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Les articles... définis, indéfinis, génitifs, partitifs...
#5
En fait... c'est une question de français au moins autant que de sindarin :-)<p>Pour commencer, il faut remarquer que les systèmes d'article sont différents d'une langue à l'autre – sans parler des nombreuses langues qui s'en passent tout bonnement. Par exemple, l'emploi des articles en anglais est significativement différent de ceux du français, et il faut s'attendre à des différences en sindarin aussi. "Article défini, indéfini" : il s'agit surtout d'étiquettes servant à nommer des outils linguistiques de rôle proche, mais pas identique d'une langue à l'autre (ou même dans deux états historiques différents d'une même langue : il y a des différences en français entre l'emploi actuel et celui du XVII° siècle).<p>Je ne reviendrai pas sur les différentes formes des articles sindarin, mais rappellerai juste que comme nous n'avons pas beaucoup d'exemples, certains emplois peuvent encore nous échapper. Et pour compliquer les choses, les conceptions de Tolkien ont visiblement changé avec le temps (on trouve des incohérences).<p><font size=1>Je trouve également que l'hypothèse que <b>ir</b> soit un article est très douteuse. Il semble qu'en sindarin, les noms d'astres <b>Anor</b> et <b>Ithil</b> soient traités comme noms propres. La graphie le suggère puisque ces noms apparaissent toujours avec une majuscule dans la romanisation, y compris dans ce fameux <b>Ir Ithil ammen Eruchîn</b> du Chant de Lúthien, LB:354. Les noms des deux tours des fils d'Elendil sont <b>Minas Anor</b> et <b>Minas Ithil</b> et non quelque chose comme <i>**Minas-en-Anor</i>, <i>**Minas-en-Ithil</i>, ce qui contraste avec une expression comme <b>Narn en·Êl</b> "Conte de l'Etoile" (MR:373). De même en quenya : dans les <i>Contes et légendes inachevés</i> Tuor est salué de la formule <b>Anar kaluva tielyanna</b> "THE Sun will shine upon your path" (c'est moi qui souligne), non <i>**I Anar...</i> Certes, l'article gallois, <i>y</i> devant consonne, est <i>yr</i> devant voyelle, mais le sindarin n'est pas une simple copie du gallois même s'il lui doit beaucoup.</font><p>Ta liste d'exemples me laisse à penser que ton problème est dans la préposition <i>de</i>, qui s'amalgame aux articles définis <i>le, les</i> pour produire ce que la grammaire traditionnelle appelle "articles contractés" : <i>du, des</i>. Pas de chance, c'est avec <i>à</i> la préposition la plus courante en français, avec des emplois multiples, parfois très abstraits. Elle n'est évidemment pas "traduisible", il faut s'attacher à l'effet de sens produit ; et ils peuvent correspondre à plusieurs constructions différentes dans une autre langue.<p>On a dû écrire des volumes sur les emplois de "de" en français... Je me contenterai d'en relever quelques uns en m'appuyant sur tes exemples.<p><u>Origine</u> : tes ex 7 "il saute du toit" et 8 "il saut de toit en toit". C'est un sens assez concret (aussi valable dans le temps : "De 1995 à 2002..."). Ce sens est rendu par la préposition <b>o</b> en sindarin, par ex dans <i>A Elbereth Gilthoniel</i> : <b>o menel</b> "du ciel, <b>o galadhremmin ennorath</b> "depuis les régions emmaillées d’arbres de la Terre du Milieu". Dans l'inscription de la Porte de la Moria : <b>Celebrimbor o Eregion</b> "Celebrimbor d'Eregion".<p><u>Possession</u> : tes ex. 9 à 12 ; c'est un emploi en continuité de sens avec le précédent ; cela se voit par ex. dans la Lettre du Roi (SD:128-129) on trouve <b>suilad uin aran o Minas Tirith nelchaenen uin Echuir</b> "the King's greeting from Minas Tirith the thirty-first day of the Stirring " "le salut du Roi le trente-et-unième [jour] de la Reverdie". Ici, c'est <b>o</b> qui est employé seul ou avec article suffixé, d'où <b>uin</b>.<br>Plus typiquement, on trouve la construction génitive : le déterminé est suivi du déterminant, précédé si c'est un nom commun de l'article génitif <b>en</b> (déclenche la "mutation mixte") : <b>ered e·mbar nín !</b> "les montagnes de mon pays !"UT:40, 54 ; CLI 1:70, 88 (mais on trouve aussi l'article singulier "habituel" <b>i</b>, qui déclenche la mutation douce : cf. <b>Condir i Drann</b> "Maire de la Comté" dans la Lettre du Roi) ; si c'est un pluriel, de l'article pluriel <b>in</b>, qui déclenche la mutation nasale, cf le "titre" de Pippin <b>Ernil i Pheriannath</b> "Prince des Semi-Hommes". Il faut remarquer que le premier nom est défini, bien qu'il n'ait pas d'article : cf l'ex. d'UT plus haut. On trouve le même phénomène en gallois : <i>car y tad</i> "la voiture du père"... et en anglais avec les termes dans l'autre ordre : <i>the father's car</i>.<br>Parfois on trouve aussi la préposition <b>na</b> : Sylvebarbe chante <b>Orod-na-Thôn</b> "Montagne de Pin" (SdA livre III ch. 4), manifestement un autre nom de Dorthonion.<br><font size=1>Cet emploi apparaît plus souvent en noldorin, le précurseur du sindarin d'un point de vue externe (dans les années 30-40) ; il apparaît dans d'assez nombreux noms de lieux. Les version sindarines ultérieures ont plutôt l'article génitif. Ex : <b>Taur-na-Faroth</b>des années 30 a été changé plus tard en <b>Taur-en-Faroth</b> qui apparaît dans la version publiée du Silmarillion.</font><p><u>Partie</u> : tes ex. 1 à 6. C'est également un développement de sens à partir de l'idée d'origine. Bien des langues peuvent se passer purement et simplement d'article dans ce sens : l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'ancien français. En revanche, le français moderne a beaucoup développé les constructions partitives, et a créé une série d' "articles partitifs" d'emploi obligatoire. L'article indéfini pluriel <i>des</i> tire également son origine de cette construction.<br>En sindarin, on n'a aucun exemple pour le moment.<p><u>Propos</u> : tu n'as pas donné d'exemple de cet emploi, que l'on observe dans une phrase comme "Je parle de Pierre". Dans les Etymologies (LR:378) on trouve la préposition noldorine <b>o</b> "about" "sur, au sujet de (peut-être aussi "autour")" ; ATTENTION ce n'est pas la même que plus haut, c'est un homonyme ! Particularité : un h- est préfixé à un mot qui la suit s'il commence par une voyelle. On a ainsi <b>o Hedhil</b> "about Elves" "des elfes, au sujet des elfes". On ne sait si elle était encore valide en sindarin, faute d'exemple d'une expression ayant ce sens.<p><u>Subordination</u> : <i>de</i> s'emploie aussi pour introduire une subordonnée infinitive après certains verbes, en concurrence avec <i>à</i> et avec une construction directe ; on parle parfois de "complémenteur" pour cet emploi. C'est ton exemple 13.<br>En sindarin. Grave question :-) Le statut et la syntaxe de l'infinitif et/ou du gérondif n'est pas clair du tout ; les différents témoignages ne se recoupent pas, et il n'est pas improbable que Tolkien ait changé ses idées là-dessus plusieurs fois. Nous avons un exemple de ce qui ressemble à une subordonnée infinitive, dans la lettre du Roi : <b>e aníra (...) suilannad (...)</b> "il désire (...) saluer (...)", avec une construction directe. Cela ne prouve absolument pas que ce soit le cas général : cf. l'existence en français de plusieurs constructions distinctes de l'infinitif (ex : il se permet de parler ; il commence à parler ; il souhaite parler).<p>Hem... ai-je vraiment éclairci les choses ? Du moins peut on voir que l'étude des langues inventées de Tolkien n'est pas simple...<p>Moraldandil<br>
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