17-12-2002, 19:34
Je t'adresse aussi mes félicitations !<p>Ton commentaire initial sur le caractère mouvant de nos connaissances est plein de pertinence ; ce genre de rappel est, sinon bienvenu, du moins toujours utile à garder en tête. Les remarques qui suivent sont à prendre avec les mêmes précautions.<p>Quelques points d'ordre général :<p>1) Pour "ton, ta", nous disposons effectivement d'un mot depuis peu... :-)<p><font size=1>...et il ne se trouve pas dans la version française. Il faudrait vraiment que je révise cet article...</font><p>2) Place des pronoms : notre corpus est trop restreint pour que nous puissions avoir des certitudes quant à la syntaxe de la phrase en sindarin, mais il reste possible de se fonder sur les structures déjà attestées. Or, en ce qui concerne les places respectives du pronom complément et du verbe, il semble y avoir une certaine préférence pour l'ordre pronom + verbe :<br>- <b>Im Narvi <i>hain echant</i></b> (Portes de la Moria)<br>- <b>Fanuilos <i>le linnathon</i></b> (A Elbereth Gilthoniel)<br>- <b><i>le nallon</i> sí di-nguruthos</b> (Sam à Cirith Ungol)<br>- <b><i>le linnon</i> im Tinúviel</b> (Chant de Lúthien, LB:354)<p>[On a par contre <b>a tiro nin</b> dans la même invocation de Sam... Et la place des prépositions avec pronoms suffixés semble différente : <b>ú-chebin estel anim</b> (<i>linnod</i> de Gilraen), <b>guren bêd enni</b> (<i>Vinyar Tengwar</i> n°41), <b>Anno ammen sír i mbas ilaurui vín</b> (Notre Père en sindarin, <i>Vinyar Tengwar</i> n°44)...]<p>Il est donc peut-être plus sûr d'écrire <b>le nalla®</b>, <b>le harthar</b>...<p>3) Articles : dans <b>Ben hithu en dalaith (*talaith)</b> et <b>Ben glyss en ered</b> : tu utilise <b>ben</b> qui incorpore vraisemblablement un article défini suffixé (be-n). Or, il semble que l'article ne s'emploie pas devant le premier membre d'une expression génitive. C'est en tout cas ce qui se passe en gallois, qui connaît cette structure (inspiration vraisemblable de celle du sindarin) : <i>drws y tŷ</i> signifie "LA porte de la maison", même s'il n'y a pas d'article devant <i>drws</i> "porte". On retrouve quelque chose de similaire en anglais avec, par ex., "the policeman's hat".<br>Il existe un exemple de ce type en sindarin : l'exclamation de Voronwë dans UT:40,54, CLI 1:70,88 : <b>Alae ! Ered en Echoriath, ered e·mbar nín !</b> dont la deuxième partie est traduite "THE mountains of my home" "LES montagnes de mon pays" (c'est moi qui souligne).<p>Passons à des points plus particuliers :<p>1) > <b>Nirnaeth an Mithrandir</b><br><b>an</b> s'assimile en <b>am</b> devant un m : cf. <b>am Meril</b>, SD:128 (Lettre du Roi).<p>2) <b>ben</b> pour "dans le" est attesté dans l'expression <b>ben genediad Drannail</b> "dans le comput de la Comté", mais il est possible que le sens général de <b>be</b> soit plutôt quelque chose comme "selon" (cf son cognat quenya probable <i>ve</i> "comme".<br>Nous avons aussi <b>ne/ned</b> (SD:129), interprété "in" au sens temporel, mais le sens spatial n'est pas exclu, quoique non attesté à ma connaissance, et qui s'est vu employer pour "dans" faute de mieux.<br>Enfin, nous avons <b>vi</b> dans le Notre Père en sindarin : <b>vi Menel</b> "au Ciel", que l'on peut rapprocher du quenya <i>mi</i> avec une curieuse lénition de l'initiale. Ce qui est troublant, c'est qu'on s'attendrait à ce qu'une préposition de cette forme, c.à.d. terminée par une voyelle, déclenche la lénition du mot suivant, ce qui n'est pas le cas. De façon générale, les mutations dans ce texte ne correspondent pas à ce que prévoieraient les théories exposées sur Ardalambion... ce qui ne veut pas dire qu'elles sont globalement fausses, mais plutôt qu'elles ne sont pas valables dans ce texte. Comme la stabilité (du point de vue externe) n'est pas exactement une caractéristique de ces langues, il n'est pas très surprenant de rencontrer des états contradictoires.<br>Une solution de compromis est d'éviter le problème en ayant recours à d'autres prépositions si possible. Par exemple, on pourrait ici employer <b>trî</b> (+ lénition) "à travers, par" : <b>trî °chithu</b>, <b>trî °'lyss</b>.<p><font size=1>N.B. : ° marque un mot muté.</font><p>3) <b>talath</b> ferait plutôt <b>telaith</b> au pluriel. Pour <b>orod</b>, les deux pluriels <b>ered</b> et <b>eryd</b> coexistent ; le dernier semble plus "régulier" en Sindarin (cf. par ex. <b>Golodh</b> pl. <b>Gelydh</b>).<p>4) ><b>Rannech deliot chalad (*calad) na le.</b><br><b>rannech</b>, <b>ranad</b> : je ne retrouve pas ce verbe <b>rana-</b> ; pourrais-tu en préciser la source ?<br><b>Deliot</b> est visiblement une faute de frappe pour <b>deliol</b>.<br><b>Calad</b> doit bel et bien muter en tant qu'objet, mais c'est une lénition qu'il subit : <b>°galad</b>.<p>5) ><b> Prestad trî chûn (*hûn) nîn dortha.</b><br><b>prestad</b> serait "trouble" plutôt que peine, mais convient tout aussi bien. Sinon, nous avons <b>naeg</b> "pain", douleur physique ou morale - il semble y avoir eu des interférences entre les racines NAK, NAY et NÁYAK selon les Etym.<br><b>hûn</b> est le coeur physique ; au sens moral, nous avons <b>gûr</b> ; <b>guren</b> "mon coeur" est attesté.<br><b>trî</b> "à travers, par" n'est peut-être pas la préposition idéale.<p>6) <i>Vers [quel] destin funeste t’a entraîné ton voyage ?</i><br>Aïe... voilà qui est un peu difficile. Pour les questions, la seule chose que nous sachions est l'existence d'un interrogatif <b>man ?</b> "quoi ? que ?", peut-être aussi "qui ?". Quant aux relatives, nous n'en connaissons qu'avec pronom relatif sujet.<br>Pour "destin funeste", nous avons un mot parfait : <b>úmarth</b> "ill-fate", nom donné par Túrin à son père (Silm. ch. 21). On peut encore renforcer par <b>delu</b> "deadly". Pour "voyage", <b>lend</b> est attesté.<br>Peut-être écrirais-je quelque chose comme <b>*Man i úmarth °dhelu lîn, methed lend lîn ?</b> "Quel [est/fut] ton destin funeste, [la] fin de ton voyage". Pour la structure du premier membre, cf. le Notre Père : <b>i mbas ilaurui vín</b> "notre pain quotidien".<p>7) ><b>Athradhaw (athra- + *daw)</b><br><b>Athra</b> "across" vaut plutôt "d'un côté à l'autre de, en travers de" ; <b>trî</b> (+ lénition) "à travers, par" serait à mon sens préférable.<p>8) <b>nalla-</b> : "cry", mais je ne suis pas certain que ce qoit au sens de "pleurer". Ce verbe vient de l'invocation de Sam à Elbereth à Cirith Ungol : <b>...le nallon sí di-nguruthos !</b> "to thee I cry now in the shadow of death", ce qui me semble mieux s'accorder avec le sens de "crier" ; ou peut-être, avec un sens plus figuré, "invoquer, implorer"... où l'on retrouve les pleurs. Cela dit, toutes ces acceptions restent appropriées dans le contexte d'une complainte.<p>9) ><b>Dan nglamor (*glamor) ranad na le ui brona. </b><br>Y a-t-il mutation après les conjonctions de coordination ? Mystère... Si c'est le cas, <b>dan</b> (dont l'emploi pour "mais" est pour autant que je sache une reconstruction à partir du quenya, faute de mieux) déclencherait vraisemblablement une mutation nasale "invisible" ici : <b>dan glamor</b>.<p>10) ><b>Môr norn am liliath (*giliath)</b><br><b>'iliath</b>, je suppose. <b>Am</b> "upon" "sur, au-dessus de" n'est peut-être pas la préposition la plus appropriée. <b>Nuin giliath</b> "sous les étoiles" peut-être ?<br><font size=1>Je me demande d'ailleurs si <b>am</b> déclencherait vraiment une mutation douce... Mais bon...</font><p>11) <b> ú ‘aro (*garo) luitho in. </b><br>Je ne comprends pas bien cette construction avec <b>garo</b> "avoir, tenir" et <b>luithio</b> "éteindre, étouffer". Comme l'infinitif du "noldorin" des Etym n'est pas attesté ailleurs, som emploi et même sa persistance dans le sindarin ultérieur sont incertains. J'essaierais quelque chose de plus simple : <b>*Hain ú-luithiant</b> "elle ne les a pas éteintes".<p>Cuio mae,<p>Moraldandil

