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Article de la BBC aujourdhui sur l'elfique - réagissons !
#18
Après ce croisement, tentons de répondre... Ce qui suit n'engage bien sûr que moi.<p>1) le sindarin et le quenya parlés dans les films sont-ils orthodoxes ? que pensez-vous du travail fait par david salo sur le film ? y a-t-il beaucoup d'inventions ? <p>Que signifie "orthodoxe" dans ce contexte ? Si cela veut dire "analogue au Sindarin de Tolkien", ça n'est certainement pas le cas, c'est impossible avec nos connaissances actuelles qui sont trop réduites.<p>Le travail de David Salo est avant tout extrêmement hypothétique, et repose sur des théories fragiles, voire assez improbables (je pense à l'interprétation de <b>aen</b> comme une particule de passif, alors qu'il est tout aussi vraisemblable, voire plus, qu'il s'agisse d'une sorte de marqueur d'optatif). La plupart de ces difficultés sont à vrai dire inévitables à partir du moment où l'on cherche à s'exprimer dans ces langues. Il est incompréhensible qu'il n'ait pas été fait plus grand usage de ce qui existait déjà, attesté, de la plume de Tolkien lui-même. <p> Il y a un assez grand nombre d'inventions, par nécessité. La syntaxe et la phraséologie sont manifestement calqués sur l'anglais. Nous avons ainsi un <b>havo dad</b> "sit down !" avec un verbe à particule, une structure qui n'est pas attestée à ma connaissance (alors que les verbes à préfixe le sont). À un moment, Aragorn félicite son cheval d'un <b>mae carnen !</b>, ce qui en anglais donne "well done" - parfait - mais en français "bien fait" ce qui est plus douteux. Pour être honnête, il faut remarquer que certains parallèles de ce genre sont bel et bien attestés : la structure citée ci-dessus est manifestement inspirée de <b>mae govannen</b> "well met" / "heureuse rencontre", qui apparaît à la fin du 1er livre du SdA. Mais on voit bien la nature problématique de telles suppositions.<br>Certaines caractéristiques des constructions du film vont même contre ce qui est attesté, notamment la place du pronom objet en sindarin, régulièrement placé après le verbe alors que les rares exemples du corpus suggèrent plutôt le contraire.<p>Le problème essentiel, c'est d'une part que ces films ont donné l'impression fallacieuse que le quenya et le sindarin sont utilisables, d'autre part que leur pseudo-elfique occulte maintenant le travail original de l'auteur.<p>2) le site polonais www.elvish.org/gwaith/ critique les dialogues du film ligne à ligne. sont-ce des remarques justifiées, ou est-on déjà dans du sindarin bricolé ? <p>C'est un essai d'analyse de ces constructions, y compris ses bricolages.<p>3) je conçois que les ados qui débarquent sur le forum vous fatiguent. mon article sera néanmoins illustré par quelques mots de sindarin écrits en tengwar, de la main d'une jeune fille. en quoi pensez-vous que l'appropriation et la déformation des langues de tolkien nuisent à votre travail ? je ne vais pas me priver de mentionner le fossé entre les spécialistes et le grand public, qui bredouille "mellon" <p>Ce fossé existe pour à peu près n'importe quel sujet, je pense :)<p>Pour ce qui est de l'appropriation et de la déformation du travail de Tolkien, c'est une question de respect vis à vis de ce qu'il considérait comme une oeuvre d'art. Et là-dessus, il est permis de se poser quelques questions lorsque l'on voit des choses comme cette histoire à Birmingham...<p>3) si on veut être strict, tolkien n'a pas laissé assez d'indications pour pouvoir utiliser le sindarin ou le quenya. dans ce cas, il est impossible de composer d'autres phrases que celles écrites par le professeur. ne parlons pas de poèmes. tout "texte en sindarin" qui n'est pas de la main de tolkien n'est donc pas du sindarin ? <p>Strictement, non. On ne peut faire que des <i>essais</i> d'elfique, mais il faut se garder de confondre ces constructions avec ce qui <i>authentiquement</i> de Tolkien.<p>4) que manque-t-il exactement ? conjugaisons ? pronoms ? toute la grammaire ? j'ai vu que du vocabulaire existe, ainsi que des façons de construire des pluriels. <p>Il faut distinguer le cas du quenya et du sindarin d'une part, des autres langues d'autre part.<p>Pour les deux premières, nous avons un vocabulaire substantiel, quoique naturellement lacunaire, et une connaissance pas trop incomplète de la morphologie (le verbe sindarin reste cependant très flou), mais cela ne suffit pas pour employer une langue : la syntaxe nous échappe en bonne partie, car Tolkien n'a pas laissé beaucoup de vrais textes où l'on puisse voir la langue réellement fonctionner. Personne ne pourrait parler un français authentique à partir d'un lexique et d'un tableau de conjugaison, il en est de même pour les langue de Tolkien. C'est plus vrai encore du sindarin que du quenya ; bien des hypothèses ont été formulées mais peu sont vérifiables, faute de matériel.<p>Pour les autres langues, nous n'avons que des bribes, il manque presque tout !<p>Bertrand Bellet
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