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Dans la série 'poèmes en sindarin'...
#3
> Aiya ilquen lambendili !<p>L’exemple « Aiya Eärendil Elenion Ancalima » (SdA 2/IV ch. 9), traduit « Hail Eärendil brightest of the stars », semble montrer que « aiya » ne se construit pas avec le datif en Quenya Exilien, mais plutôt avec le nominatif.<p>> Nu venel o ennorath<p>« O » peut certes se traduire « de » dans certains cas… mais son sens précis est « depuis », « from » en anglais ; la relation exprimée est de type ablatif. Certes, Tolkien interprète « Celebrimbor o Eregion » par « Celebrimbor of Hollin », et non « from Hollin », mais 1) il s’agit d’un cas où les emplois de type génitif et ablatif se recouvrent plus ou moins 2) Tolkien traduit souvent ses textes elfiques assez librement : il donne la version qui serait la plus naturelle en anglais, mais elle ne correspond pas forcément à la construction elfique (sindarine, en l’occurrence).<br>Comme Toko, j’éviterais donc « o » ici… mais personnellement, je n’utiliserais pas d’article devant ennorath : il s’agit d’un collectif déjà défini par lui-même (cf. « o galadhremmin ennorath » dans A Elbereth Gilthoniel), mais simplement la juxtaposition. Evidemment, le vers en prend un coup…<p>Plus généralement, « de » est peut-être bien, avec « à », la préposition la plus employée de la langue française… autrement dit, il a X fonctions différentes, qui ne se traduiront pas forcément de la même façon.<p>> I dhîs nallant nef Eglath<p>« Dîs » fait partie de ces mots anciennement en ND- qui mutent de façon spéciale : la lénition (après l’article singulier, par ex) donne « i °nîs ». Par ailleurs, dîs signifie plutôt (angl.)« bride », donc à peu près « fiancée, promise, (jeune) mariée ». Pour femme, nous avons un terme ancien, « dî » (mot problématique quant à sa mutation, voir plus bas), le terme courant étant « bess » (plutôt « épouse » à l’origine, mais le sens s’est élargi). Il y a aussi dess « jeune femme » (autre mot en ND-, d’ailleurs apparenté à dîs et dî). Voir plus bas.<p>Comme l’a dit Toko, im « between, within – entre, à l’intérieur de » est probablement ce que nous avons de mieux pour traduire « parmi – among ». Il provient de *imbi > *imbe > im. Am < *amba déclenche la lénition ; je serais tenté de supposer, par analogie, qu’il en est de même pour im, s’il n’y avait l’exemple Taur-im-Duinath dans le Silm. Pas de mutation du tout ? Ou encore un cas de « résistance à la mutation » ? Je pense qu’il serait intéressant d’analyser les composés où cet élément apparaît. Heureusement, ici, il n’y a pas de problème, puisque « Eglath » commence par une voyelle…<p>Une autre possibilité serait peut-être d’utiliser ah / a « avec » ?<p>L’omission de l’article devant Eglath me semble judicieuse, puisqu’il s’agit d’un collectif.<p>> Ir na vôr pennant calad<p>« Ir « pour « quand » est hypothétique, mais faute de mieux… D’accord avec Toko pour l’emploi de ned. Je pense que l’omission de l’article est judicieuse ici – apparemment il ne s’agit pas d’une nuit particulière, mais de « la nuit » de façon générale ? Pour penna- / danna-, cela dépend du sens voulu, dirais-je.<p>> o venel, be elenath<p>« o menel », comme dans A Elbereth Gilthoniel (mutation occlusive).<p>> He pennant an awarthad<br>> O i dhîr ach chant o dhîn<p>Le pronom personnel sujet ne semble s’employer que pour insister ; est-ce vraiment le cas ? À moins qu’il ne soit là que pour le vers ? Pour la lénition qu’il entraînerait, cf. note de Toko.<br>Par ailleurs, j’utiliserais plutôt la préposition : na « par, avec[moyen]… » dans les deux premiers cas (si j’ai bien compris, la dame a été abandonnée PAR son amant ?). J’éviterais « o » pour exprimer le génitif (cf. 1er vers), et j’emploierais plutôt l’article défini génitif ici.<br>Pour « dîr », voir plus bas.<br>Pour ombre, nous ne manquons pas de termes… mais « cant » signifie « forme » ! Je choisirais assez volontiers « gwath », qui a un double sens de « ombre « et de « tache, souillure »… nous sommes bien dans un cas de femme séduite et abandonnée ? ;-)<br>« An » me semble tout à fait convenable ici : il possède un sens spatial de « to, towards », soit « vers ». Je tendrais à penser que le sens datif en est dérivé.<p>Soit au final quelque chose comme « pennant na awarthad / nan [mixte]benn an [nasale]gwath e-[mixte]dîn » - (elle) a-chu par abandon / par-l’ homme vers ombre du silence.<p>> A si ‘eryn eglan tîn.<p>La version proposée par Toko me semble bonne. Néanmoins, je crois que je placerais l’adjectif démonstratif après le nom, ce qui entraînerait sa lénition ; soit « a heryn °hen eglan tîn ».<br>Par ailleurs, heryn signifie « dame » dans le sens de « seigneur féminin / femme du seigneur » - est-ce le cas ? H- ne peut muter qu’en ch-.<p>Note sur les mots « dîs », « dî », « dess » et « dîr » : ces mots me semblent… problématiques quant à leurs mutations. Dans les Etymologies, « dîs » est issue de la racine NDIS ; il fait donc partie des mots à mutations « spéciales ». De même pour « dess ». Tolkien fait dériver « dîr » d’une racine DER, donc les mutations sont a priori « normales » (*i dhîr)… mais il existe des composés où dîr se manifeste sous la forme -nir (dagnir). Influence de la racine « renforcée » NDER ? « dî » est un développement anormal de la racine NÎ sous l’influence de dîr. Comment ce mot muterait-il ?<br>Des Etymologies, il ressort donc que l’histoire de cette famille de mots est compliquée et implique des influences mutuelles (c’est aussi le cas en quenya). Pour tous ces mots, le Dictionnaire Sindarin de Didier Willis – qui repose sur une analyse complète des données disponibles, et pas seulement sur les Etym - propose des étymologies en ND-, qui impliquent qu’ils seraient soumis aux mutations « spéciales ».<br>J’utiliserais ce système si j’avais à employer ces mots. Mais personnellement, j’éviterais ces formes – d’ailleurs signalées comme archaïques - et utiliserais plutôt « bess » et « benn », qui ne posent pas de problèmes particuliers.<p>Note sur les collectifs : ce que j’ai écrit plus haut ne signifie pas que je n’emploierais jamais d’article avec un mot affecté du suffixe –ath. Il me semble simplement que dans les cas qui se présentent ici, les mots ont un sens collectif fort ; ils sont « auto-définis » et ne nécessitent donc pas l’article. Je peux très bien me tromper !<p>Note sur la syntaxe : comme nous avons très peu de textes sindarins, bien des points de syntaxe restent obscurs. Néanmoins, il existe des arguments qui me semblent valables selon lesquels le Sindarin serait une langue VSO – c’est à dire que l’ordre préférentiel serait Verbe – Sujet – Objet (messages sur Elfling, n° 6374 et suivants, Octobre 2001). Préférentiel, pas obligatoire : dans l’inscription des portes de la Moria, nous avons SOV et SVO ; mais selon cette « théorie VSO », ces phrases mettraient l’accent sur le sujet. Il serait donc peut-être plus naturel, ou plutôt plus neutre, d’écrire ici au vers 2 : « Nallant i nîs im Eglath ». Au risque de me répéter, tout ceci est hypothétique.<p>Toutes mes remarques, d’ailleurs, sont à prendre avec les réserves d’usage : ceci est une interprétation (plus ou moins) personnelle !<p>Nai Anar caluva tielmanna !<p>Moraldandil<p>
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