02-10-2000, 11:40
Le fanzine américain <I>Vinyar Tengwar</I> n°41 contient quelques notes linguistiques inédites de J.R.R. Tolkien sur l'<I>ósanwe-kenta</I> ("enquête sur la communication de la pensée"), juste mentionnée par Christopher Tolkien et publiée dans son intégralité dans <I>Vinyar Tengwar</I> n°39. Nous y trouvons notamment une sorte de "mini-Etymologies" donnant une racine KHEP "retain, keep, do not give away or release, keep hold of". Cela nous indique très probablement la solution d'un problème qui a longtemps tenu en haleine ceux qui s'intéressent aux langues elfiques: l'interprétation de la forme <I>ú-chebin</I> "I have not kept" dans le linnod de Gilraen (le fragment de la légende d'Aragorn et d'Arwen dans les appendices du SdA). En raison de la mutation provoquée par la terminaison -in, nous ne savions pas dire si le radical de ce verbe était <I>hab-, hob-</I> ou <I>heb-</I> (voir nos cours de sindarin sur ce site). Voilà qui tranche aujourd'hui en faveur de <I>heb-</I>...<p>Ce VT contient aussi un autre inédit, une longue discussion sur le mot <I>óre</I>. Nous y trouvons une confirmation de l'existence d'un aoriste en quenya (avec confirmation que ce terme est bien correct, jusqu'alors c'était plutôt une déduction): aoriste <I>quete</I> vs. présent <I>quéta</I>.<p>Quant au sindarin, la phrase <I>guren bêd enni</I>, traduction du Quenya <I>órenya quete nin</I> ("mon coeur me parle"), est très instructive. Nous y voyons une forme mutée du verbe (<I>°bêd</I> alors que nous attendrions <I>pêd</I>), un autre cas de lénition grammaticale à ajouter à notre longue liste de mutations... La forme <I>guren</I> "mon coeur" met probablement fin à un long débat pour savoir si <I>lammen</I> dans l'invocation de Gandalf signifie textuellement "ma langue" ou s'il s'agit d'un adjectif "de la langue". Certains en effet considéraient le dernier cas, sur la base de nombreux adjectifs se terminant en -en (e.g. <I>lossen</I> "enneigé"). Apparement ils avaient tort... Nous aurions bien deux cas distincts de terminaisons en -en, celui de certains adjectifs (correspondant à ceux en -ina en quenya) et celui de la construction nom + possessif 1ère personne (correspondant à -(i)nya en Quenya).<p>VT n°41 contient plusieurs autres notes d'un intérêt certain pour l'étude des langues elfiques. On peut dire aujourd'hui avec certitude qu'une bonne part de la grammaire Quenya proposée par Edouard Kloczko dans son <I>Dictionnaire des langues elfiques</I> (volume I) serait à revoir, amender et compléter. Depuis 1995, nous avons effectivement appris plusieurs petites choses, même si notre connaissance du sujet ne peut que rester parcellaire en l'état actuel des choses. Le site Ardalambion de Helge, bien que sa forme éléctronique lui permette d'être plus à jour, nécessiterait aussi d'importantes révisions. Tout ceci nous montre combien nous progressons par étapes dans la compréhension des langues elfiques, au gré des publications, et combien il est difficile aujourd'hui de prétendre à une vérité ou à une complétude certaines.<p>Je compte terminer cette semaine un compte-rendu linguistique sur le passage de l'appendice D de <I>Quendi and Eldar</I> omis par Christopher Tolkien et publié dans VT n°39. Il conviendra ensuite de se pencher aussi sur ce VT n°41, pour en tirer les leçons.<p>Toutes proportions gardées, on peut dire que l'étude des langues elfiques ressemble au travail des linguistes lorsque les archéologues découvrent de nouvelles pièces: certaines thèses tombent, d'autres y gagnent en pertinence. Mon coeur me dit qu'il reste du travail ! <p>Didier.

