03-10-2000, 14:24
Exception faite de la toute première phase linguistique de 1917-1918, illustrée dans le Livre de Contes Perdus sous la forme du Qenya[sic] Lexicon (<I>Qenyaqetsa</I>) et du Gnomish Lexicon (<I>I·Lam na Ngolsathon</I>), les choses sont assez fixes à partir des années 30. Les <I>Etymologies</I> de cette époque montre une relative stabilité, surtout pour le Quenya: il semble que Tolkien ait considéré la langue comme assez mûre et ne l'ait plus fondamentalement changée. Il a procédé essentiellement par ajouts (l'augment du parfait, par exemple, est généralisé entre la première édition du SdA et la seconde, <I>vánier</I> vs. <I>avánier</I>). Les textes récents semblent montrer des ajouts conséquents (comme une nouvelle terminaison <I>-ita</I> dans VT n°41, pour une forme de l'infinitif), mais sans que cela remette en question les éléments antérieurs. <p>Le sindarin pose des problèmes d'un autre ordre. Il existe d'abord sous le nom de "noldorin", comme langue des Noldor en exil, avant d'être renommmé en "sindarin" et d'être attribué aux Elfes Gris lors de l'écriture des appendices du SdA. Le Noldor, à partir de cette époque, parleront un dialecte sdu quenya, appelé "ñoldorin" (de quoi s'y perdre). Cette langue, moins stable que le quenya dans l'esprit de Tolkien, a subi diverses modifications. Les principales sont reprises dans les articles "AE ou OE" et "RH et LH" de Helge Fauskanger.<p>Mais dans l'ensemble, on peut dire que Tolkien semblait avoir une vision assez stable de ses langues, et qu'il procédait surtout par affinage.<p>Alors pourquoi devons-nous revoir nos conceptions à chaque nouvelle publication? Principalement parce que c'est notre compréhension, basée sur des éléments incomplets, qui est fautive. <p>A titre d'exemple, dans son Dictionnaire, E. Kloczko indiquait que le présent se termine soit par -ë, soit par -a selon le verbe: <I>síla</I> "(il) brille" mais <I>carë</I> "(il) fait". Il rejette les formes préliminaires des brouillons du SdA (où nous avions <I>silë</I>, pluriel <I>silir</I>) comme étant incorrectes. Mais nous savons aujourd'hui qu'il y a deux formes de conjugaison, un aoriste en -ë et un présent continuatif en -a avec allongement de voyelle (en simplifiant à l'extrème, vous VT n°39 et n°41 pour les détails). Ainsi Tolkien n'a pas rejeté les formes des brouillons, comme nous aurions pu le croire, mais il a choisi une meilleure concordance des temps ! L'étoile ne brille pas dans l'absolu (aoriste), elle est en train de briller sur la rencontre de Frodon et Gildor (continuatif). Tant que nous ne savions pas que deux formes opposables existaient (apparemment depuis déjà assez longtemps, comme ne témoignent les brouillons du SdA), nous pouvions croire qu'il s'agissait d'un même temps pour divers groupes de verbes (comme en français, 1er groupe vs. second groupe). La faute était nôtre, par manque d'information. Il faut dire aussi que les choses ne nous sont pas facilitées, nous n'avions presque pas d'exemple post-SdA avant ces deux Vinyar Tengwar. Après le SdA pourtant, Tolkien était contraint à respecter les textes publiés et à maintenir une certaine cohérence qui n'était pas un impératif auparavant. Nous pouvons être presque sûrs que certaines choses <I>ne peuvent pas</I> changer, puis qu'elles ont été publiés du vivant de Tolkien.<p>En revanche, il faut reconnaître qu'il existe quelques points sur lesquels Tolkien a vraiment changé d'avis plusieurs fois. Le marques des pronoms personnels entrent probablement dans ce cadre (il est encore difficile de trancher aujourd'hui).<p>Les publications linguistiques sont rares et éparses, aussi ne pouvons-nous progresser que par étapes...<p>Quant aux inédits, certains existent à la Bodleian (UK, accès réservé) et à Marquette (USA, accès libre). On ne peut pas les publier, mais plusieurs personnes y ont eu accès. Les catalogues de ces bibliothèques donnent une idée (assez vague) de ce qu'elles possèdent. Le reste est sans doute en fonds propres chez Christopher Tolkien lui-même, ou dispersé ailleurs dans la famille.<p>Didier.

