23-06-2005, 19:18
Avertissement : Digression totale !<br><small> mais après tout, ce fuseau n'en est pas à sa première ;-))</small><p>Sosryko enseigne la « physique » ;-) mais cela ne l’empêche pas d’avoir un avis sur l’objet « mathématique », l’enseignement des sciences et les sciences en général.<p><small><i>Tiens, enfin un domaine où les monoïdes sont <b>utilisés</B> en tant que tel<p>le programme de math des classes prépa ne prétend pas être <b>utile</b>, mais seulement sélectif. <p>J'reste convaincu que de (certes jolis) théorèmes comme "C est algébriquement clos" <b>ne servent pas beaucoup</B> :D <p>je confirme, après 3 ans de prépa, ces théorèmes <b>ne m'ont plus servi</B> du tout! Meme s'ils <B>servent</B> à avoir les écoles que tu veux...<b>par contre les qualifier de "jolis", j'ai du mal</B>.</I></small><p>*Good grief*…<p>Je me souviens…<br>Je me souviens de mes vacances à la campagne, dans la ferme familiale, de Zoélie, mon arrière grand-mère qui regarde par dessus mon épaule le dessin (je passais mes journées entière à dessiner sur cette petite table de bois, face à la fenêtre, volet mi-clos, dans la lumière de l’été) : <br>-- Mais, pourquoi tu fais cela ? <br>-- Parce que cela me fait du bien, parce que j’aime ça, Mané.<br>-- Mais, pourquoi ?<br>Je souriais… je sourie encore. Derrière son pourquoi il y avait la question de celle qui n’avait vécue que par le travail et pour le travail difficile des champs : « à quoi ça sert ? »<p>Je me souviens…<br>Je me souviens de mon père sur le pas de la porte de ma chambre, alors que je révisais mes cours :<br>-- Mon transistor est tombé en panne. Tu peux le réparer.<br>-- Non je ne saurais pas le faire.<br>-- Mais alors, à quoi ça sert tout ce que tu apprends ?<br>Je n’ai pas souri sur le moment… aujourd’hui, oui.<br>Car mon père, ouvrier, ne sait rien des sciences que leurs applications qui nous entourent.<br>Mais lorsque je constate l’esprit as<i>servissant</I> de ceux qui ont étudié/étudient les sciences, diplômés ou futurs ingénieurs, ça passe pas, ça passe encore moins ;-)<p>Comment vouloir être sensible à la beauté lorsqu’on se comporte avec un tel « esprit de métal et de rouages » ?<p>La séduction n’est plus désormais dans le désir de la Connaissance mais dans la volonté que cette connaissance, <i>toute</I> cette connaissance soit <b>utile</B> ; et non seulement que toute la connaissance soit utile, mais utile <i>tout de suite</I>. Utile, Tout de suite et <i>pour moi</I> bien entendu…<br>Et on en vient à aller en classe prépa sans imaginer un seul instant que ce sera l’occasion entr’ouvrir des portes sur des contrées inexplorées jusqu’alors dans son début de vie, mais pour se « servir » en « outils » <i>et seulement cela</I>. <br>Je sais bien qu’une classe prépa scientifique est évidemment destinée à permettre à ses étudiants d’avoir un métier, principalement à se donner les moyens d’intégrer les écoles d’ingénieurs. Mais s’il y a encore deux (petites) heures de Français-Philo en Math Sup et en Math Spé, c’est qu’il y a plus que cela : ce qui est en jeu, c’est la formation de l’esprit. <br>Et l’on ne peut tirer tous les profits de son passage en prépa (ou ailleurs, le lieu importe peu !) si l’on ne comprend pas que l’important est non seulement <i>ce</I> que l’on y apprend, mais aussi <i>comment</I> on l’apprend.<br>Ainsi, par exemple et pour faire court, le prof de physique que je suis n’a pas d'intérêt pour les mathématiques… mais il est évident que les théorèmes sont des lieux où se loge une forme de beauté. Une beauté existe dans les mathématiques. Elle se dévoile dans otut son rayonnement lorsqu’on fait des mathématiques pour les mathématiques et non par esprit utilitariste (pour la physique par exemple). <br>Et c’est valable aussi (heureusement) pour la physique, la cuisine, la peinture, ou… une langue inventée, tiens !, bref toute activité de l’esprit humain. <br>Alors il existe une place pour l’émerveillement face au travail accompli par les antiques « géants » qui nous portent sur leurs épaules (pour reprendre le mot de Newton qui avait anticipé la rencontre de Merry et Pippin avec Fangorn).<p>Je suis le premier à dire à mes élèves qu’il faut travailler avec un objectif précis, avec la volonté de s’emparer des outils mis à leur disposition et de s’en servir le mieux possible pour atteindre cet objectif.<br>Mais lorsqu’il est question de « sciences » et de « beauté », nous parlons d’autre chose que de ce que l’apprentissage des sciences nous apporte matériellement.<br>La connaissance devrait être considérée comme un Savoir, une Sagesse et, en cela, une richesse fondamentale qui porte à l’admiration de ceux qui nous ont précédé et au respect de l’homme et de la vie.<br>Or, malheureusement, la connaissance n’est plus qu’un levier pour soulever le monde, un filet pour l’emprisonner, une fosse pour l’enterrer comme le voleur enterre le trésor qu’il a dérobé.<p>« c’est en effet là le dernier mot : la science est devenue <b>un moyen</b> de la technique » (Ellul, <i>La Technique ou l’enjeu du siècle</I>)<br>Et le monde meurt de cette réalité.<br>Et l’esprit se coupe de beautés infinies.<br>

