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La question du Libre Arbitre
#76
Pour le point de traduction, après un premier essai où j'avais traduit par des « actes de luxure », c'est effectivement la p.228 qui m'avait finalement fait opter pour des « actes de convoitise », en m'appuyant sur la polysémie de lust (que je remettais de toute façon entre parenthèses, comme partout où l'original me paraît essentiel). J'avais aussi à l'esprit la convoitise de Celegorm et Curufin à l'égard de Lúthien, qui devait leur permettre de gagner du pouvoir.
[small]NB : je ne traduis, pas plus que Tolkien ne composait, avec une grille du catéchisme en regard ;). Mais ceci est en lien avec la suite :[/small]

Hyarion Wrote:Il y aurait quelque-chose de paradoxal, selon moi, à atténuer dans la forme ce qui s'apparente de plus en plus à une mise en relief de fond (sans surprise pour moi, je dois bien l'admettre). Des textes comme « Laws and Customs among the Eldar » dans HoMe X reflète clairement, entre autres, une volonté de plus en plus explicite chez Tolkien, dans les dernières décennies de sa vie, de faire coïncider son œuvre littéraire avec ses préoccupations religieuses : que cela apparaisse plus ou moins clairement dans ses écrits, a fortiori ceux publiés seulement après sa mort, n'a rien d'étonnant, et en ce sens, je crois qu'il ne faut pas hésiter à mettre les pieds dans le plat vis-à-vis des mots employés, même si je regrette, bien sûr, le résultat obtenu, semble-t-il, de toute façon sur le fond, à savoir une sorte de "lewisisation" (ici catholique) du Légendaire a posteriori, via éventuellement le fameux "enrobage de sucre" dont Tolkien lui-même n'avait pas voulu faire consciemment usage (contrairement à Lewis).

Tout cela n'est évidemment pas nouveau... mais tu m'as écrit naguère toi-même qu'il ne fallait pas avoir peur de la vérité, quelle qu'elle soit : en dehors des certitudes religieuses, montrons-la donc sans fard, cette vérité (des faits, et ici de l'emploi des mots), au point où nous en sommes, même si je ne cacherai pas que le tableau, à mes yeux, est (inévitablement ?) de plus en plus gris (sur le fond)... Bref, comme j'ai déjà pu l'écrire précédemment, ne tournons pas (trop) autour du pot. :-)

Je comprends ce que tu veux dire. Toutefois, d'après moi, Tolkien n'a pas, à la force du poignet de la « volonté » si je puis dire, cherché à « faire coïncider son œuvre littéraire avec ses préoccupations religieuses ». Rien, dans son écriture, ses notes ou sa correspondance, ne me paraît aller en ce sens. Il me semble vraiment que l'on a un développement « inhérent » et « naturel » de sa subcréation, qui prend de plus en plus d'épaisseur et de consistance sur le plan spirituel, certes, mais aussi de lien et d'unité. Mais cela n'a pas été le fait d'une volonté calculée. Prenons l'exemple de la modalité de la ré-incarnation des Elfes, que j'ai mentionnée dans ce fuseau. Cette idée a été retravaillée encore et encore jusqu'à coïncider avec la doctrine catholique, c'est vrai. Mais elle n'a pas été retravaillée pour coïncider avec la doctrine catholique (voir entre autres sa réponse à Peter Hastings). C'est de lui-même, à cause de la cohérence de sa subcréation, qu'il l'a remodelée jusqu'à ce qu'elle lui paraisse intrinsèquement congruente.

Quote:Ceci étant dit, quand tu écrit qu'il n'y aurait "nul besoin de disserter sur la figure du (saint) roi chez Tolkien" s'agissant d'un personnage comme Tom Bombadil, simplement parce que la correspondance serait "parfaite" avec une vision totalement chrétienne des choses et en particulier de ce personnage, je crains que le tableau devienne, là aussi, de plus en plus gris... mais alors que, pour le coup, ce ne serait nullement justifié ! Tom Bombadil est une "anomalie" qui empêche justement de tout ramener à une grille de lecture univoque (ici chrétienne) : parce que l'on ne sait même pas qui il est ou ce qu'il est, il est selon moi comme une porte de sortie face à l'esprit de système, tout simplement parce qu'il ne rentre pas dans les cases, même si l'on cherchait à tout prix à l'intégrer parfaitement dans une supposée cohérence d'ensemble. Du moins est-ce mon avis. :-)

Pour ma part, Tom serait au contraire le meilleur de tous pour un saint roi. Car la sainteté, justement, n'est pas un esprit de système. Et « l'anomalie » Bombadil a beaucoup à voir avec « l'anomalie chrétienne » (ou ce que celle-ci devrait être). Mais, de ce côté, tout cela a à voir avec ce que chacun de nous mettons derrière ce qui est censé être chrétien.

Quote:J'avoue que je ne suis pas sûr, a fortiori avec le recul, que tu ne savais pas où cela conduirait lorsque tu as ouvert le présent fuseau, Jérôme. ;-) Mais que l'on ne se méprenne pas, ceci dit : j'ai conscience de tes efforts pour jouer honnêtement le jeu de la découverte du chercheur et du partage, au prix d'un lourd travail de compilation et d'écriture qu'encore une fois je ne peux que (sincèrement) saluer.

Et je t'en remercie. Ta courtoisie fait plaisir, Benjamin, et je salue sincèrement ton endurance à me suivre sur un chemin que je sais n'être pas le plus agréable pour toi.

[small]Quant à savoir où j'allais en démarrant ce fuseau, je n'en suis pas aussi sûr que vous semblez l'être, chers Hyarion et Sosryko :). Encore qu'il est possible que je me leurre moi-même !! L'essentiel me semble réellement s'être fait au fur et à mesure, même si j'avais quelques points de repère en tête (dont un embryon de qui arrive au prochain post). Pour tout vous dire, ce fuseau est né de la rencontre de deux événements : d'une part, la réflexion que je mène actuellement, en bioéthique, sur la notion d'« autonomie » ; d'autre part, la demande qui m'a été faite de contribuer à un dossier Tolkien. De là, je me suis demandé comment Tolkien voyait le « libre arbitre ».
En revanche, il est vrai que, si je ne savais pas d'avance le chemin, la plupart de ses étapes se sont révélées familières.[/small]

@ Elendil : entièrement d'accord.

Jérôme
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