16-12-2013, 08:58
Allons-y donc pour l'exercice. Quelques jours après la sortie, tant pis pour les spoilers : on est sur le fuseau des critiques, après tout ?
Après avoir vu All is lost le samedi soir, l'histoire d'un naufrage, assisterais-je le lendemain au naufrage d'une histoire ? <small>Oui, elle est facile, je sais...</small>
Pour tout dire, ma critique était déjà prête avant même de rentrer dans la salle. C'est le cinquième film de PJ, on connaît ses qualités et ses défauts, chacun étant plus ou moins sensibles aux unes comme aux autres. Je m'attendais donc à écrire, grosso modo, ceci : paysages et costumes toujours aussi beaux, Martin Freeman et Ian McKellen toujours aussi agréables à voir jouer, Bloom toujours aussi limité, nains toujours aussi caricaturaux, des méchants (Orcs, Wargs, ect...) traités avec toujours aussi peu de finesse, combats toujours aussi improbables, rajouts scénaristiques toujours aussi discutables ou dispensables...
Qu'en est-il donc à la sortie ?
Une précision de forme, tout d'abord : film visionné en VO (condition sine qua non pour ma part), en 3D (non recherché, mais non fui non plus). Pas de 48 fps : je serais pourtant curieux de voir l'effet, mais ce cinéma ne propose pas cette technologie.
Je pense que l'on peut diviser le film en trois parties : Mirkwood (ou Grand'Peur
) et le palais de Thranduil, Esgaroth, Erebor.
La première partie est tout à fait conforme à ce que j'attendais et que j'ai résumé ci-dessus. Avec un regret de taille, cependant : l'entrée chez Beorn est loin, très loin du charme qu'elle a dans le livre, avec les subtilités de Gandalf pour faire accepter 13 nains au bougre. A la place, on a une énième course-poursuite qui, pour la trente-septième fois depuis 2001, se joue au dixième de seconde. Un peu comme l'entrée dans Fondcombe dans le premier volet. Pour le reste, Mirkwood est bien rendue, Thranduil est bien compris également, et le dernier combat de Bilbo contre une araignée est une façon intéressante de montrer le début de l'emprise de l'Anneau sur lui.
La deuxième partie (Esgaroth) m'a, je dois le dire, agréablement surpris. Je le dis franchement : c'est à mon sens une réussite, et PJ a ici intelligemment approfondi la matière narrative à sa disposition. Le personnage burlesque du Maître ne sombre pas dans le grotesque, et cette description d'un Etat-policier ou, plutôt, d'une cité-policière est franchement intéressante. Bref, j'ai ressenti cette rare impression d'une belle trouvaille scénaristique. En parallèle, l'envoi de Gandalf et Radagast dans un des tombeaux des Neuf est également une intelligente façon de "remplir les blancs" du récit : il est à mon sens tout à fait légitime, dans cette adaptation, de mettre en scène le retour de Sauron et sa montée en puissance. Cependant, reste une difficulté majeure de l'approche visuelle du cinéma par rapport à la narration écrite : la représentation de Sauron est toujours aussi délicate. Les rumeurs et vagues descriptions d'une "ombre" dans les livres doivent trouver une incarnation, si je puis dire, à l'écran, et comme dans la trilogie précédente le résultat est mitigé, d'autant plus que PJ n'est pas réputé pour sa sobriété visuelle en la matière.
Passons donc au final, que j'entamais ainsi dans un état d'esprit tout à fait positif. Tout cela commence bien, et la rencontre avec Smaug émergeant de son tas d'or est une belle réussite. Bravo aux équipes pour le fabuleux rendu du dragon, toute sa malice et son intelligence maléfique (j'allais dire cunning) est parfaitement perceptible dans ses pupilles et ses expressions. Le dialogue entre Bilbo et Smaug n'a pas toute la finesse de JRRT, mais il n'y a pas à cracher dessus, loin de là. De plus, le lien fait entre Smaug et Sauron (de façon visuelle lorsque Bilbo met - ou retire ? - l'Anneau, et également de la bouche même de Smaug) est légitime pour le lecteur qui se rappelle ce que dira Gandalf bien des années plus tard (au Conseil d'Elrond ou à Cul-de-Sac, je ne asis plus). Puis déboulent les Nains, et très rapidement on est projeté dans une interminable séquence typiquement jacksonienne : visuellement époustouflante, mais totalement irréaliste. Certes, on peut comprendre le souhait du réalisateur d'exploiter la mine (si je puis dire) que constitue pour lui les vastes salles et forges d'Erebor. Le face-à-face de Smaug avec l'éphémère statue de Durin a un côté proprement fascinant. Mais on ne peut s'empêcher de très vite penser que trop c'est trop... En parallèle, le raid de Bolg sur Esgaroth et la romance qui se poursuit avec Tauriel ne fait rien pour apporter un peu de subtilité dans la dernière heure du film. Vraiment, Legolas et Tauriel tuent trop d'Orcs dans ce film... Quant au duel entre Gandalf et le Nécromancien, c'est une pénible réminiscence de l'inopportune rencontre avec le Roi-Sorcier à Minas Tirith. Ce qui est dommage car la vision du Gris arpentant les ruines de Dol Guldur ne manque pas de gueule.
Bref, on ressort de la projection groggy (et d'autant plus quand on est allé à la séance de 21h45 !), avec une drôle d'impression. Celle d'avoir été pris à l'improviste par de belles réussites de Jackson là où on ne l'attendait pas forcément. Celle aussi que le choix de la trilogie a étiré à l'infini une course-poursuite dans les profondeurs d'Erebor tout à fait dispensable, malgré la splendeur des forges, mines et autres salles naines. Quant à la fameuse entrée en scène de Legolas et Tauriel, le résultat est moins pire que ce que je craignais ; pour autant je vois toujours mal leur réelle valeur ajoutée. Enfin, on voit maintenant où PJ veut nous emmener avec ses trois volets : vers un véritable prélude à la guerre de l'Anneau, en mettant l'accent sur le Nécromancien et l'éveil de Sauron. Ce faisant, il replace la quête de Thorin dans un cadre beaucoup plus large, qui n'est autre que celui que Gandalf avait en tête lorsqu'il est allé à la rencontre de Thorin à Bree.
À mon sens, ce parti pris est tout à fait légitime, car il est parfaitement cohérent avec l'histoire plus générale de la Terre du Milieu telle que nous ne faisons que la percevoir en arrière-plan du livre, mais que nous connaissons par le SdA. Reste que Jackson le traite à sa façon, avec ses éclairs de génie comme avec ses pesants souliers, notamment dès qu'il s'agit de mettre en scène Sauron ou ses serviteurs.
Une fois de plus, on sent à quel point il serait possible d'avoir de magnifiques adaptations, épurées des gros plans de grimaces à dents jaunes et des 1001 façons de tuer des Orcs en équilibre sur des nez de nains ; mais on voit bien aussi combien cela pourrait être pire.
Rendez-vous donc l'an prochain pour le finale !
Amicalement,
A.
<small>Bon, le Hobbit c'est fait, plus qu'à me procurer et à visionner le dernier épisode de Homeland saison 3 et je peux partir l'esprit en paix.
</small>
Après avoir vu All is lost le samedi soir, l'histoire d'un naufrage, assisterais-je le lendemain au naufrage d'une histoire ? <small>Oui, elle est facile, je sais...</small>
Pour tout dire, ma critique était déjà prête avant même de rentrer dans la salle. C'est le cinquième film de PJ, on connaît ses qualités et ses défauts, chacun étant plus ou moins sensibles aux unes comme aux autres. Je m'attendais donc à écrire, grosso modo, ceci : paysages et costumes toujours aussi beaux, Martin Freeman et Ian McKellen toujours aussi agréables à voir jouer, Bloom toujours aussi limité, nains toujours aussi caricaturaux, des méchants (Orcs, Wargs, ect...) traités avec toujours aussi peu de finesse, combats toujours aussi improbables, rajouts scénaristiques toujours aussi discutables ou dispensables...
Qu'en est-il donc à la sortie ?
Une précision de forme, tout d'abord : film visionné en VO (condition sine qua non pour ma part), en 3D (non recherché, mais non fui non plus). Pas de 48 fps : je serais pourtant curieux de voir l'effet, mais ce cinéma ne propose pas cette technologie.
Je pense que l'on peut diviser le film en trois parties : Mirkwood (ou Grand'Peur
) et le palais de Thranduil, Esgaroth, Erebor.La première partie est tout à fait conforme à ce que j'attendais et que j'ai résumé ci-dessus. Avec un regret de taille, cependant : l'entrée chez Beorn est loin, très loin du charme qu'elle a dans le livre, avec les subtilités de Gandalf pour faire accepter 13 nains au bougre. A la place, on a une énième course-poursuite qui, pour la trente-septième fois depuis 2001, se joue au dixième de seconde. Un peu comme l'entrée dans Fondcombe dans le premier volet. Pour le reste, Mirkwood est bien rendue, Thranduil est bien compris également, et le dernier combat de Bilbo contre une araignée est une façon intéressante de montrer le début de l'emprise de l'Anneau sur lui.
La deuxième partie (Esgaroth) m'a, je dois le dire, agréablement surpris. Je le dis franchement : c'est à mon sens une réussite, et PJ a ici intelligemment approfondi la matière narrative à sa disposition. Le personnage burlesque du Maître ne sombre pas dans le grotesque, et cette description d'un Etat-policier ou, plutôt, d'une cité-policière est franchement intéressante. Bref, j'ai ressenti cette rare impression d'une belle trouvaille scénaristique. En parallèle, l'envoi de Gandalf et Radagast dans un des tombeaux des Neuf est également une intelligente façon de "remplir les blancs" du récit : il est à mon sens tout à fait légitime, dans cette adaptation, de mettre en scène le retour de Sauron et sa montée en puissance. Cependant, reste une difficulté majeure de l'approche visuelle du cinéma par rapport à la narration écrite : la représentation de Sauron est toujours aussi délicate. Les rumeurs et vagues descriptions d'une "ombre" dans les livres doivent trouver une incarnation, si je puis dire, à l'écran, et comme dans la trilogie précédente le résultat est mitigé, d'autant plus que PJ n'est pas réputé pour sa sobriété visuelle en la matière.
Passons donc au final, que j'entamais ainsi dans un état d'esprit tout à fait positif. Tout cela commence bien, et la rencontre avec Smaug émergeant de son tas d'or est une belle réussite. Bravo aux équipes pour le fabuleux rendu du dragon, toute sa malice et son intelligence maléfique (j'allais dire cunning) est parfaitement perceptible dans ses pupilles et ses expressions. Le dialogue entre Bilbo et Smaug n'a pas toute la finesse de JRRT, mais il n'y a pas à cracher dessus, loin de là. De plus, le lien fait entre Smaug et Sauron (de façon visuelle lorsque Bilbo met - ou retire ? - l'Anneau, et également de la bouche même de Smaug) est légitime pour le lecteur qui se rappelle ce que dira Gandalf bien des années plus tard (au Conseil d'Elrond ou à Cul-de-Sac, je ne asis plus). Puis déboulent les Nains, et très rapidement on est projeté dans une interminable séquence typiquement jacksonienne : visuellement époustouflante, mais totalement irréaliste. Certes, on peut comprendre le souhait du réalisateur d'exploiter la mine (si je puis dire) que constitue pour lui les vastes salles et forges d'Erebor. Le face-à-face de Smaug avec l'éphémère statue de Durin a un côté proprement fascinant. Mais on ne peut s'empêcher de très vite penser que trop c'est trop... En parallèle, le raid de Bolg sur Esgaroth et la romance qui se poursuit avec Tauriel ne fait rien pour apporter un peu de subtilité dans la dernière heure du film. Vraiment, Legolas et Tauriel tuent trop d'Orcs dans ce film... Quant au duel entre Gandalf et le Nécromancien, c'est une pénible réminiscence de l'inopportune rencontre avec le Roi-Sorcier à Minas Tirith. Ce qui est dommage car la vision du Gris arpentant les ruines de Dol Guldur ne manque pas de gueule.
Bref, on ressort de la projection groggy (et d'autant plus quand on est allé à la séance de 21h45 !), avec une drôle d'impression. Celle d'avoir été pris à l'improviste par de belles réussites de Jackson là où on ne l'attendait pas forcément. Celle aussi que le choix de la trilogie a étiré à l'infini une course-poursuite dans les profondeurs d'Erebor tout à fait dispensable, malgré la splendeur des forges, mines et autres salles naines. Quant à la fameuse entrée en scène de Legolas et Tauriel, le résultat est moins pire que ce que je craignais ; pour autant je vois toujours mal leur réelle valeur ajoutée. Enfin, on voit maintenant où PJ veut nous emmener avec ses trois volets : vers un véritable prélude à la guerre de l'Anneau, en mettant l'accent sur le Nécromancien et l'éveil de Sauron. Ce faisant, il replace la quête de Thorin dans un cadre beaucoup plus large, qui n'est autre que celui que Gandalf avait en tête lorsqu'il est allé à la rencontre de Thorin à Bree.
À mon sens, ce parti pris est tout à fait légitime, car il est parfaitement cohérent avec l'histoire plus générale de la Terre du Milieu telle que nous ne faisons que la percevoir en arrière-plan du livre, mais que nous connaissons par le SdA. Reste que Jackson le traite à sa façon, avec ses éclairs de génie comme avec ses pesants souliers, notamment dès qu'il s'agit de mettre en scène Sauron ou ses serviteurs.
Une fois de plus, on sent à quel point il serait possible d'avoir de magnifiques adaptations, épurées des gros plans de grimaces à dents jaunes et des 1001 façons de tuer des Orcs en équilibre sur des nez de nains ; mais on voit bien aussi combien cela pourrait être pire.
Rendez-vous donc l'an prochain pour le finale !
Amicalement,
A.
<small>Bon, le Hobbit c'est fait, plus qu'à me procurer et à visionner le dernier épisode de Homeland saison 3 et je peux partir l'esprit en paix.
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