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[Mise à jour] L’Atlantide, ou le Mythe revisité par J.R.R. Tolkien
#12
Suite à ma lecture, je vais pouvoir donner mon avis sur le fond, avis qui reste malgré tout très critique, sauf pour la mise en forme de Cédric. Le seul problème que j'ai noté à ce sujet concerne la proposition « don que l’on attribue habituellement au peuple elfique selon Tolkien », qui suit immédiatement la note 20. Cela ne fait pas partie de la citation et ne devrait donc pas y être accolé, ni être en italiques. Autrement, aucun problème de fonctionnement des notes, etc. : la nouvelle mouture du site a l'air définitivement maîtrisée et c'est une excellente nouvelle. Smile

Pour revenir sur le texte lui-même, et notamment sur la question de l’analyse historique, déjà abordée, je reconnais volontiers que l’auteur connaît certes bien le mythe de l’Atlantide tel qu’il fut relaté par Platon. Toutefois, la maîtrise des mythologies antiques semble toute relative. En effet, je ne connais aucun texte égyptien qui fassent figurer des îles à l’extrémité de la Terre du côté de l’Occident, région que les Égyptiens, fort peu marins, ne connaissaient guère. Le séjour des morts des Égyptiens était sur la rive occidentale du Nil ; dans l’imaginaire mythologique égyptien, il n’était ni en compagnie des dieux primordiaux (Osiris est le fils de Râ, lui-même engendré par les dieux primordiaux), ni en compagnie des divinités marines (à peu près absentes du panthéon égyptien, contrairement aux divinités nilotiques).

Je constate d’ailleurs un manque de structure dans la présentation des sources antiques : on saute de Thésée à Castor et Pollux, puis à Moïse, etc. Quant aux sources médiévales, c’est l’oubli complet : les sources mythologiques celtes et nordiques ne sont même pas évoquées, ce qui me semble absolument incompréhensible dans une étude consacrée à l'utilisation du mythe par Tolkien. D'autant qu'on a de nombreuses occasions d'évoquer la mythologie irlandaise au sujet de Númenor, qui peut être mise en regard avec ce qui est dit des Tuatha Dé Danann. Pour autant, cela ne me surprend guère : la bibliographie reste très maigre, et comporte fort peu de sources secondaires sur Tolkien. Hormis Carpenter, les rares qui soient mentionnées (Nicolas Bonnal, David Day) ne sont certes pas un gage de qualité. Le chapitre des sources modernes cherche tout et son contraire : les Númenóriens sont successivement comparés aux Conquistadores et aux Amérindiens, c'est assez amusant. Les sources littéraires médiévales indiquées par Tolkien sont ignorées (je pense notamment à la légende du roi Sheaf). Faire du déboisement « un problème persistant depuis l’antiquité jusqu’à nos jours » est à la fois trop général et pose la question de la mention d’un pareil problème dans les sources modernes : il aurait pourtant été possible de trouver des sources bien plus précises et spécifiquement contemporaines en lisant attentivement les Lettres de Tolkien.

Sur l’étude purement tolkienienne, les références citées sont bonnes. Il est d’autant plus surprenant de voir plusieurs affirmations un peu hâtives, comme lorsque l’auteur mentionne les Avalai, qu’il présente comme « les elfes qui habitent près de Valinor ». Comme Christopher Tolkien l'explique (SD, p. 353), il s’agit d’une conception propre à « The Drowning of Anadûnê », qui mélange sciemment les Valar et les Elfes. Néanmoins, le résumé reste assez bon dans l’ensemble, bien qu’il manque là aussi de structure.

Comme on peut s’en douter, le manque de précision dans l’analyse des faits littéraires et mythologiques ne peut que limiter la valeur de l’analyse comparative des deux domaines. Pourtant, l’auteur ne manque pas de bonnes idées. Par exemple, il est intéressant de rapprocher l’aspect stellaire de Castor et Pollux de l’ascendance d’Elrond et Elros, puisque la légende d’Eärendil implique aussi une étoile. Mais l’auteur pousse parfois le raisonnement un peu trop loin. On ne peut ainsi dire que « les espèces d’arbres amenées sur Númenor par les Eldar et qui ont été décrites par Tolkien, telles que le Mallornë [sic] ou l’Arbre Blanc rappellent par leurs teintes celle des étoiles ». En effet, seul l’Arbre Blanc répond à cette description. Le mallorn est argenté et doré, ce qui rappelle plutôt les Deux Arbres ou les Deux Lampes que les seules étoiles. Les autres arbres ont de nombreuses couleurs, mais ne sont pas particulièrement argentés. Je n’ai pas non plus le sentiment qu’il soit très pertinent de comparer les Aigles de Manwë avec la chouette d’Athéna. Il aurait été beaucoup plus sensé d’admettre qu’on sortait là de la comparaison directe avec le mythe de l’Atlantide et d’établir un parallèle avec l’aigle de Zeus.

A plusieurs reprises, je me suis vraiment demandé où l'auteur voulait aller. Les descriptions s'enchaînent, sans que j'ai eu le sentiment d'une véritable analyse. Conclure sur la volonté de réutilisation et de réemploi du mythe par Tolkien est certes pertinent, mais manque de précision. Quelles sont les spécificités de l'utilisation du mythe de l'Atlantide par rapport aux autres mythes utilisés par Tolkien ? Je n'ai pas l'impression d'être plus avancé à ce sujet à la fin de la lecture.

Elendil
[small]« Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur. » Le Mariage de Figaro, Acte V, scène 3.[/small]


PS : Je ne peux résister à citer ce magnifique lapsus, qui me fait vraiment me demander si ce mémoire a été lu par qui que ce soit avant d'être accepté : « Ces différents paliers que l’on s’est entâché [sic] de faire apparaître… » (section IV.3). Sérieusement, est-ce digne d'un travail universitaire ?
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