30-10-2004, 12:06
Je ne pense pas pour ma part que le dernier élément représente <b>land</b>, parce qu'il semble qu'un groupe <b>rl</b> formé par composition subsiste, cf <b>aerlinn</b> "hymne, lit. chant ? sacré" ou le noldorin <b>tarlanc</b> "obstiné, lit. à la nuque raide" (LR:390). <font size=1>Il y a des métaphores en elfique dont on se demande bien d'où elles viennent :-)</font> Je verrais plutôt dans <b>Ossiriand</b> un exemple du suffixe -(i)and fréquent dans les toponymes, qu'évoque Tolkien dans les <i>Contes et légendes inachevés</i> (CLI 3:77-8):
[citation]<font color=blue><b>Rochand</b> comporte une terminaison sindarine en <b>-nd</b> ; c'était la terminaison courante des noms de régions ou de pays, mais dans le langage parlé, on omettait généralement le <b>-d</b> final, surtout dans les mots un peu longs, tels <b>Calenardhon, Ithilien, Lamedon</b>, etc.</font>[/citation]
Le "i intrusif" s'observe aussi dans <b>Beleriand</b>, ou <b>Anórien, Ithilien</b> avec un autre vocalisme, et cette alternance n'est pas quelque chose d'isolé en sindarin. Cf. les variantes du suffixe de pluriel de classe <b>-ath / -iath</b> (cf <b>#siriath</b> "fleuves" dans <b>Minhiriath</b> / <b>ennorath</b> "les régions de la Terre du Milieu"), du suffixe augmentatif <b>-on / -ion</b> (cf. <b>Sirion</b> *"Grand fleuve" / aearon "grand océan"), du suffixe nominal <b>-as / -ias</b> (<b>ínias</b> "annales", LR:400 / <b>gobennas</b> "histoire", LR:366)... Je préfère rejeter l'origine possible de ce "i intrusif" en annexe, parce c'est assez long et technique.<p>Le contraste entre <b>Beleriand</b> avec métaphonie et <b>Ossiriand</b> sans est peut-être explicable par une différence de date entre les deux mots, le premier étant un vieux terme datant d'avant la métaphonie, le second ayant été formé plus tardivement ?<p>Ben, tu peux me dire où tu as trouvé <b>assuilad</b> ? Je ne le retrouve pas dans Dragon Flame, et il m'intéresse comme exemple d'assimilation :-) Il semble que le groupe <b>ts</b> n'aboutisse pas toujours au même résultat, car la comparaison quenya / sindarin montre quelques paires <b>Q ts / S th</b> (<b>Q etsir / S ethir</b> "embouchure de rivière", Q litse "sable" / S lith "poussière, cendre"). Pour ce dernier mot, qui est aussi noldorin, Tolkien nous indique l'évolution dans LR:369 : Old Noldorin <b>litse > litthe</b>. D'autres groupes <b>ts</b> ont dû être formés plus tard par syncope d'une voyelle interne, et assimilés différemment en <b>ss</b>.<p><font size=1>L'étymologie de <b>Doriath</b> est <b>dôr</b> "pays" + <b>iâth</b> "barrière", Silm. App et WJ:369.</font><p>Bertrand<p><b><u>Annexe : une origine possible pour le "i intrusif"</u></b><p>Helge Fauskanger propose que le phénomène soit d'origine phonétique, notamment dans son (bien long) article <i>Reconstructing the Sindarin Verb System</i>. Je cite :<p>.... One curious feature of Sindarin is that when an ending is added to a syllable including the vowel i, this vowel is in some instances "echoed" before the ending. For instance, the derivational ending <b>-as</b> (attested in many words) is suddenly lengthened to <b>-ias </b>in the word <b>ínias</b> "annals", derived from <b>în</b> "year" (entry <i>YEN</i> in Etym). The augmenting ending <b>-on</b> (RGEO:73) is likewise well attested in this form, e.g. in <b>annon</b> "great gate" and <b>aearon</b> "[great] sea", but when it is added to <b>sîr</b> "river", the resulting form is not **<b>Síron</b>, but <b>Sírion</b> (name of the great river of Beleriand). The "extra" i turning up in the middle of this name is not the remnant of some original ending that is otherwise lost: The older form of sîr is cited as síre rather than *siri in Etym, entry <i>SIR</i> (where the name <b>Sirion</b> is also mentioned). It seems that in certain environments, an "echoic <i>i</i>" turns up before endings that are added to stems with the stem-vowel<b>i</b>. This seems to occur following the consonants <b>r, l</b>, and <b>n</b>. Perhaps Tolkien's idea is that these consonants were at some stage palatalized following <b>i</b>. Later, the resulting palatal consonants <b>*rj, *lj, *nj </b>turned into <b>ri, li, ni</b> in front of endings, the palatal quality of the consonant splitting from it and manifesting as a distinct vowel <b>i</b>. ....<p>Je dois dire que je doute assez de la validité de cette loi ; si elle était vraiment productive, un mot comme <b>minas</b> serait impossible, nous aurions à la place **<b>minias</b>. Par ailleurs, le <i>e</i> de la forme ON <b>síre</b> (le manuscrit a en fait un macron, cf. VT46:13) ne prouve rien car il peut très bien s'agir, comme en quenya, d'un -e dérivé d'un ancien -i et qui retrouve son timbre d'origine devant une terminaison (exemple Q : <b>súre</b> "vent" MC:222, instrumental <b>súrinen</b> RGEO:66-7). Ceci d'autant plus qu'une forme ancestrale apparentée *<b>etsiri</b> (> Q <b>etsir</b> S / N <b>ethir</b>) est attestée dans LR:356... L'explication du "i intrusif" comme le reste d'une ancienne terminaison perdue en finale, mais conservée au milieu des mots, ne me semble donc absolument pas à écarter.<p>A ce propos, il y a un parallèle intéressant en gallois. On y trouve aussi ce phénomène du "i intrusif" (à la différence qu'il s'y prononce comme consonne [j]). Ainsi, à côté des terminaisons de pluriel <i>-au, -on</i>, on a <i>-iau, -ion</i>. à côté de noms verbaux en <i>-o</i> il y en a en <b>-io</b>... Quelques exemples :<p><i>llyfr</i> "livre" pl. <i>llyfrau</i> mais <i>taith</i> "voyage" pl. <i>teithiau</i><br><i>meddyg</i> "médecin" pl. <i>meddygon</i> mais <i>dyn</i> "homme" pl. <i>dynion</i><br><i>golau</i> "lumière" > <i>goleuo</i> "briller" mais <i>taith</i> "voyage" > <i>teithio</i> "voyager"<p>Or, ces doublets ont même origine ; les formes augmentées d'un i viennent de l'ajout des terminaisons à des radicaux anciennement terminés en -i, et qui l'ont perdu plus tard en finale (dans son évolution le gallois a perdu ses voyelles finales) mais pas à l'intérieur des mots. Le conditionnement originel est encore en partie visible, car la présence d'un i a altéré certaines voyelles de manière reconnaissable, par métaphonie, et ces voyelles sont devenus un signal "ajoutez un i" en synchronie. Mais ce n'est pas toujours le cas, si bien qu'il y a eu beaucoup de confusion et que dans la langue actuelle, les formes d'origine et augmentées d'un i se sont séparées. En conséquence, on trouve des formes à i là où ne l'attendrait pas historiquement, elles tendent même à s'ajouter de manière préférentielle aux emprunts, par exemple <i>hetiau</i> "chapeaux" ou <i>teipio</i> "taper à la machine".<p>Il me semble que la même chose a très bien pu se passer en sindarin. Par exemple pour le suffixe <b>-(i)and</b> : il a dû avoir une forme comme *<b>-ande</b> avant la chute des voyelles finales. Quand il s'ajoutait à un radical en -i, cela donnait naturellement *<b>-iande</b>. Nous avons deux types : <i>C > Cande</i> et <i>Ci > Ciande</i>.<p>Puis, chute des voyelles finales : nous avons maintenant <i>C > Cand</i> et <i>C > Ciand</i>. En synchronie, il devient difficile de dire pourquoi certains radicaux s'adjoignent <b>-and</b> et d'autre <b>-iand</b> (toutefois l'ancien i a dû affecter les voyelles précédentes susceptibles de métaphonie). Il peut alors y avoir réanalyse des relations entre radical et dérivé : d'une coupure en <i>Ci-and</i> on passe à <i>C-iand</i>. Nous obtenons ainsi <i>deux</i> suffixes synonymes <b>-and</b> et <b>-iand</b>. Ce dernier peut devenir productif et s'ajouter à de nouvelles bases. Peut-être existe-t-il certaines règles de choix entre les deux suffixes, reflets de conditionnements historiques ; comme en gallois, les traces laissées par les métaphonies ont pu jouer un rôle de signal à cet effet. Mais notre corpus limité rend la vérification de cette hypothèse à peu près impossible.<br>
[citation]<font color=blue><b>Rochand</b> comporte une terminaison sindarine en <b>-nd</b> ; c'était la terminaison courante des noms de régions ou de pays, mais dans le langage parlé, on omettait généralement le <b>-d</b> final, surtout dans les mots un peu longs, tels <b>Calenardhon, Ithilien, Lamedon</b>, etc.</font>[/citation]
Le "i intrusif" s'observe aussi dans <b>Beleriand</b>, ou <b>Anórien, Ithilien</b> avec un autre vocalisme, et cette alternance n'est pas quelque chose d'isolé en sindarin. Cf. les variantes du suffixe de pluriel de classe <b>-ath / -iath</b> (cf <b>#siriath</b> "fleuves" dans <b>Minhiriath</b> / <b>ennorath</b> "les régions de la Terre du Milieu"), du suffixe augmentatif <b>-on / -ion</b> (cf. <b>Sirion</b> *"Grand fleuve" / aearon "grand océan"), du suffixe nominal <b>-as / -ias</b> (<b>ínias</b> "annales", LR:400 / <b>gobennas</b> "histoire", LR:366)... Je préfère rejeter l'origine possible de ce "i intrusif" en annexe, parce c'est assez long et technique.<p>Le contraste entre <b>Beleriand</b> avec métaphonie et <b>Ossiriand</b> sans est peut-être explicable par une différence de date entre les deux mots, le premier étant un vieux terme datant d'avant la métaphonie, le second ayant été formé plus tardivement ?<p>Ben, tu peux me dire où tu as trouvé <b>assuilad</b> ? Je ne le retrouve pas dans Dragon Flame, et il m'intéresse comme exemple d'assimilation :-) Il semble que le groupe <b>ts</b> n'aboutisse pas toujours au même résultat, car la comparaison quenya / sindarin montre quelques paires <b>Q ts / S th</b> (<b>Q etsir / S ethir</b> "embouchure de rivière", Q litse "sable" / S lith "poussière, cendre"). Pour ce dernier mot, qui est aussi noldorin, Tolkien nous indique l'évolution dans LR:369 : Old Noldorin <b>litse > litthe</b>. D'autres groupes <b>ts</b> ont dû être formés plus tard par syncope d'une voyelle interne, et assimilés différemment en <b>ss</b>.<p><font size=1>L'étymologie de <b>Doriath</b> est <b>dôr</b> "pays" + <b>iâth</b> "barrière", Silm. App et WJ:369.</font><p>Bertrand<p><b><u>Annexe : une origine possible pour le "i intrusif"</u></b><p>Helge Fauskanger propose que le phénomène soit d'origine phonétique, notamment dans son (bien long) article <i>Reconstructing the Sindarin Verb System</i>. Je cite :<p>.... One curious feature of Sindarin is that when an ending is added to a syllable including the vowel i, this vowel is in some instances "echoed" before the ending. For instance, the derivational ending <b>-as</b> (attested in many words) is suddenly lengthened to <b>-ias </b>in the word <b>ínias</b> "annals", derived from <b>în</b> "year" (entry <i>YEN</i> in Etym). The augmenting ending <b>-on</b> (RGEO:73) is likewise well attested in this form, e.g. in <b>annon</b> "great gate" and <b>aearon</b> "[great] sea", but when it is added to <b>sîr</b> "river", the resulting form is not **<b>Síron</b>, but <b>Sírion</b> (name of the great river of Beleriand). The "extra" i turning up in the middle of this name is not the remnant of some original ending that is otherwise lost: The older form of sîr is cited as síre rather than *siri in Etym, entry <i>SIR</i> (where the name <b>Sirion</b> is also mentioned). It seems that in certain environments, an "echoic <i>i</i>" turns up before endings that are added to stems with the stem-vowel<b>i</b>. This seems to occur following the consonants <b>r, l</b>, and <b>n</b>. Perhaps Tolkien's idea is that these consonants were at some stage palatalized following <b>i</b>. Later, the resulting palatal consonants <b>*rj, *lj, *nj </b>turned into <b>ri, li, ni</b> in front of endings, the palatal quality of the consonant splitting from it and manifesting as a distinct vowel <b>i</b>. ....<p>Je dois dire que je doute assez de la validité de cette loi ; si elle était vraiment productive, un mot comme <b>minas</b> serait impossible, nous aurions à la place **<b>minias</b>. Par ailleurs, le <i>e</i> de la forme ON <b>síre</b> (le manuscrit a en fait un macron, cf. VT46:13) ne prouve rien car il peut très bien s'agir, comme en quenya, d'un -e dérivé d'un ancien -i et qui retrouve son timbre d'origine devant une terminaison (exemple Q : <b>súre</b> "vent" MC:222, instrumental <b>súrinen</b> RGEO:66-7). Ceci d'autant plus qu'une forme ancestrale apparentée *<b>etsiri</b> (> Q <b>etsir</b> S / N <b>ethir</b>) est attestée dans LR:356... L'explication du "i intrusif" comme le reste d'une ancienne terminaison perdue en finale, mais conservée au milieu des mots, ne me semble donc absolument pas à écarter.<p>A ce propos, il y a un parallèle intéressant en gallois. On y trouve aussi ce phénomène du "i intrusif" (à la différence qu'il s'y prononce comme consonne [j]). Ainsi, à côté des terminaisons de pluriel <i>-au, -on</i>, on a <i>-iau, -ion</i>. à côté de noms verbaux en <i>-o</i> il y en a en <b>-io</b>... Quelques exemples :<p><i>llyfr</i> "livre" pl. <i>llyfrau</i> mais <i>taith</i> "voyage" pl. <i>teithiau</i><br><i>meddyg</i> "médecin" pl. <i>meddygon</i> mais <i>dyn</i> "homme" pl. <i>dynion</i><br><i>golau</i> "lumière" > <i>goleuo</i> "briller" mais <i>taith</i> "voyage" > <i>teithio</i> "voyager"<p>Or, ces doublets ont même origine ; les formes augmentées d'un i viennent de l'ajout des terminaisons à des radicaux anciennement terminés en -i, et qui l'ont perdu plus tard en finale (dans son évolution le gallois a perdu ses voyelles finales) mais pas à l'intérieur des mots. Le conditionnement originel est encore en partie visible, car la présence d'un i a altéré certaines voyelles de manière reconnaissable, par métaphonie, et ces voyelles sont devenus un signal "ajoutez un i" en synchronie. Mais ce n'est pas toujours le cas, si bien qu'il y a eu beaucoup de confusion et que dans la langue actuelle, les formes d'origine et augmentées d'un i se sont séparées. En conséquence, on trouve des formes à i là où ne l'attendrait pas historiquement, elles tendent même à s'ajouter de manière préférentielle aux emprunts, par exemple <i>hetiau</i> "chapeaux" ou <i>teipio</i> "taper à la machine".<p>Il me semble que la même chose a très bien pu se passer en sindarin. Par exemple pour le suffixe <b>-(i)and</b> : il a dû avoir une forme comme *<b>-ande</b> avant la chute des voyelles finales. Quand il s'ajoutait à un radical en -i, cela donnait naturellement *<b>-iande</b>. Nous avons deux types : <i>C > Cande</i> et <i>Ci > Ciande</i>.<p>Puis, chute des voyelles finales : nous avons maintenant <i>C > Cand</i> et <i>C > Ciand</i>. En synchronie, il devient difficile de dire pourquoi certains radicaux s'adjoignent <b>-and</b> et d'autre <b>-iand</b> (toutefois l'ancien i a dû affecter les voyelles précédentes susceptibles de métaphonie). Il peut alors y avoir réanalyse des relations entre radical et dérivé : d'une coupure en <i>Ci-and</i> on passe à <i>C-iand</i>. Nous obtenons ainsi <i>deux</i> suffixes synonymes <b>-and</b> et <b>-iand</b>. Ce dernier peut devenir productif et s'ajouter à de nouvelles bases. Peut-être existe-t-il certaines règles de choix entre les deux suffixes, reflets de conditionnements historiques ; comme en gallois, les traces laissées par les métaphonies ont pu jouer un rôle de signal à cet effet. Mais notre corpus limité rend la vérification de cette hypothèse à peu près impossible.<br>

