits d’un viking décadent. Instable et pervers, Gurth tenait sous son influence ensorcelée et avec la complicité de <b>Lionel</b>, un jeune démon de la taille d’un Hobbit, la pauvre fée <b>Rebecca</b>. Contemplateurs insatiable des noirs destins des poètes maudits, inspirateurs des musiques les plus sombres et les plus décadentes, buveur de liqueurs infernales directement au tonneau, il était sans doute le meilleur des courtisans de Satan...<p>A cette longue énumération des noms maudits des proches du maître des enfers, Jean Boudin eut une pensée émue pour leurs victimes. Toutes n’avaient pas été citées...<br>Ainsi de <b>Maître Dior</b>, érudit du royaume des Belges, grand connaisseur des féeries de la chose elfique ; ainsi de <b>dame Melilot</b>, fée du sourire et enchanteresse enchantée ; ainsi d’<b>Incanus</b> sans doute mordu au poignet par une succube, blessure qu’il dissimula sous un improbable bandage marri ; ainsi de <b>Ronan</b>, dont la timidité cachait un passionnant conteur... <br>Et <b>Moraldandil</b>, maître de toutes les langues, attiré dans le piège par Satan lui-même qui, bien qu’embrassant toute perfection, ne connaît pas les saveurs de la prononciation exacte des « Amlwch », « Pwllheli » et autres « Jyväskylä »...<br>Et <b>dame Lambertine</b>, venue elle aussi des confins du royaume des Belges dans l’espoir de retrouver des amis, elle ne trouva là que sombre bacchanales, orgies maléfiques et les heurs et malheurs d’un nain connu dont la foule maudite s’est goulûment délectée...<br>Et <b>dame Sylvae</b> de la vermeille Pibrac, fêtée contre son gré par la foule telle une obscure déesse païenne, couverte de cadeaux et d’offrandes, choquant sa douce et innocente piété et cette admirable modestie propre aux véritables fées.<br>Et <b>dame Kendra</b>, aussi rayonnante que jamais, affectée par toutes les fausses notes des musiques corrompues, alors qu’elle espérait beaux concerts et douces mélopées...<br>Et la merveilleuse princesse de Mâcon <b>Geliriel-la-toute-belle</b>, aux fines mains, au sourire-poème et aux yeux-coquillages, contrainte de s’assurer de la protection du preux chevalier Isengar, infatigable promoteur du rétablissement de la vérité, de la justice et de la paix en ce bas monde – que son nom soit béni des anges – qui accepta cette lourde tâche sans faillir, malgré les pressions des ennemis à la solde de Satan, mais qui finit capturé, inondé par les sarcasmes de la foule des maudits et forcé à réaliser des danses difformes, torse-nu, sous le patronage d’une idole appelée Iggy...<p>Autant d’innocents happés dans l’infernal tourbillon de la Pinterie.<p>Au final, seules deux victimes présumées purent s’échapper à temps : <b>Samwise le bon</b>, et <b>Palantir le Tar</b>, qui contrairement à son patronyme, réussit à partir tôt.<br>Ces deux là furent longuement interrogés par Jean Boudin et ses collaborateurs qui comptaient établir un écrasant réquisitoire qui permettrait à la sainte œuvre de déchaîner le fer et le feu sur le pays pour y extirper toute influence du Malin. Déjà, on préparait les bûchers à Brelay et à Saint Christophe, et les Bourgeois de Châteauroux se frottaient les mains à l’idée que la justice de Dieu leur permettrait d’acquérir gratuitement les terres abandonnées qu’ils auraient dû payer si leurs propriétaires n’avaient pas été des sorciers...<br>Mais contre toute attente, Palantir et Samwise n’évoquèrent que le Merveilleux et la Féerie qui émanaient de la Pinterie... et la bienheureuse enquête ne put permettre d’en dire plus...<p>Faute de preuves accablantes, et en l’absence de la majorité des suspects, les juges du Parlement ainsi que l’évêque de Bourges pressèrent Boudin d’abandonner les charges contre les habitants de la Pinterie. Un brave homme qu’on appelait <b>Pépé</b> et sa fille <b>dame Myriam</b>, furent alors remis en liberté et reprirent leur quotidien dans le délicieux cadre du petit mesnil, sous l’ombre des arbres centenaires et dans le parfum des roses trémières.<p>L’inquisiteur laïc, dépité, s’en retourna d’où il était venu par les chemins pluvieux du Berry, se demandant si en fin de compte l’Enfer n’étais pas seulement pavé de bonnes intentions, mais si justement celles-ci n’étaient pas… d’<i>enfer </i>. Pour ces pensées maudites, il s’auto-flagella à chaque étape en signe de pénitence, car là où il y a un chemin, il y a un fouet (Schlaaak !)<p><br><small>Texte rédigé d’une seule traite dans l’insomniaque nuit du mardi 10 au mercredi 11 juillet 2007, sous l’effet d’un marrissement post-moot, un cas que les juges de l’ancien temps auraient probablement qualifié de <i>possession démoniaque</i>...</small><p>I. :o)<br>
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