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Les saulaies de Tasarinan
#10
Merci, Sosryko, de participer à l’éveil de mes ramilles... ;-)<p> Ce Chant joue sur la répétition, jusque dans les noms. Fangorn (sûrement par sénilité... ;-) cite d’abord l’élément naturel puis le lieu qui en tire son nom :<p>- Tasarinan / Nan-tathren = la Vallée des Saules, c’est-à-dire la saussaie<p>- Ossiriand = les sept rivières d’Ossir. Cette fois-ci la redondance est encore plus forte, et je profite de la présence de ce sujet dans cette section du forum pour demander comment si Ossir se traduit tel quel par « sept rivières ». On aurait donc les Sept Rivières des « Sept Rivières ».<br> Ce qui me tracasse, c’est de savoir pourquoi les ormes — qui occupent pourtant une place importante dans le Légendaire — ne qualifient pas directement un endroit.<br> Toutefois, je serais tenté de dire que l’évocation de l’arbre n’est pas perdue pour autant, car les sept rivières sont ramifiées. De même que l’arbre est une hydre végétale (pour reprendre la formule de Valéry, sur laquelle travaillera ce cher vieux Bachelard), les sept rivières forment un arbre liquide.<p>- Neldoreth / Tau-na-neldor = hêtres (et non pas « grèves », comme l’a traduit Ledoux)<p>- Dorthonion / Orod-na-Thôn = pays des pins<p> On constate donc la correspondance entre l’élément naturel et le nom, qui est reprise ensuite avec Fangorn, dont la forêt porte le nom. Or, même si le nom des Ents est aussi long que leur histoire, le vieil Ent se dessine un peu dans l’énumération des noms de sa forêt.<br> Il est donc lui-même le Levant [Ambaróna] (c’est-à-dire celui qui a vu le jour tôt — même si le vieux Tom est le Premier ;-)), mais aussi la Forêt Sombre [Tauremorna], l’Arbre de la Nuit (ou du Crépuscule) [Aldalómë], la Forêt Sombre de la Nuit [Tauremornalómë]. Il le disait déjà auparavant : « Taurelilómëa-tumbalemorna Tumbaletaurëa Lómëanor » (« Forêttrès ombreuse-profondevalléenoire-Terresombreprofondevalléeforestière »).<br> « (...) il y a des combes creuses dans ce pays, d’où l’Obscurité n’a jamais été enlevée, et les arbres sont plus vieux que moi » (SdA, III, 4 ; éd. du Centenaire, p. 506).<br> Puisque « les moutons finissent par ressembler aux bergers et les bergers aux moutons » (ibid., p. 507), l’Ent a vu son espoir et sa joie se ternir.<p> Comme tu l’indiques, on a désormais perdu l’été, la saison des ormes, de la lumière et de la musique. <br> Cette perte, étrangement, ne correspond pas à la saison manquante de la Chanson de l’Ent et de l’Entesse (citée quelques pages plus loin, mais probablement plus ancienne) : cette fois-ci, c’est l’automne qui n’est pas chanté. En revanche, se déploie un chant à deux voix, qui double chaque saison.<br> Peut-être faut-il voir dans la double dénomination des lieux du Chant de Fangorn le rappel des deux voix de la Chanson du couple : les Ents et les Entesses se sont perdus car ils ne parlaient pas de la même façon, ne voyaient pas le monde du même œil.<p> La Chanson s’achevait pourtant sur l’espoir de l’Ent : <br>« Ensemble nous prendons la route qui mène jusqu’à l’Ouest,<br>Et au loin nous trouverons une terre où nos deux cœurs pourront avoir le repos » <br>(ibid., p. 516)<br> Il s’agirait de retrouver Tasarinan, la Terre du Printemps — espoir soulevé par Galadriel, comme tu le rappelais.<p> « Sylvebarbe a toutes les raisons de pleurer », à commencer par celle de la perte des Entesses. En elles était l’espoir, celui des Entures à venir. J’aurais tendance à croire que ses sombres pensées lui viennent de la perte des Entesses. Cette raison est peut-être plus profonde que la menace actuelle : la forêt de Fangorn était déjà sombre avant, et les Ents sauront finalement réagir face à « l’esprit de métal et de rouages » de Saruman. C’est même Gandalf qui rappellera au vieil Ent que « le Nouvel Âge commence » (SdA, VI, 6 ; éd. du Centenaire, p. 1044). Certes, Sylvebarbe sent la mutation (qu’il pense peut-être concerner les Elfes au premier chef), mais il sait que, de nouveau, « les forêts peuvent croître (...) et les bois s’étendre » (ibid. p. 1045). Et il ajoute aussitôt : « Mais non les Ents. Ils n’ont pas de rejetons ». <br> Toutefois, l’espoir sommeille : si Celeborn quitte le Légendaire en disant : « Je ne sais pas, Aîné », Fangorn retourne à sa forêt en attendant une bonne nouvelle : « (...) n’oubliez pas de me le faire savoir ». <p> Cela dit, cette section linguistique n’est probablement pas la saison la plus adaptée pour en parler, car je me sens d’humeur à reparler de l’espoir des Ents... ;-)<br> Et puisqu’on parlait de tissage, je reviens toujours à mes anciennes amours ;-) <p><a href="http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum1/HTML/000074.html"target="_new">Dryades</a><p> Quant au fuseau que tu donnes sur Tasarinan, il me paraît pas mal pour continuer sur cette Terre d’espérance... <p>Sébastien<p>
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