18-10-2003, 02:18
<font color="blue">Suite à la question portant sur <i>suilad</i> et l' infinitif-gérondif dans un fuseau voisin, voici un petit machin extrait de mes <i>Eléments de grammaire elfique</i> inachevés, inédits et in-tout-ce-que-vous-voulez.<p>Dans le contexte, "sindarin classique" est entendu ici comme "sindarin du troisième âge, tel qu'employé par les elfes" (i.e. sans les spécificités gondoriennes lorsqu'on peut les identifier), à défaut de meilleur terme (i.e. la période considérée comme classique est ici celle du SdA, plutôt que l'âge d'or elfique... C'est une dénomination contestable).<p>Il manque évidemment quelques définitions terminologiques précisées en début de document, mais cela ne devrait pas trop gêner la lecture. Enfin, comme tout travail en cours (et plus encore, en long repos!), ceci n'est pas exempt d'erreurs.<p>Didier.<br>- -<br></font><p>§41. L'INFINITIF<p>Dans les <i>Etymologies</i>, l’infinif des verbes basiques reçoit la terminaison <b>–i</b> et subit une métaphonie. Celui des verbes dérivés se termine par <b>–o</b> :<p>Verbes basiques :<p><i>dag-</i> « occire, tuer, massacrer » — <i>degi</i> [Ety/375] (avec métaphonie a > e)<p>Verbes dérivés :<p><i>presta-</i> « affecter » — <i>presto</i> [Ety/380]<p>Cependant, ces formes n’ont été rencontrées dans aucun texte jusqu’à aujourd’hui, et certains doutent par conséquent qu’elles soient encore valables en sindarin classique. Il est tentant en effet de penser que le gérondif puisse aussi servir d’infinitif, comme nous le verrons plus loin (§42.3).<p>§42. LE GERONDIF<p>§42.1. NOM DEVERBAL, GERONDIF ET USAGE INFINITIF<p>[... Long passage non inclus ici ...]<p>En résumé, un gérondif sindarin pourra être traduit en français soit par un nom (fonction déverbale), soit par un infinitif (e.g. après un verbe exprimant un souhait ou un désir).<p>§42.2 LA FORME DU GERONDIF<p>Le gérondif reçoit la terminaison <b>–ad</b> pour les verbes dérivés. Nous n’en avons, dans le corpus, qu’un seul exemple pour les verbes basiques, dont la terminaison est <b>-ed</b>. Quelques exemples indirects semblent aussi confirmer cette terminaison.<p>Verbes basiques :<p><i>cab-</i> « sauter » — <i>cabed</i> « saut(6) » [WJ/100, S/386]<br><i>cen-</i> « voir » — {<i>cened</i>} « vision » (cf. <i>cenedril</i> « miroir » [TI/184, RS/466], prob. lit. « verre de vision »)<p>Verbes dérivés :<p><i>adertha-</i> « réunir » — <i>aderthad</i> « réunion » [S/409]<br><i>ava-</i> (auxiliaire négatif) — <i>avad</i> « refus » [WJ/371]<br><i>eitha-</i> « insulter » — <i>eithad</i> « insulte » [WJ/365]<br><i>genedia-</i> « compter, dénombrer » — <i>genediad</i> « compte » (anglais « reckoning », par extension « décompte des jours, calendrier »)<br><i>hamma-</i> « habiller » — <i>hammad</i> « habillement » [Ety/363]<br><i>ortha-</i> « élever » — <i>orthad</i> « élévation » (cf. <i>Orthad-En-Êl</i> « le Lever de l’Etoile » [MR/373])<br>{<i>tíra-</i>} « voir » — <i>tírad</i> « vue » (fonction verbale dans la Lettre du Roi, « il souhaite voir ses amis » [SD/129–131])<br>{<i>suila-</i>} « saluer » — <i>suilad</i> « salutation » (emploi verbal dans la lettre du Roi [SD/129–131])<p>§42.3 LA QUESTION DE L'INFINITIF<p>Nous avons vu plus haut (§41) que l’infinitif, tel qu’il apparaît dans les <i>Etymologies</i>, n’est utilisé dans aucun texte publié à ce jour. Des formes comme <i>deri</i> ou <i>presto</i>, infinitives dans les <i>Etymologies</i>, ne sont peut-être plus valables en sindarin classique. Tous les exemples dont nous disposons actuellement pointent plutôt en direction d’un emploi verbal du gérondif, comme infinitif, laissant peu de place à ce dernier.<p>Une publication récente (les notes de Tolkien sur le mot <i>órë</i> [VT/41]) fait apparaître un nouvel infinitif en quenya, dont la terminaison est <i>–ita</i>.<p>Le développement régulier de ce <i>–ita</i> donnerait <i>–ed</i> en sindarin, c’est-à-dire, précisemment, la forme supposée du gérondif des verbes basiques. Le terminaison <i>–ad</i> du gérondif des verbes dérivés peut s’expliquer de manière semblable.(7)<p>Certains des étudiants des langues elfiques considèrent par conséquent, à la lumière de cette nouvelle information, que l’infinitif des <i>Etymologies</i> n’est plus valide, et que le gérondif le remplace complètement. Cette thèse a du charme et correspond relativement bien à nos observations.(8)<p><small><br>NOTES<br>(6). Dans ses brouillons, Tolkien a utilisé <i>cabad</i> pour « saut ». Dans les <i>Etymologies</i>, on recontre aussi quelques formes en <i>–ad</i> comme gérondifs de verbes basiques. Tout ceci semble indiquer que Tolkien a, pendant un certains temps, considéré que les verbes basiques formaient leur gérondif en <i>–ad</i> comme les verbes dérivés, avant de reviser cabed et d’entériner une forme en <i>–ed</i>. Voir aussi <i>infra</i>, la discussion sur l’infinitif quenya en <i>–ita</i>.<p>(7) La terminaison serait en fait *<i>–ĭta</i>, avec chute de ce –ĭ– dans le cas des verbes dérivés ; ainsi <i>presta-</i> + *<i>–(ĭ)ta</i> > <i>*prestata</i> > <i>prestad</i>. Pour les verbes basiques, <i>cab-</i> + *–<i>ĭta</i> > <i>*cabita</i> > <i>cabed</i> — malgré la présence de ce ĭ, noter l’absence de métaphonie, à l’image de la formation de certains adjectifs-participes en –<i>ĭna</i> (par exemple quenya <i>kalina</i>, sindarin <i>calen</i>).<p>(8) Les brouillons de Tolkien dans [PE/13] vont aussi dans le sens de l’interprétation que nous formulons ici, cf. p. 126–127 (conjugaison rejetée), <i>glathra-</i> infinitif <i>glathrad</i> ; <i>mad-</i> infinitif <i>medi</i> ; p. 129 (conjugaison retenue à l’époque) <i>glathra-</i> infinitif <i>glathrod</i> (à comparer avec quelques infinitifs des <i>Etymologies</i> qui ont vraisemblablement échappé aux révisions de Tolkien et présentent encore cette terminaison, e.g. <i>pannod</i>, <i>nimmid</i>) ; <i>mad-</i> infinitif &c [sic] <i>madwi</i> (le <i>et caetera</i> indiquant visiblement que cette forme n’est pas seulement un infinitif) ; p. 131 (autre table plus tardive) <i>tangad-</i> infinitif <i>tangod</i> « fixing, to fix » (noter la première traduction par un gérondif) ; <i>mad-</i> infinif <i>medi</i> (comme dans les <i>Etymologies</i> plus tard) ; <i>adag-</i> infinitif <i>adog, adob</i> (à confronter avec le lexique contemporain, p. 136, <i>adag-</i> « to build » ... <i>adob</i> « a building », et la même entrée dans le dictionnaire qui suivit, p. 158, <i>adob</i> nom et infinitif) — Dans tous ces cas, bien que les sources soient confuses et parfois contradictoire, l’infinitif et le nom déverbal sont fortement liés, et leur forme évoque celle de notre gérondif en sindarin classique. Cela tend à montrer que l’infinitif des <i>Etymologies</i> fut peut-être une conception provisoire, sur laquelle Tolkien revint plus tard.<br></small>

