28-10-2004, 19:20
Parce que Petit scarabée vient demander conseil.<br>Mais aussi en dédicace à Fangorn dont les ramilles ont recommencé de frémir.<p>Dans un chant de Fangorn (SdA IV.3), celui-ci chante le bon vieux temps d'avant la disparition du Beleriand, lorsque les beautés du Printemps à Tasarinan étaient suivies de celles de l'été qui étaient suivies de celles de l'automne qui étaient suivies de celles de l'hiver :
<blockquote><font color=green><i>Dans les saulaies de Tasarinan, je me promenais au Printemps<br>Ah! la vue et la senteur du Printemps à Nan-tasarion!<br>Et je disais que c'était bon.<br>Je vagabondais l'Eté dans les ormaies d'Ossiriand.<br>Ah! la lumière et la musique de l'Eté près des sept Rivières d'Ossir!<br>Et je pensais que c'était mieux!<br>Aux grèves de Neldoreth je vins en Automne.<br>Ah! l'or et le rouge et le soupir des feuilles en Automne à Taur-na-neldor!<br>Cela surpassait mon désir.<br>Jusqu'aux pins des hautes terres de Dorthonion je grimpais en Hiver.<br>Ah! le vent et la blancheur et les branches noires de l'Hiver sur l'Orod-na-Thôn!<br>Ma voix s'élevait et chantait dans le ciel.</i></font></blockquote>
Alors,selon le chant de Fangorn, chaque saison avait deux faces "naturelles"; c'est en tout cas ce que l'on peut tirer de ces vers où chaque saison et lieux sont doublés sur deux vers. Au total donc : 8 périodes qui s'alternent harmonieusement.<p>Puis, Fangorn, parle de "maintenant" :
<blockquote><font color=green>"<i>Et maintenant toutes ces terres gisent sous les flots,<br>Et je marche en (1) Ambaróna, en (2) Tauremorna, en (3) Aldalómë,<br>(4a) dans ma propre terre, (4b) au pays de Fangorn, <br>(4c) Où les racines sont longues,<br>(4d) Où les années font une couche plus épaisse que les feuilles<br>(4e) En Tauremornalöme"</i></font></blockquote>
Sur Ardalambion, j'ai trouvé :<br>(1) <b>Ambaróna</b> : nom de lieu; probablement une variante de Ambarónë « Lever, levant, Orient » (SdA2:III ch. 4; comparez avec Etymologies, entrée AM2).<br>(2) <b>Tauremorna</b> nom de lieu, « *Forêt-noire » <br>(3) <b>Aldalómë</b> « *Arbre-Nuit » ou « *Arbre-Crépuscule » <br>(4a) pays de fangorn<br>(4b) ma propre terre<br>(4c) Où les racines...<br>(4d) Où les années...<br>(4e) <b>Tauremornalómë</b> nom de lieu, « *Forêt (de la) Nuit Noire » <p><b>==> Questions du Petit Scarabée:</b> Ces traduction sont-elles hypothétiques ou bien reposent-elles sur des (re)constructions sérieuses ?<p>Si cela était le cas, la nouvelle époque de Fangorn n'aurait que 3 saisons ou "deux saisons et demie".<br>En effet : Aux 8 périodes de temps de la premières strophes correspond désormais 8 espaces. Si on associe une période à ces espaces avec la symbolique de la journée (aurore=printemps, midi=été, soir=automne, nuit=hiver), on obtient :<p>(1) le printemps (aurore/aube/levant)<br>(2) l'hiver<br>(3) l'automne (crépuscule), l'automne sur sa fin, lorsqu'elle s'approche de l'hiver (nuit)<br>(4a-e) l'hiver (qui n'en finit pas)<p>L'hiver a chassé l'été et, du coup, réduit l'automne, chassant l'automne dans sa première période où elle est continuation de l'été.<br>L'hiver a perdu toute sa beauté, et on devine qu'encadré entre deux hivers le printemps n'est qu'un dégel qui n'a pas le temps de chasser la froidure.
Puisque les saisons demeurent en terre-du-milieu, tout cela est à comprendre comme un symboles; mais pas seulement comme un symbole. Car il y a là avant tout une réalité spirituelle.<p>Cet hiver qui dévore les saisons est un hiver qui amène l'obscurité, la "Nuit noire".<br>Par la faute de Melkor et du marrissement d'Arda, la lumière des deux lampes est devenue la lumière des deux arbres qui, une fois les deux arbres "souillés", est devenue la lumière du Soleil et de la Lune.L'ombre s'étand, la nuit s'avance. Voici que Fangorn ressent de plus en plus le marrissement du monde: ": Car le monde est en mutation : je le sens dans l’eau, je le sens dans la terre, je le sens dans l’air". Or, il y a de quoi être effrayé : l'eau jusqu'alors n'avait pas été souillée par Melkor... <br>Voilà que le temps des Elfes et des Ents se terminant, le monde en mutation est un monde qui est désenchanté par la volonté même d'Eru, "car la création a étésoumise à la vanité—non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise" (Ro 8, 20). <br>La Domination des Hommes, bien qu'initiée par Aragorn, est la domination d'une humanité si sensible au marrissement que Fangorn voit la vie quitter les eaux, une vie dont il sait très bien qu'elle ne se remplace pas; va-t-il jusqu'à voir les eaux polluées par des sacs plastiques, les rejets d'eaux chaude des centrales dans les rivières aux poissons morts, flottant à la dérive, ou bien les canettes de soda au milieu de l'Océan, à l'emplacement même de l'ancienne Baie d'Eldanna, ou les dégazage le long des côtes, là où s'élevaient, jadis, les saulaies de Tasarinan?
Tristesse justifiée de Sylvebarbe.<br>Sylvebarbe a toutes les raisons de pleurer.
Pourtant, répétons-le, les saisons et leur beauté existent toujours en Terre-du-milieu. Elles existent même encore aujourd'hui, bien que les propos de Fangorn auraient un sens de moins en moins symbolique de nos jours. <br>On comprend alors la souffrance de celui qui a de la mémoire et donc la nostalgie des Elfes: la disparition de la beauté et de l'harmonie ne peut être remplacée par une autre beauté et une autre harmonie. La disparition d'un être cher n'est pas effacée par la découverte qu'il n'était pas le seul à être digne d'amour. La mort d'une n'est pas guérie par une vie nouvelle. <br>S'il y a guérison, elle ne procède pas de l'histoire. S'il y a une guérison, elle surgira dans l'histoire, comme une source inattendue qui sort de terre. Peut-être seulement pour signifier sa fin :
<blockquote><font color=green>"je ne pense pas que nous nous rencontrions de nouveau. » [dit Fangorn]<br>Et Celeborn dit : « Je ne sais pas, Aîné. » Mais Galadriel dit : « Pas en Terre-du-milieu, ni avant que les terres qui sont sous les flots ne soient remontées. Nous pourrons alors nous rencontrer au Printemps dans les saulaies de Tasarinan. Adieu ! "</font></blockquote>
Une espérance qui est véritable folie devant la raison. Puisque le temps est là pour nous prouver que ce qui a été ne peut être de nouveau.<br>Comment redevenir enfant lorsqu'on est vieillard dira Nicodème? (Jn 3)<br>Comment une vallée d'os desséchés peut-elle devenir corps de chair et de sang habité de l'esprit de vie demandera Ezéchiel? (Ez 37)<br>Comment le cadavre qui sent déjà se relèverait-il explique Marthe? (Jn 11)<br>Comment un pays englouti au plus profond des eaux profondes remonterai-il à la surface?<br>Peut-être par le même moyen qu'il s'est trouvé sous les flots...Par une volonté qui nous dépasse et qui est en guerre contre l'hiver du monde.<br>La phrase de Galadriel laisse toute liberté à celui qui l'interprète. On peut la recevoir en sceptique ou bien accueillir l'espérance qu'elle propose. <br>On ne connaîtra jamais la réaction de Sylvebarbe. Ni la position de Galadriel. Quant à celeborn, la dernière phrase qu'il laisse dans le Légendaire est un "Je ne sais pas".<br>Mais ce que le Livre Rouge dit ensuite est précieux : voyant <i>Merry</i> et Pippin, le "vieil Ent devint <i>plus gai</i>"; il accueille "<i>ses joyeux amis</i>" et les trois compagons se mettent à "<i>rire</i> en vidant leurs bols".<br>Le texte ne répète pas ce que contenait les bols ou "le grand pot de pierre qui avait été placé là". Mais nous savons qu'il ne s'agissait que d'eau. Pas n'importe quelle eau, une eau aux effets vivifiant. Il s'agissait de l'eau de l'amour et de l'amitié.<br>La verte espérance n'est-elle pas cela : celle qui est vécue en communauté, dans l'encouragement et le rire honnête et partagé, qui se fonde sur la croissance personnelle ("vous avez déjà grandi depuis la dernière fois que je vous ai vus") et qui, loin d'oublier le passé, s'appuie sur un travail de mémoire.<br>Si Eru a créé le monde par amour, alors il faut croire que ce même "amour qui meut le soleil et les autres étoiles" est celui "qui [veut] tourner mon désir et mon vouloir" pour être participant d'un avenir où l'omniprésent hiver redeviendra printemps. (Dante, Paradis, XXX, 143, 145)
Sosryko
PS : ce fuseau ne serait pas digne du vieil Ent, s'il n'était accompagné d'un petit travail de tissage : Tasarinan.
<blockquote><font color=green><i>Dans les saulaies de Tasarinan, je me promenais au Printemps<br>Ah! la vue et la senteur du Printemps à Nan-tasarion!<br>Et je disais que c'était bon.<br>Je vagabondais l'Eté dans les ormaies d'Ossiriand.<br>Ah! la lumière et la musique de l'Eté près des sept Rivières d'Ossir!<br>Et je pensais que c'était mieux!<br>Aux grèves de Neldoreth je vins en Automne.<br>Ah! l'or et le rouge et le soupir des feuilles en Automne à Taur-na-neldor!<br>Cela surpassait mon désir.<br>Jusqu'aux pins des hautes terres de Dorthonion je grimpais en Hiver.<br>Ah! le vent et la blancheur et les branches noires de l'Hiver sur l'Orod-na-Thôn!<br>Ma voix s'élevait et chantait dans le ciel.</i></font></blockquote>
Alors,selon le chant de Fangorn, chaque saison avait deux faces "naturelles"; c'est en tout cas ce que l'on peut tirer de ces vers où chaque saison et lieux sont doublés sur deux vers. Au total donc : 8 périodes qui s'alternent harmonieusement.<p>Puis, Fangorn, parle de "maintenant" :
<blockquote><font color=green>"<i>Et maintenant toutes ces terres gisent sous les flots,<br>Et je marche en (1) Ambaróna, en (2) Tauremorna, en (3) Aldalómë,<br>(4a) dans ma propre terre, (4b) au pays de Fangorn, <br>(4c) Où les racines sont longues,<br>(4d) Où les années font une couche plus épaisse que les feuilles<br>(4e) En Tauremornalöme"</i></font></blockquote>
Sur Ardalambion, j'ai trouvé :<br>(1) <b>Ambaróna</b> : nom de lieu; probablement une variante de Ambarónë « Lever, levant, Orient » (SdA2:III ch. 4; comparez avec Etymologies, entrée AM2).<br>(2) <b>Tauremorna</b> nom de lieu, « *Forêt-noire » <br>(3) <b>Aldalómë</b> « *Arbre-Nuit » ou « *Arbre-Crépuscule » <br>(4a) pays de fangorn<br>(4b) ma propre terre<br>(4c) Où les racines...<br>(4d) Où les années...<br>(4e) <b>Tauremornalómë</b> nom de lieu, « *Forêt (de la) Nuit Noire » <p><b>==> Questions du Petit Scarabée:</b> Ces traduction sont-elles hypothétiques ou bien reposent-elles sur des (re)constructions sérieuses ?<p>Si cela était le cas, la nouvelle époque de Fangorn n'aurait que 3 saisons ou "deux saisons et demie".<br>En effet : Aux 8 périodes de temps de la premières strophes correspond désormais 8 espaces. Si on associe une période à ces espaces avec la symbolique de la journée (aurore=printemps, midi=été, soir=automne, nuit=hiver), on obtient :<p>(1) le printemps (aurore/aube/levant)<br>(2) l'hiver<br>(3) l'automne (crépuscule), l'automne sur sa fin, lorsqu'elle s'approche de l'hiver (nuit)<br>(4a-e) l'hiver (qui n'en finit pas)<p>L'hiver a chassé l'été et, du coup, réduit l'automne, chassant l'automne dans sa première période où elle est continuation de l'été.<br>L'hiver a perdu toute sa beauté, et on devine qu'encadré entre deux hivers le printemps n'est qu'un dégel qui n'a pas le temps de chasser la froidure.
Puisque les saisons demeurent en terre-du-milieu, tout cela est à comprendre comme un symboles; mais pas seulement comme un symbole. Car il y a là avant tout une réalité spirituelle.<p>Cet hiver qui dévore les saisons est un hiver qui amène l'obscurité, la "Nuit noire".<br>Par la faute de Melkor et du marrissement d'Arda, la lumière des deux lampes est devenue la lumière des deux arbres qui, une fois les deux arbres "souillés", est devenue la lumière du Soleil et de la Lune.L'ombre s'étand, la nuit s'avance. Voici que Fangorn ressent de plus en plus le marrissement du monde: ": Car le monde est en mutation : je le sens dans l’eau, je le sens dans la terre, je le sens dans l’air". Or, il y a de quoi être effrayé : l'eau jusqu'alors n'avait pas été souillée par Melkor... <br>Voilà que le temps des Elfes et des Ents se terminant, le monde en mutation est un monde qui est désenchanté par la volonté même d'Eru, "car la création a étésoumise à la vanité—non de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise" (Ro 8, 20). <br>La Domination des Hommes, bien qu'initiée par Aragorn, est la domination d'une humanité si sensible au marrissement que Fangorn voit la vie quitter les eaux, une vie dont il sait très bien qu'elle ne se remplace pas; va-t-il jusqu'à voir les eaux polluées par des sacs plastiques, les rejets d'eaux chaude des centrales dans les rivières aux poissons morts, flottant à la dérive, ou bien les canettes de soda au milieu de l'Océan, à l'emplacement même de l'ancienne Baie d'Eldanna, ou les dégazage le long des côtes, là où s'élevaient, jadis, les saulaies de Tasarinan?
Tristesse justifiée de Sylvebarbe.<br>Sylvebarbe a toutes les raisons de pleurer.
Pourtant, répétons-le, les saisons et leur beauté existent toujours en Terre-du-milieu. Elles existent même encore aujourd'hui, bien que les propos de Fangorn auraient un sens de moins en moins symbolique de nos jours. <br>On comprend alors la souffrance de celui qui a de la mémoire et donc la nostalgie des Elfes: la disparition de la beauté et de l'harmonie ne peut être remplacée par une autre beauté et une autre harmonie. La disparition d'un être cher n'est pas effacée par la découverte qu'il n'était pas le seul à être digne d'amour. La mort d'une n'est pas guérie par une vie nouvelle. <br>S'il y a guérison, elle ne procède pas de l'histoire. S'il y a une guérison, elle surgira dans l'histoire, comme une source inattendue qui sort de terre. Peut-être seulement pour signifier sa fin :
<blockquote><font color=green>"je ne pense pas que nous nous rencontrions de nouveau. » [dit Fangorn]<br>Et Celeborn dit : « Je ne sais pas, Aîné. » Mais Galadriel dit : « Pas en Terre-du-milieu, ni avant que les terres qui sont sous les flots ne soient remontées. Nous pourrons alors nous rencontrer au Printemps dans les saulaies de Tasarinan. Adieu ! "</font></blockquote>
Une espérance qui est véritable folie devant la raison. Puisque le temps est là pour nous prouver que ce qui a été ne peut être de nouveau.<br>Comment redevenir enfant lorsqu'on est vieillard dira Nicodème? (Jn 3)<br>Comment une vallée d'os desséchés peut-elle devenir corps de chair et de sang habité de l'esprit de vie demandera Ezéchiel? (Ez 37)<br>Comment le cadavre qui sent déjà se relèverait-il explique Marthe? (Jn 11)<br>Comment un pays englouti au plus profond des eaux profondes remonterai-il à la surface?<br>Peut-être par le même moyen qu'il s'est trouvé sous les flots...Par une volonté qui nous dépasse et qui est en guerre contre l'hiver du monde.<br>La phrase de Galadriel laisse toute liberté à celui qui l'interprète. On peut la recevoir en sceptique ou bien accueillir l'espérance qu'elle propose. <br>On ne connaîtra jamais la réaction de Sylvebarbe. Ni la position de Galadriel. Quant à celeborn, la dernière phrase qu'il laisse dans le Légendaire est un "Je ne sais pas".<br>Mais ce que le Livre Rouge dit ensuite est précieux : voyant <i>Merry</i> et Pippin, le "vieil Ent devint <i>plus gai</i>"; il accueille "<i>ses joyeux amis</i>" et les trois compagons se mettent à "<i>rire</i> en vidant leurs bols".<br>Le texte ne répète pas ce que contenait les bols ou "le grand pot de pierre qui avait été placé là". Mais nous savons qu'il ne s'agissait que d'eau. Pas n'importe quelle eau, une eau aux effets vivifiant. Il s'agissait de l'eau de l'amour et de l'amitié.<br>La verte espérance n'est-elle pas cela : celle qui est vécue en communauté, dans l'encouragement et le rire honnête et partagé, qui se fonde sur la croissance personnelle ("vous avez déjà grandi depuis la dernière fois que je vous ai vus") et qui, loin d'oublier le passé, s'appuie sur un travail de mémoire.<br>Si Eru a créé le monde par amour, alors il faut croire que ce même "amour qui meut le soleil et les autres étoiles" est celui "qui [veut] tourner mon désir et mon vouloir" pour être participant d'un avenir où l'omniprésent hiver redeviendra printemps. (Dante, Paradis, XXX, 143, 145)
Sosryko
PS : ce fuseau ne serait pas digne du vieil Ent, s'il n'était accompagné d'un petit travail de tissage : Tasarinan.

