<p>Bon, je vu le film de Zemeckis aujourd'hui, jour de sa sortie, à la deuxième séance de la journée... Comme d'habitude, en début d'après-midi, il n'y a jamais grand-monde, ce qui est toujours bien agréable - pour moi, assurément, mais sans doute pas pour le distributeur -, mais, par contre, j'ai été obligé de voir le film en version française, aucune copie en version originale n'ayant, hélas, été proposée à Toulouse...<p>Avant d'aborder l'aspect formel, qui en a inquiété plus d'un, ici comme ailleurs, commençons par évoquer le fond. Et disons-le tout de suite : ce film m'a paru fort réussi.<br>L'histoire originale du poème médiéval est respecté, assez fidèlement, jusqu'au combat entre Beowulf et Grendel (pour les connaisseurs, l'évocation par Hunferth [John Malkovich dans le film] et Beowulf de la compétition en mer entre ledit Beowulf et Breca n'est pas oubliée). Après le combat contre Grendel, bien évidemment, le scénario du film s'éloigne sensiblement du poème, mais en gardant tout-de-même un certain nombre d'éléments du récit original, ce qui témoigne d'un certain souci de ne pas s'éloigner excessivement de la source médiévale... En fait, les scénaristes Roger Avary et Neil Gaiman semblent être partis de l'idée que le poème en vieil anglais des environs de l'an mil pouvait être tout ce qu'il restait de l'histoire du roi Beowulf, et ont donc imaginé ce qu'aurait pû être la véritable histoire, en marge de la version officielle que serait le poème. Cela donne un film finalement assez original, historiquement assez réaliste - dans l'ensemble - sur le plan des décors et des costumes, et qui prend évidemment des libertés avec le poème mais pour raconter, en définitive, une histoire qui ne manque pas d'intérêt. Le fait est que Zemeckis et ses collaborateurs se sont visiblement surtout intéressés à ce qui se cache derrière les héros et les légendes, c'est à dire aux hommes, faibles, simples, et corruptibles. Le film commence ainsi sur un ton très héroïque mais évolue ensuite vers ce qui est, finalement, avant tout, un drame humain, la légende se trouvant ainsi confronté au réel, celui des hommes de l'Europe du Nord du VIe siècle, époque où le récit parlé cède la place à l'écrit, où les anciens dieux païens laissent peu à peu la place au nouveau dieu Christ... Démythification - terme employé par le critique Stanislas Bernard sur Dvdrama.com - est dès lors le mot qui semble le mieux convenir au travail de Zemeckis et de ses scénaristes, Beowulf abandonnant peu à peu, dans le film, son statut de héros puissant et glorieux, pour celui d'un simple être humain, certes fort et courageux, mais avant tout de chair et de sang, avec ses besoins et ses faiblesses. Un autre personnage apparait comme étant étonnament humain, bien qu'apparemment monstrueux : Grendel, l'ogre aux terrifiantes pulsions. La raison de cette part d'humanité, lié à un secret détenu par le roi Hrothgar (joué par Anthony Hopkins), se laisse deviner dans le film, de même que les origines du dragon dévastateur de la fin de cette histoire, décidément assez surprenante, et marquée du sceau de la malédiction... mais je n'en dis pas plus... <br>En ce qui me concerne, mon avis est clair : si le secret d'un film réussi c'est, comme disait Jean Gabin, "premièrement une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire, troisièmement une bonne histoire", alors le contrat est ici rempli... :-)<p>Voilà pour le fond. De ce point de vue, donc, le Beowulf de Zemeckis est un bon film. Maintenant, venons-en à la forme.<p>Tout d'abord, il faut bien reconnaître que la technique de la performance capture a visiblement fait de sérieux progrès par rapport aux précédents films réalisés entièrement avec ladite technique. Tout n'est évidemment pas parfait, loin s'en faut, certaines séquences d'action pouvant évidemment apparaitre comme étant assez proches des cinématiques de jeux vidéos. Mais ce défaut est en partie compensé par le fait que le film se concentre beaucoup sur les personnages, ce qui permet de mettre davantage en valeur le rendu très réaliste de nombreuses séquences plus intimistes, et notamment de certains gros plans sur les visages. Même si le fait qu'il s'agit d'un film d'animation n'est jamais oublié, on peut tout-de-même se rendre compte de la réalité du jeu des comédiens.<br>Précisons ici que Beowulf, contrairement à ce que certains journalistes ont pu affirmer fort légèrement, n'est pas un film pour jeune public : c'est un film violent, sanglant, décadent par certains aspects, avec des scènes de combat "monstrueuses" comme dirait un ami cinéphile, et des allusions sexuelles assez explicites, c'est le moins que l'on puisse dire... ;-) Moi, vous le savez, tout celà ne me dérange pas, bien entendu, mais il vallait sans doute mieux que je sois clair là-dessus. <br>Le film comporte, évidemment, comme c'était prévisible, un certain nombre de faiblesses factuelles... Dans la version française du film, Beowulf est présenté comme un "Gète" et non comme un Goth : j'espère qu'il ne s'agit là que d'une erreur de la VF... Les talons de la mère de Grendel peuvent étonner. La lame de l'épée brandie par Beowulf, joué par Ray Winstone, se met à luire à proximité du corps nu de ladite mère de Grendel, jouée par Angelina Jolie, qui a pris l'apparence d'une jeune femme très séduisante, et lorsque les mains d'Angelina Jolie touchent la lame luisante de l'épée de Beowulf, celle-ci se transforme en liquide s'écoulant entre les corps très rapprochés de Beowulf et de la mère-ogresse transformée en créature de rêve : les amateurs d'allusions sexuelles seront sans doute comblés... ;-)<br>Enfin, ajoutons que l'élément le plus négatif du film à mes yeux est sans doute la musique d'Alan Silvestri, plutôt médiocre. Celà dit, Silvestri n'a jamais brillé par la qualité de ses musiques de film, et je n'ai donc pas été surpris du résultat. Pfff... Quand je pense qu'il y en a, ici et ailleurs, qui disent détester la musique de Howard Shore, on voit bien qu'ils n'ont jamais entendu de musique de film médiocre... Cela dit, si cela peut rassurer certains, je rappelle que, pour ma part, Ennio Morricone, John Williams et Basil Poledouris seront toujours mes compositeurs de musiques de films préférés... :-) Toujours est-il qu'avec Silvestri, on est loin du compte...<p>Mais, décidément, il en faudrait tout de même plus pour condamner Beowulf, qui, pour moi, reste un bon film. Maintenant, vu qu'il ne s'agit là que de mon avis, je ne puis que vous conseiller d'aller le voir, pour vous faire votre propre opinion. Voilà. :-)<p>Cordialement, :-)<p>Hyarion.[small][EDIT (2025): remplacement d'un affichage d'image externe au lien devenu obsolète, et mise en italique des mentions du titre du film][/small]

