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Infinif-gérondif
#4
<font size=1>Fracas d’ailes vespéral et draconien…<br>- C’est pas un peu trop allusif, ton truc, là ?<br>- Comment ça, pas encore habitué ?<br>- Tu pourrais faire un effort, quoi !<br>- Bin, je croyais que le style télégraphique c’était à la mode !<br>- Ouais mais bon quand même…<br>- D’accord, d’accord, je développe.</font><p>Dans l’évolution conduisant au sindarin, les voyelles ont subi de nombreux changements phonétiques, notamment les métaphonies (entre autres noms de ce phénomène) qui sont dues à l’influence des voyelles suivantes. Un cas bien connu est celui de la (ou peut-être plutôt des) métaphonie en I, qui a été « récupérée » par la morphologie où elle joue, synchroniquement, un rôle important, en particulier dans la formation du pluriel des noms et adjectifs. Ses effets sont compliqués et je ne rentrerai pas dans le détail ici.<p>En examinant le vocabulaire, on peut percevoir les traces d’autres changements, et notamment celles d’une métaphonie en A : sous l’influence d’un <b>a</b> final, <b>i</b> devient <b>e</b> et <b>u</b> devient <b>o</b> dans la syllabe précédente.<p>Les exemples sont nombreux dans le noldorin des <i>Étymologies</i>. J’ai précisé plus clairement les langues que dans la source, très condensée comme ses usagers le savent bien. Les attributions me paraissent sûres… mais enfin elles ne viennent pas toutes directement de Tolkien. En particulier, il précise rarement si les formes primitives reconstruites remontant au Quendien Primitif ou à l’Eldarin Commun… pour autant que ce soit déterminable ! En l’absence d’indication, je mets « Prim. ». Je réserve l’astérisque à mes propres reconstructions, et pour celles de Tolkien mets à la place un degré.<p>Vieux Noldorin <b>berina</b> « brave, hardi » > Noldorin (Exilique) <b>beren</b> « hardi » (cf LR :352 entrée BER)<br>Prim. <b>°khithwa</b> > N <b>hethw</b> « brumeux, obscur, vague » (cf. LR :364 entrée KHIS, KHITH ; <font size=1>le a de la forme primitive est bref, mais on retrouve une hésitation entre brève ou longue en finale de mots primitifs ailleurs dans les Etym ; les ex. montrent qu’en VN comme en Q les anciennes longues finales sont abrégées. Tolkien a dû hésiter sur la date à attribuer au phénomène.</font>)<br>EC <b>*kirkâ</b> > N <b>cerch</b> « faucille » (cf. LR :365 entrée KIRIK ; voir le Qenya <b>kirka</b>)<br>VN <b>*kurwa</b> > N <b>corw</b> « malin, rusé » (cf. LR :366 entrée KUR ; EC –â > VN –a est une terminaison d’adjectif très courante)<br>Prim. <b>°kwingâ</b> > N <b>peng</b> « arc » (cf. LR :366 entrée KWIG)<br>EC <b>*miskâ</b> > N <b>mesg, mesc</b> « humide » (cf. LR :373 entrée MIS ; comparer au Q <b>miksa</b>)<br>VN <b>ndissa</b> « jeune femme » > N <b>dess</b> (cf. LR :375 entrée NDIS)<br>VN <b>nidwa</b> > N <b>nedhw</b> « traversin, coussin » (cf. LR :378 entrée NID)<br>VN <b>pika</b> « petite tache, point » > N <b>peg</b> (cf. LR :382 entrée PIK)<br>VN <b>pikina</b> « menu » > N <b>pigen</b> (cf. LR:382 entrée PIK)<br>VN <b>rimba</b> > N <b>rhemb, rhem</b> « fréquent, nombreux » (cf. LR:383 entrée RIM)<br>EC <b>*ristâ</b> > N <b>rhest</b> « coupure » (cf. LR :384 entrée RIS, voir le Q <b>rista</b>)<br>VN <b>sthinta</b> > N <b>thent</b> « bref, court » (cf. LR:388 entrée STINTÂ)<br>Prim. <b>°wilwâ</b> > N gwelw « air (comme substance) » (cf. LR :398 entrée WIL)<p>Prim. <b>°krumbâ</b> > N <b>crom</b> « gauche » (cf. LR:366 entrée KURÚM)<br>EC <b>*lustâ</b> > N <b>lhost</b> « vide » (cf. LR :370 entrée LUS ; voir le Q <b>lusta</b>)<br>Prim. <b>°ndulla</b> > N <b>doll</b> « sombre, obscur » (cf. LR :376 entrée NDUL ; <font size=1>pour le a bref, voir plus haut</font>)<br>VN <b>runda</b> > N <b>grond</b> « massue » (cf. LR :384 entrée RUD)<br>VN <b>ruska</b> > N <b>rhosc</b> « brun » (cf. LR :385 entrée RUSKÂ)<br>VN <b>sulkha</b> > N <b>solch</b> « racine (notamment si comestible) » (cf. LR :388 entrée SÚLUK)<br>Prim. <b>°tubnâ</b> > N <b>tofn</b> « profond » (cf. LR :394 entrée TUB)<br>EC <b>*tulukâ</b> > N <b>tolog</b> « ferme, résolu, loyal » (cf. LR :395 entrée TULUK ; comparer au Q <b>tulka</b> « droit, fort, inébranlable, inflexible »)<br>Prim. <b>°tussâ</b> > N <b>toss</b> « arbuste » (cf. LR :395 entrée TUS)<br>Prim. <b>ubrâ</b> > N <b>ofr, ovor</b> « abondant » (cf. LR :396 entrée UB)<br>VN <b>yura</b> > N <b>iôr</b> « cours » (cf. LR :400 entrée YUR)<p>Certains sont valables avec certitude en sindarin aussi :<br>- les noms <b>Beren</b>, <b>Grond</b> subsistent ;<br>- <b>rhosc</b> réapparaît comme <b>rhosg</b> dans le nom de la demeure de Radagast, <b>Rhosgobel</b> « village brun » (approprié au personnage !) ;<br>- <b>lhost</b> comme <b>lost</b> dans l’épithète de Beren <b>Camlost</b> « main vide » ;<br>- <b>rhest</b> comme <b>rest</b> dans <b>Eglarest</b> (forme ancienne dans WJ :365 <b>°ekla-rista</b> quelque chose comme « coupure des Abandonnés » ; la carte montre que le port se trouve au fond d’un profond estuaire ; c’est d’un point de vue externe un nom ancien réinterprété, cf. LR :384)<br>- <b>thent</b> apparaît dans le nom de la forme originelle du <i>Narn i Chîn Húrin</i> : <b>Minlamad thent / estent</b> (<i>Ælfwine and Dírhaval</i> WJ :311-315).<br>Quelques autres exemples en sindarin proprement dit se trouvent dans <i>Quendi and Eldar</i> :<br>- S <b>orch</b> « orque » < <b>°urkô</b> ou <b>°urkâ</b> (WJ : 390)<br>- S <b>coll</b> « creux » > <b>°kuldâ</b> (WJ:414).<br>- le suffixe adjectival S <b>-eb</b> est dit venir de <b>°ikwâ</b> (WJ :412).<br>- il est dit que l’équivalent S du suffixe Q <b>-ima</b> aurait été <b>°ef</b> mais n’était pas en usage (WJ :387)<p> Quelques exemples dans d’autres contextes phonétiques pour montrent que ce changement dépend bien du a (en d’autres termes que tout i ou u ne devient pas e ou o) :<p>Prim. <b>°khithme</b> > N <b>hithw</b> « brouillard » (cf. LR :364 entrée KHIS, KHITH ; <font size=1> ; comparer avec N <b>hethw</b> ; pour le e bref en final, même remarque que plus haut</font>)<br>VN <b>litthe</b> > N <b>lith</b> « sable » (cf. LR: 369 entrée LIT)<br>VN <b>rimbe</b> > N <b>rhimb, rhim</b> « foule, troupe » (cf. LR :383 entrée RIM, voir les collectifs en <b>–rim</b> ; comparer avec N <b>rhemb, rhem</b>)<br>EC <b>*tinkô</b> > N <b>tinc</b> « métal » (cf. LR :394 entrée TINKÔ, voir le Q <b>tinko</b>)<p>Prim. <b>°krumbê</b> > N <b>crum</b> « main gauche » (cf. LR:366 entrée KURÚM)<br>EC <b>*kurwê</b> > N <b>curw</b> « art, métier » (cf. LR :366 entrée KUR, voir le Q <b>kurwe</b> ; comparer au N <b>corw</b>)<br>EC <b>*luntê</b> > N <b>lhunt</b> « bateau » (cf. LR :370 entrée LUT, voir le Q <b>lunte</b>)<br>VN <b>nguru</b> > N gûr « la Mort » (cf. LR :377 entrée ÑGUR)<p><br>Pour en revenir au sujet de départ... :-)<p>Comme l’a mentionné Hiswelókë, on n’observe pas de métaphonie en I au gérondif en –ed < *-ita, ou aux adjectifs en –en < -*ina, ou d’ailleurs en –eb < *-ipa (ex : aglareb « glorieux », de aglar « gloire »)…<p>Une interprétation est que la métaphonie en A est antérieure à celles en I, de telle sorte qu’au moment où ces dernières ont eu lieu, il n’y avait déjà plus de i dans ces terminaisons, car il avait déjà été transformé en e du fait de la présence du a final. D’où des évolutions qu'on peut tenter de reconstruire comme :<p><b>*kapita</b> > <b>*kabeda</b> > <b>cabed</b> « saut »<br><b>*kalina</b> > <b>*kalena</b> > <b>calen</b> « vert »<br><b>*aklaripa</b> > <b>*aglareba</b> > <b>aglareb</b> « glorieux ».<p>B.
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