28-02-2000, 01:04
Je viens compléter ma remarque et commenter le message de Kehldarin, après avoir consulté mes notes, le site anglophone Ardalambion et un vieil article de la Faculté des Etudes Elfiques (oui, il en existe bien un, relativement bien fait quant à la théorie, mais obsolète depuis la parution des derniers volumes de <I>History of Middle-earth</I>).<p><br><I>"[L'alphabet] du Khuzdul se compose de consonnes seules (b, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, t, r, w et z), des voyelles (a, e, i, o, u, et leurs formes longues : â, ê, y , ô et û). Seules certaines combinaisons de consonnes sont employées en Khuzdul (mb, lh, th, dh, ch, sh, zh, kh, gh, kw, gw, nw et hw)."</I><p>Hmmm, pas exactement. A ma connaissance, il n'y a pas eu d'analyse phonologique du Khuzdul sur la base du vocabulaire actuellement connu. Il faut reconnaitre que le vocabulaire est trop réduit pour identifier <br>exhaustivement les phonèmes. Il est cependant clair que certaines des combinaisons présentées ici ne sont pas attestées dans notre corpus, qui ne contient aucun mot utilisant "w" ou "c" par exemple.<p>Pour les consonnes, une analyse rapide du vocabulaire donne "b, d, f, g, h, k, l, m, n, r, s, t, y, z". Noter que la semi-consonne "y" est à compter ici (cf. <B>aya</B>, WR:20) et non dans les voyelles longues.<br>A cela il faut ajouter d'autres consonnes, représentées par un digraphe en caractères latins, notamment les occlusives aspirées "kh, th", les spirantes "gh" et "sh". Attention, ce ne sont a priori pas des <I>combinaisons</I>, mais véritablement des phonèmes indépendants. Tout simplement, il n'y a pas assez de symboles dans notre alphabet latin, et Tolkien a donc du recourir à cette écriture (mais encore une<br>fois, ce n'est rien d'autre qu'une écriture).<p>Pour les voyelles, "a, e, i, o, u" et "â, ê, î, û" sont attestées. L'absence du "ô" est sans doute à mettre sur le compte de la maigreur de nos sources.<p>Sauf oubli de ma part, c'est tout ce que nous avons aujourd'hui. La notion de combinaison, à elle seule, ne signifie rien. L'étude des <I>combinaisons phonémiques</I>, c'est à dire des groupes de phonèmes (voyelles ou consonnes) autorisés par la langue, ne peut se faire sur une base aussi limitée.<p><br><I>"Tous les mots du Khuzdul suivent une même formation. Les Nains intercalent des voyelles dans des enchaînements de consonnes, mais ce sont les enchaînements dont dépendent le sens."</I><p>Exact. La structure du Khuzdul, comme je le disais, rapelle celle des langues sémitiques (j'aurais aussi pu citer l'Hébreux). Les <I>radicaux</I> sont composés de groupes de consonnes, dans lesquels<br>les voyelles sont insérées pour "donner du sens au mot". Comme tu l'as remarqué, il s'agit principalement de racines tri-consonantiques (i.e. Kh-Z-D donnant <B>khazâd</B>), mais il ne faut pas pour autant oublier l'existence de mots à une ou deux consonnes seulement (<B>ûl, nâla</B>).<p><br><I>"Par exemple, "u", seul ou en dernière position d'un mot, indique un adjectif".</I><p>Présenté ainsi, c'est très constestable. L'exemple auquel tu penses, je suppose, est <B>Bundushathur</B> "Tête Nuageuse". L'interprétation la plus probable, cependant, est "Tête dans les Nuages", si l'on suit le découpage de Tolkien dans <I>The Treason of Isengard</I> (TI;174), où le <B>u</B> intercalaire est alors une préposition.<p>S'il existe une inflexion adjectivale, alors c'est beaucoup plus vraisemblament la terminaison <B>-ul<B> que l'on retrouve dans <B>Mazarbul</B> "(Chambre) des Archives", <B>Fundinul</B> "(Fils) de Fundin", <B>Khuzdul</B> "(Langue) Naine".<p><I>" Français Singulier en Khuzdul Pluriel en Khuzdul Adjectif en Khuzdul <br>Barbe Tarag Tarâg Tarug<br>Hache Barak Barâk Baruk<br>Nain Khazad Khazâd Khuzd<br>Orque Rakhas Rakhâs Rukhs"</I><p>Là je ne peux absolument pas te suivre. Le <I>seul</I> exemple du corpus (et il faut insister sur son unicité, pour bien comprendre qu'il est très difficile d'en extraire des règles générales)<br>est <B>Rukhs</B> "Orc", pluriel <B>Rakhâs</B>. La première de ces formes est clairement indiquée comme étant un singulier (WJ:371).<p>Sur ce modèle, sachant que <B>Khazâd</B> est la forme plurielle "Nains", on peut supposer que le singulier en est <B>*Khuzd</B>. Loin d'être une spéculation gratuite, cette hypothèse rejoint l'interprétation de <B>Khuzdul</B> comme "(langue) naine", ci-dessus. Le mot "langue" est connu par ailleurs, <B>aglâb</B>.<p>La forme <B>Khazad</B> sans accent n'apparaît que dans le nom composé Khazad-dûm. Ce n'est donc pas explicable facilement. Dans tous les cas le nom est clairement pluriel ("Mine des Nains", pas "Mine du Nain"). Peut-être est-ce dû à une modification de l'accent tonique dans un<br>mot composé, provoquant un abrègement de la voyelle.<p>Quant à <B>baruk</B> "Les Haches (des)" dans l'expression Baruk Khazâd "Les Haches des Nains", cela ne peut pas être un adjectif ("Haches des Nains", et non pas "Nains des Haches"). Deux théories ont été<br>avancées, voir le site Ardalambion pour plus de détail. Brièvement, soit la préposition <B>u</B> peut être infixée (<B>*Barûk</B> ou <B>*Barâk</B> "Les Haches" + <B>u</B> "de"), soit il s'agit d'une<br>forme fléchie. Cette remarque s'applique aussi à <B>uzbad</B> "seigneur". Sans entrer dans les détails, la seconde théorie est renforcé à la lumière de l'Adûnaic (la langue des hommes de Númenor,<br>influencée très tôt par le Khuzdul). L'Adûnaic est aussi une langue de type sémitique, dans laquelle il existe deux cas, un <I>subjectif</I> et un <I>objectif</I>, distingués par une alternance vocalique<br>(<B>minal</B> "ciel", objectif <B>minul</B>). <p><br>"<I>Si vous n'êtes pas trop choqués de mes interprétations, je pourrais continuer (car je suis sûr qu'il y a des spécialistes des langages de Tolkien parmi vous, et qu'ils ont du faire des bonds en<br>me lisant)</I>"<p>Une longue réponse, mais pas de bond de ma part. Il y a de la place pour toutes les interprétations;-)<p>Mais je crois qu'il faut faire attention à ne pas se substituer à Tolkien, et essayer de conduire rigoureusement nos analyse. L'étude d'une langue est loin d'être une science facile. Personnellement, je ne suis pas un spécialiste (loin de là!), tout juste un néophyte. Je ne peux donc que recommander la lecture d'un bon livre de linguistique. Le <I>"Manuel de Linguistique Descriptive, le point de vue fonctionnaliste"</I> de Jean-Michel Builles, éditions Nathan Université, m'a beaucoup aidé. C'est un livre de fac (premier<br>cycle de lettres) bien présenté et très clair, avec beaucoup d'exemple.<p>Bien sûr, nous pouvons aussi combler les manques et inventer ce que nous ne connaissons pas (ce n'est pas interdit!). Mais ce n'est plus "l'étude d'une langue de Tolkien", alors;-)<br> <br>Didier </b></b>

