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inscription des portes de la Moria
#2
C'est une très bonne question !<p>Ton analyse est tout à fait correcte : malgré le pronom de 1re personne <b>im</b> "je", <b>echant</b> est bien morphologiquement une 3e personne du singulier – ou dirais-je plutôt : une non-personne du singulier. Voilà comment j'expliquerais les choses...<p>Le sindarin comme bien d'autres langues peut omettre le pronom sujet, la forme verbale étant suffisamment explicite ; par exemple, on a dans l'hymne à Elbereth <b>Fanuilos le linnathon</b> "Fanuilos pour toi je chanterai". Dans ce genre de langues (dites "pro-drop" en anglais - j'avoue honteusement ignorer le terme français), le pronom sujet ne s'emploie habituellement que pour insister. Par exemple en italien, on a <i>parlo, parli, parla</i> "je parle, tu parles, il/elle parle" ; <i>io parlo ; tu parli</i> correspond plus à "moi, je parle ; toi, tu parles".<font size=1>A remarquer que le français, dont les terminaisons se sont obscurcies du fait de l'évolution phonétique – même si l'écrit conserve une différence – fonctionne différemment : on est obligé d'exprimer le pronom sujet.</font><p>Il est vrai cependant que cet emploi d'une "3e personne" quand on emploie un pronom sujet, même d'une autre personne, est assez surprenant pour nous francophones. En italien, on n'a pas non plus<i>**io parla, **tu parla</i>. Mais cette règle d'accord s'éclaire quand on considère l'origine des terminaisons personnelles du sindarin, et pour cela, il est nécessaire de faire un petit tour par le quenya.<p>En quenya, quand le sujet est un groupe nominal, le verbe s'accorde en nombre avec lui : le singulier n'a pas de marque, le pluriel est marqué par un <b>-r</b> ; on a par exemple dans <i>Namárië</i> <b>laurie lanta<u>r</u> lassi</b> "les feuilles tombent dorées", <b>máryat Elentári ortane</b> "la Reine des étoiles a élevé ses deux mains". Quand le sujet est un pronom, ce dernier apparaît le plus souvent suffixé au verbe (il est même possible d'y suffixer encore un pronom objet) ; mais il est possible aussi d'employer un pronom sujet indépendant, auquel cas le verbe se comporte comme avec un sujet-groupe nominal. Cette dernière tournure est plus emphatique. Le contraste s'observe à la fin de <i>Namárië</i> : <b>Nai hiruva<u>lye</u> Valimar ! Nai <u>elye</u> hiruva !</b> "Peut-être trouverez-vous Valimar ! C'est peut-être vous qui [la] trouverez !".<p>Il est vraisemblable que l'ancêtre du sindarin utilisait ce genre de construction. Mais en sindarin même, le procédé s'est quelque peu obscurci et les formes du verbe ont fini par constituer une sorte de conjugaison. Par exemple pour le verbe <b>ped-</b> "parler" (les formes de gauche sont des formes ancestrales hypothétiques que je reconstruis) :<p><b>*peti-ne</b> > pedin "je parle"<br><b>*pete > pêd</b> "parle ; il/elle parle"<br><b>*peti-mme > pedim</b> "nous parlons"<br><b>*petir > pedir</b> "parlent ; ils/elles parlent"<p>Dans cette hypothèse, les formes du verbe à pronom suffixé ont constitué des formes personnelles du verbe. Les formes de singulier et pluriel sans pronom suffixé sont devenues des formes non-personnelles, par défaut des "3e personnes" (qui, linguistiquement, sont effectivement des sortes de "non-personnes" : elles ne renvoient pas aux personnes qui se parlent).<p>On comprend bien cependant que cette "conjugaison" ne fonctionne pas exactement comme celle du français ou de l'italien : les terminaisons de personne sont encore très nettement les restes de pronoms suffixés. L'apparition que tu constates d'une 3e personne lorsqu'un pronom sujet indépendant est employé est une trace de cette origine. Le contraste entre le sindarin <b>echannen</b> et <b>im echant</b> est en fait exactement le même qu'entre le quenya <b>hiruvalye</b> et <b>elye hiruva</b> : quand on emploie un pronom indépendant, ce n'est pas la peine d'ajouter une marque de personne (=pronom suffixé) au verbe. Il reste donc, singulier ou pluriel selon le cas, à la forme non-personnelle. Tu comprends maintenant pourquoi je trouve ce terme plus approprié que "3e personne".<p>En fait, de façon plus générale, une terminologie est à manier avec précaution : il faut certes nommer les phénomènes, et le plus commode est souvent d'utiliser des termes déjà existants qui désignent des choses comparables, mais comparables ne veut pas dire identiques. Une "3e personne" en sindarin, ce n'est donc pas exactement la même chose qu'en français ou en italien.<p>Pour le cas particulier des portes de la Moria, on comprend très bien l'emploi d'un pronom indépendant, il s'agit d'attirer l'attention sur le sujet : <b>Im Narvi hain echant</b> "Moi, Narvi, je les ai faites".<p>Voilà :-)<p>Moraldandil
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