05-03-2004, 15:09
Je voudrais revenir sur l'article de Didier Willis <a href="http://www.jrrvf.com/hisweloke/site/articles/geographie/dorwinion/index.html" target="_new">Dorwinion, pays de cépages</a>.<p>Il mentionne une traduction de ce toponyme suggérée par Karen Fonstad : "Land of Wines" (Pays de Vins), mais la trouvant légèrement abusive, préfère "Pays de Vignobles", remarquant qu' <i>en dépit des apparences, Dorwinion est un mot elfique sans aucune connection avec l'anglais "wine", vin</i>. Ce qui est certainement vrai en interne, mais moins certain en externe... Qu'est donc ce <b>winion</b> ou plutôt <b>gwinion</b> comme mot indépendant puisque le w initial doit venir d'une lénition ?<p>Le vin de Dor-Winion apparaît d'abord dans le Lai des Enfants de Húrin, commencé selon CJRT en 1918 et composé pendant le séjour de son père à Leeds. La date signifie que le mot peut être du gnomique ou dans une première forme de noldorin, à moins qu'il ne soit dans une langue indigène du Beleriand dans le scénario d'alors (ilkorin ou doriathrin). En gnomique et ensuite en doriathrin et en ilkorin, il existe un génitif pluriel en <b>-ion</b> que notre mot contient vraisemblablement, nous permettant de le segmenter en <b>gwin-ion</b>. Le contexte appelle pour <b>gwin</b> le sens de "vin" ou quelque chose d'approchant. Difficile de voir une coïncidence dans le fait que <i>gwin</i> soit précisément le mot gallois (et aussi breton) pour "vin", un emprunt ancien au latin <i>vīnum</i>, comme les mots des langues germaniques d'ailleurs. A ce moment, nous pouvons bel et bien avoir en <b>Dor-Winion</b> un "Pays de Vins".<p>Le mot a subsisté en sindarin puisqu'il apparaît au nord-ouest de la mer de Rhûn sur une carte de Pauline Baynes. Le génitif pluriel en <b>-ion</b> n'est plus productif en sindarin, mais Tolkien a conservé jusqu'à la fin des noms comme <b>Region, Dorthonion</b> "Pays de Pins" et <b>Nanduhirion</b> "Vallée des rigoles sombres". Il offre cependant une réinterprétation possible de la terminaison dans les CLI (Cirion et Eorl, note 49):<p><font color=blue><i>Rochand</i> comporte une terminaison sindarine en <i>-nd</i> (<i>-and, end, -ond</i>) ; c'était la terminaison courante des noms de pays, mais dans le langage</font> [sic] <font color=blue>parlé, on omettait généralement le <i>-d</i> final, surtout dans les noms un peu longs, tels Calenardhon, Ithilien, Lamedon, etc.</font><p>Il est certes possible que certains <b>-ion</b> sindarins soient conçus comme une terminaison archaïque de génitif pluriel fossilisée dans la toponymie, qui serait apparentée au Quenya <i>-ion</i>, mais dans les écrits tardifs de Tolkien on trouve des arguments contre. Dans Q&E (WJ:369) il est dit que le génitif pluriel ne comportait pas de -n dans le telerin d'Aman, ce qui suggère que c'était une innovation spécifique au quenya - à moins bien sûr que le sindarin n'ait fait de même indépendamment. Puis, selon VT42:24, le n final (<m, n) avait été perdu en sindarin; l'idée est récurrente, on voir déjà dans les Etymologies que le vieux noldorin tendait à perdre ses consonnes finales, et l'on en voir le reflet dans des mots indiscutablement sindarins comme <b>êl</b>, pl. <b>elin</b> issus de <b>elen, elenî</b> (WJ:363, RGEO:73). A ce stade donc, nous pouvons avoir <b>gwinion</b> = "région de vins, vignoble", et probablement toujours <b>gwin</b> "vin".<p>Au passage, il me semble qu'il y a une erreur de chronologie dans l'article, qui conclut en disant que ce toponyme, d'abord rattaché à Tol Eressea, a été réutilisé dans le Lai des enfants de Húrin, associé aux nains et réemployé dans <i>The Hobbit</i> avant de se retrouver sur la carte de Pauline Baynes. Cependant, le Lai a été composé à Leeds donc au début des années 20, alors que l'association à Tol Eressea apparaît dans la dernière phrase du Quenta Silmarillion, donc plutôt vers les années 30. Est-ce bien une interversion ou ai-je raté quelque chose ?<p>B.

