05-11-2004, 12:09
Pour le sindarin, comme l'a dit Sébastien, c'est toujours plus difficile, parce que nous connaissons moins la langue globalement, et que beaucoup de questions de syntaxe restent ouvertes. On sait bâtir un certain nombre de syntagmes (enchaînements de mots), mais pour la phrase c'est parfois encore problématique. On peut quand même essayer !<p>La première phrase "un rêve sans étoiles est un rêve oublié" n'est pas trop difficile. Nous n'avons pas de terme pour "oublier", mais nous en avons un pour le "souvenir", ce qui permet de contourner cette lacune. Le verbe "être" n'est pas connu en sindarin, sauf son impératif (assez probablement) ; mais nous savons aussi avec certitude depuis la publication d'une traduction du <i>Notre Père</i> en sindarin qu'il peut tout simplement être omis. Je propose ceci : <b><u>Ôl ben 'îl, ôl ben rîn</u></b>. Littéralement : "rêve sans étoiles, rêve sans souvenir". En plus, ça fait bien formule :-)<p><font size=1>N.B. : J'ai suivi le modèle du nom sindarin de Bombadil, <b>Iarwain Ben-adar</b> "le plus ancien sans père / oldest and fatherless", mais il y a une question intrigante dans le second élement. le <b>ben</b> signifie à l'évidence "sans", et l'on peut le rattacher avec vraisemblance à la racine PEN "manquer de, être sans" (WJ:375)... ce qui signifie qu'il subit une mutation douce dans ce contexte. Pourquoi ? Est-ce que c'est une préposition mutée en permanence (il y a quelques faits semblables en gallois, et peut-être dans le sindarin du Notre Père) ? Ou est-ce que ce second élément est senti comme une sorte d'adjectif épithète, et muté en conséquence ? Je ne sais pas, et dans le doute, je suis le modèle attesté.</font><p>La deuxième phrase est plus difficile.<p>1) D'abord, il y a la question de la préposition "en, dans" ; elle est restée longtemps mystérieuse, mais maintenant, nous en avons presque trop ! Nous avons <b>ned</b> dans une version de la Lettre du Roi (SD:129-31), <b>vi</b> dans le <i>Notre Père</i> (VT44:21, 27) et <b>di</b>, connue depuis longtemps dans l'appel de Sam en sindarin à Cirith Ungol, et glosée "in" dans les additions et corrections aux <i>Etymologies</i> (VT45:37). Nous ne savons pas si ce sont des changements de conceptions ou si ces prépositions ont des emplois distincts, et lesquels. J'emploierai ici <b>di</b> parce que c'est la moins problématique pour les mutations : celle après <b>ned</b> n'est pas attestée (Fauskanger propose la "mutation occlusive", mais ce n'est qu'une hypothèse) et <b>vi</b> n'a pas l'air d'en déclencher, alors qu'un mutation douce serait phonétiquement attendue (les mutations dans le Notre Père sont de toute façon étranges).<p>2) Ensuite, il y a que nous ne savons pas vraiment faire de comparatifs ou de superlatifs en sindarin. Fauskanger voit un superlatif dans <b>Iarwain</b> mais j'en doute ; j'ai posté il y a quelque temps un <a href="http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum8/HTML/000507.html" target="new">fuseau à ce sujet</a>. Nous disposons surtout d'une forme intensive, entrevue dans <b>Aran Einior</b> "l'Ancien Roi", nom sindarin de Manwë (PM:358), et mieux attestée dans VT45:5, pour le noldorin en tout cas. En quenya, une forme similaire s'emploie liée à un génitif pour exprimer un superlatif (cf. Toko plus haut). Peut-être en était-il de même en sindarin, mais ce n'est pas attesté. Pour exprimer le génitif, comme il a un sens plutôt partitif ici, proche de la notion d'origine, je pense utiliser la préposition <b>o</b>. Nous avions parlé de ces différentes nuances de sens de "de" et de leurs traductions <a href=http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum8/HTML/000449.html target="new">ici</a>. Mais j'insiste qu'il s'agit d'une hypothèse personnelle.<p>3) L'emploi de l'article n'est pas entièrement clair en elfique ; en quenya il semble plus restreint qu'en français, avec un sens plus fort, plus démonstratif. Il ne s'emploierait probablement pas pour une généralité (cf. l'usage similaire de l'anglais). C'est peu clair en sindarin, car nous avons moins de données. Toutefois, une <i>Early Noldorin Grammar</i> indique que l'article s'emploie de manière limitée et jamais dans un sens générique ("sparingly used ans never generically", PE13:120). Il s'agit d'un état de la langue d'inspiration galloise de Tolkien très antérieur au sindarin proprement dit (années 20), mais la note est intéressante quand même. Je ne ferais donc pas usage de l'article pour une généralité.<p><br>Sous ces réserves, je dirais par exemple : <b><u>Ôl ammelui uin naid di guil</u></b>. Littéralement "[le] rêve [est] très-doux parmi-les choses dans [la] vie".<p>B.

