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In Memoriam...
#60
Walkin' in the wild side, et en revenir...Ou pas!? Le Velvet retourne underground, et rejoindra un passé regrettable, sans doute, mais ô combien regretté...Parfois!
À l' époque, nous étions trois, comme les Trois Mousquetaires...Sauf que nous, on était, vraiment, trois: Didi, mon, seul, ami...Compagnon de trémail, et d' errance, authentique " p'tit gars d' la Côte " ( sauvage..), et créateur du concept " Civils of Misfortune " ( Un jour, je vous raconterai...)...Marc, le p'tit Marc, " Marc-le-Belge ", ce qu' il n' était pas, mais on l' appelait comme ça, car né de parents expat', et vivant à Bruxelles, la mode du moment l' avait, promptement, re-baptisé ainsi ( Tu portais un manteau, élimé, de lapin, la barbe, et te prétendais Slave, et tu devenais - Yvan Rebroff -...C' était, vraiment, une drôle d' époque! ), il était le conducteur d' une vétuste 403-plateau, de couleurs, nombreuses, quoique toutes, indéfinissables, et un passionné d' ornithologie, se désolant de ne jamais connaître le Dodo...Et moi, pas encore TB, mais facho, toxico, et chercheur de magots!
On zonait, alors, au Laos, où, disait-on, les amères ricains achetaient, si ce n' est à prix d' or, mais en dollars, armes, munitions, drogues, renseignements, dans sa lutte effrénée contre le Communisme..." L' arrêter là-bas, pour pas avoir à le faire...au Bois de Boulogne! ", l' idée avait le mérite d' être simple, et le Laos étant, à l' époque, la pointe S-E du célèbre Triangle d' Or, on avait décidé, tout à la fois, de sauver le Monde, de faire fortune, et, accessoirement ( Encore que...! ) de se défoncer comme des bêtes...Ce qui, pour ce dernier objectif, se révéla, à contrario des deux autres, plutôt facile!
De Bangkok, l' idée semblait, relativement, simple: un deal comme un autre, quoi...En fait, il y avait qu' un problème: c' est que l' arme, la dope, les renseignements, ont, en commun, d' appartenir, quasiment tout le temps, à quelques malfaisants, qui n' ont aucunement envie de vous les donner!
Aujourd' hui, on pourrait se gausser de tant de " naïveté ", pour rester dans l' euphémisme courtois, seulement, voilà: " ..Nous étions jeunes, et larges d' épaules...", comme le chantait Lavillier, et nous vivions hic et nunc...Sans chercher quelque cohérence dans une époque qui n' en avait guère à nous offrir!
Le Laos était, en 1969, le Paradis...Et même, alors que la Guerre Froide se réchauffait au napalm, à quelques courts vols de bombardiers de là, un paradis notoirement neutre: les Laotiens auraient bouffé du chocolat, et fabriqué des montres, qu' on se serait cru en Suisse...Si la Suisse avait rassemblé tout ce que le Monde Libre ( Registred Trademark...) pouvait compter de forces armées, venues combattre, en passant, et de manière la plus neutre possible, la version locale du vietcong: le Pathet Lao!
Comme ses pairs, cambodgiens et viets, c' était une bande de crétins sanguinaires et analpha-très-bêtes, venus inculquer le bonheur prolétaro-socialiste au Peuple - Laos, Hmong, et autres Montagnards..-, qui ne leur avait rien demandé...En fait, ils n' étaient que les larbins de l' oncle Ho, chargés d' emmerder les larbins de l' oncle Sam!
Et nous, dans tout ce merdier, nous cultivions le romantisme, aussi noir que Delmore, en regardant les horreurs boréales que nous dessinait l' USAF, à l' aide de ses Dragons Magiques, de la terrasse de chez Mama-san, propriétaire du, seul, bar-restau-dépot de gasoil, du bled, et d' une volumineuse glacière...Ce qui faisait, d' elle, compte tenu qu' elle me louait, pour une somme obscène par son insignifiance, un palace au plancher de teck massif, LA personne à connaître, à 100 km à la ronde! La baraque avait, en outre, deux avantages: elle se situait à 20m du troquet ( Et donc, de sa fille, et du Coca glacé...! ), et était sur pilotis...Ce qui me mettait hors de portée des réveil-matins locaux, poilus, braillards, et caractèriels, que sont les cochons laotiens: ils vous bouffaient TOUT, hurlaient comme des singes, dès que vous aviez L' IDEE, de les éjecter de votre espace vital, mais, feignants comme pas possible, haïssaient toute forme d' escalade, même celle d' une banale échelle! Et, cerise du cake, j' étais à portée du " Sound System " ( Un cadeau d' un " météorologue " de l' armée US, qui squattait, à quelques lieux de là, une colline, excessivement fortifiée...Je veux dire: pour une station Météo, fut-elle en territoire laotien! - En fait, ils vectorisaient le " trafic aérien ", dans la bonne direction...Vers Hanoï, quoi! - ...Encore que " Sound System ", me parait, aujourd' hui, quelque peu optimiste, la stéréo étant, dans ses mauvais jours, aussi caractèrielle que les fameux gorets!
Mais ça permettait de sombrer dans un sommeil sans rêves, en écoutant le SOS des Pink Floyd, l' Electric Ladyland, du trio, ô combien experienced, d' Hendrix, et de goûter aux fruits délétères, sous la forme d' une Banane rose, comme une chrysler, et opiacée...Du Velvet Underground, and Nico: alors dans toute sa gloire ( Quelque peu marginale...Il faut bien le reconnaître! ), mais dont l' héroine valait bien celle du cru!
European son...Waitin' for my man...Black Angel' s death song...Autant de morceaux sublimes qui s' inscrivent, à jamais, comme la B.O. d' un film qui, sous de tels auspices, ne pouvait que finir dans un " Götterdämmerung " minable...Mais tout aussi tragique que son illustre prédécesseur wagnérien!
Un matin, Marc décida, malgré nos conseils de prudence, d' aller prospecter, en direction de la frontière thaï, suivant une piste bien damée, pour cocher je ne sais quel piaf à la con, au fin fond de nulle part...De là, il redescendrait sur Chiang Rai, avant de revenir, dans quelques jours...Etant motorisé, il était coutumier du fait, et Didi et moi, on était pas chaud pour faire 300 bornes de piste, pour passer vingt secondes à entrevoir un éclair verdâtre, au milieu de la brousse: on lui recommanda, donc, d' éviter d' être coincé au milieu d' un convoi, et on le força à prendre, en sus d' un rab de munitions, un jerrican de gasoil ( Sa 403 était diesel, et à l' ancienne: tu montais avec un litre de lait, et 10mn après, tu redescendais avec une plaquette de beurre...Et je vous dis pas le bruit: on SAVAIT qu' on était pas en panne, je peux l' assurer! ), mais, en même temps, il allait pas envahir la Chine...Et c' est d' un doigt, bien tendu, qu' il nous souhaita au revoir...Didi essaya de lui balancer une caillasse, le rata, mais eut la bonne fortune de toucher Sihanouk, un gros porc hargneux qui le détestait...Sihanouk détala, en couinant, et Marc disparut sous une ovation qui ne le concernait pas!
Une bonne dizaine de jours plus tard, je fus réveillé par Mama-San...Devant la terrasse, il y avait un 4x4 des Hmongs qui assuraient le soutien des météorologues US, et je reconnus l' interprête, un p'tit rigolard ( Comme, quasiment, tous les Hmongs...), dont l' efficacité à enfourner, tête la première, les Pathet récalcitrants dans des fûts de 200 litres, remplis de liquides variés n' était qu' une de ses nombreuses qualités...C' est donc hilare, la Lucky au bec, qu' il m' annonça, tandis que je regardais Didi qui affichait un effroyable rictus de haine et chagrin mêlès, que Marc, le gentil Marc, avait fini, petite momie ricanante, dans l' amas de tôles noirçies qu' avait été sa 403, explosé par une roquette chinetoque, hongroise, ou de pétaouchnok!
Si j' avais bien compris, la justice avait, déja, été rendue puisqu'ils avaient eu le bol de tomber, quelques jours plus tard, sur un groupe de Pathet qui remontait vers le Nord...C' était loin, et, m' apprit-il, toujours riant, ils n' avaient ramené qu' une, ou deux, têtes ( Le Pentagone essayait d' éviter le " body count ", mais les Hmongs étaient, à ce sujet, relativement de l' ancienne école! ), après s' être enquis, auprès des rares survivants ( Momentanés...! ), si ils ne s' étaient pas rendus coupables de quelque vilainie, plus au sud...Et un type s' était rappelé qu' effectivement, ils avaient bien fait sauter une bagnole civile...Infraction on ne peut plus grave, et qui avait valu au quidam, une mort quasi instantanée! Connaissant les talents de mon interlocuteur, j' avais quelques doutes sur l' authenticité du remord tardif d' un mec qu' on vient de hisser d' un bidon plein d' eau croupie, mais j' en reconnus la possibilité...Pas loin de deux semaines s' étaient écoulées depuis le départ de Marc, et l' activité rebelle n' était pas inexistante: Marc était mort, et, sur le coup, la seule chose qui me vint à l' esprit, c' était le Marc, qui, devant nos conseils de prudence, nous avait dit: " De toute manière, la Belgique est neutre...! "...Bel exemple de foi, de schizophrènie, ou d' inconscience...Ou, plus sûrement, des trois!
L' interprête, qui, en plus de son harassant labeur d' extracteur de vérités vrais, servait, contre subsides, à nos transactions d' apprentis-pharmaciens, nous sachant amis, était venu nous offrir d' aller contempler la tête des certifiés-coupables, présentement fichée sur quelque bambou, en lisière de leur campement...Dans le 4x4, on fuma, pas mal, de l' excellente Lao Green, et, arrivés au camp, Didi et moi avions, sinon oublié Marc, du moins, oublié ce pourquoi on était là, et l' herbe aidant, la journée prit une forme moins tragique sinon habituelle! J' avoue ne plus trop me souvenir des détails, si ce n' est que je me rappelle avoir compisser la tête du traitre assassin, et que Didi avait, vainement, essayé, sous les rires d' un public de connaisseurs, d' expliquer les subtilités du pénalty " à la Kopa ", avec la même tête!
C' étaient des temps déraisonnables, et nous avions toutes les raisons de ne pas en avoir...J' avais pas 20 ans, quand j' ai tué, je crois, mon premier humanoïde, et Marc venait d' atteindre, à peine, sa majorité ( 21 ans, alors...! ), quand il est mort de trop aimer les piafs...Disons-le comme ça!
Mais n' allez pas vous imaginer que, sous le gentil TB, se cachait un sombre " serial killer ", si je dis - premier -, c' est par honnêteté, parce que la grenade qu' on coince derrière la porte d' une hutte, les beehives de 12 ( Saletés, bourrées d' une vingtaine de " darts " d' acier, qui vous coupent, à la bonne distance, un mec en deux! ), dont on asperge la végétation suspecte, le trou insondable, ou, plus souvent, la peur du noir, quand les ombres, mêmes, deviennent sournoisement malfaisantes ( Et, communistes, peut-être...Sûrement! ), et rampent vers vous...Tous ces gestes n' aspirant qu' à faire d' un possible, une certitude sans ambiguité!
Du coup, j' avoue, mais ça compte pas...C' était la guerre, bien que ce fut pas la mienne, et ils m' aimaient pas plus que je les aimais! Et, en vérité, j' en avais, et j' en ai, toujours, rien à battre...On va pas faire dans le prétexte-mea culpa-fallacieux et, en ce qui me concerne, faux-derche, mais, même si vous êtes pas branchés familles, et que vous n' avez pas de potes dans le coin, voir Papa, Mama, et la progéniture, empalés sur des bambous, par 35° à l' ombre, et un taux d' humidité avoisinant les 90%, ça encourage pas à la tolérance...Qui est, à cet égard, comme la bombe atomique: ça fonctionne d' autant mieux qu' on a pas à s' en servir!
Mais pourquoi parler de ça...!? Je suis sans remords, si ce n' est sans regrets, et le Velvet Underground n' était qu' un groupe parmi beaucoup...Des plus célèbres, des plus représentatifs de la " Playlist " de l' époque! Et la carrière solo de Lou Reed contient quelques perles..." BERLIN ", par exemple, et les cris des gosses qu' on emmène, loin de leur camée de mère, et " pour leur bien ", bien évidemment!
Mais voilà il y a des musiques qui drainent des souvenirs d' ailleurs...Ceux-là même, qui semblent appartenir à d' autres, tellement ils sont loin, incongrus, irréels, étranges, autant qu' étrangers à ce que vous êtes!
J' ai pleuré, une nuit, en apprenant la mort de John Lennon...Des années plus tard, j' ai compris que, ce soir-là, je pleurais ma mort...Ou, du moins, celle d' une partie de moi...Enterrant, avec l' ex-Beattle, l' An 01, le Laos, mes certitudes successives, voire, même, antagonistes, le Bonheur, comme absolu, et une bonne partie de mes espérances, et de mes illusions...Bref, je pleurais ma jeunesse passée, quoi, et je venais, tout juste, d' avoir 30 ans!
Je n' ai pas pleuré, en apprenant le décés de Lou Reed...Mais sa mort m' a renvoyé très loin, ailleurs...En Mordor! Et ce, bien avant que je découvre son existence, sous la plume de Toto!
" What behind that curtain...!? ", chantait Laurie Anderson...Qu' y a-t-il, derrière le rideau de la mémoire, forcément, sélective...Qu' est-ce qui fait, de la musique emblématique de la confusion d' alors, le réceptacle, même pas hermétique, d' une époque que je survole sans passion, si ce n' est sans intérêt!? En écrivant ces quelques lignes, j' ai cherché, vainement, à me remémorer l' état émotionnel suscité par la mort d' un ami, ou, disons, d' un camarade...Mais, si je peux me rappeler, sans avoir à plonger bien profond, la peur, la douleur ( illustrée par la balafre qui marque le gras de mes mous abdominaux...Et oui, ça a fait, atrocement, mal! ), et même le plaisir...Il faut se faire une raison, la guerre, quand on en survit, ç' est, quelques fois, franchement marrant, d' ailleurs, c' est bien connu: " ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort...! "...Il n' y a rien, 45 ans après, qui ait survécu, de discernable, si on excepte ce sentiment d' inutile, cette pitié, mêlée de tendresse, quand je me remémore ce doigt, pointé vers le ciel, et le cul de Dieu, si il existe!
In memoriam, Marc...Salue, de notre part, Lou, Jimi, Dieu, Marx, ou plus sûrement, le Diable, et dis-leur que les autres mousquetaires arrivent...Qu' ils aient pitié d' Eux-Même!
Mais, après tout, baiser Nico, en écoutant Loulou pousser la chansonnette, il y a des moyens plus chiants de passer l' Eternité...Pas vrai!?
Carpe diem...
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