05-01-2005, 23:22
Óðinn porte effectivement le nom, ou peut-être plutôt le titre de « père de tout », en vieil-islandais <b>Alföðr</b>, ce qui lui donne un rôle de dieu suprême, <i>Áss inn allmáttki</i> « l’Ase tout-puissant » (interprétation non entièrement certaine). On discute encore de la dose d’influence chrétienne que peut contenir cette conception, mais le rapprochement est assurément bien tentant.<p>Le glossaire des noms propres situé à la fin de la traduction de Kalevala par Gabriel Rebourcet, chez Gallimard, collection « l’aube des peuples », indique qu’<i>Ilmatar</i> signifie « femme de l’air, du monde ». On retrouve la même racine dans le nom d’<i>Ilmarinen</i>, le fèvre, qui est dit avoir forgé la voûte du ciel. Rebourcet donne de plus une entrée <i>Ilma</i> défini comme <font color=blue> « l’Air » par opposition aux autres éléments. (...) Il prend souvent le sens de « Monde » ou de « Ciel », et le mot est associé avec celui de Dieu dans de nombreuses variantes</font>. La comparaison de nombreux noms du Kalevala fait apparaître clairement que <i>-tar / -tär</i> est une suffixe de noms féminins en finnois (la variation de voyelle est normale, elle obéit à un phénomène très général en finnois - et d’autres langues - connu sous le nom d’harmonie vocalique) : nous avons aussi <i>Aallotar</i> « dame de la vague », <i>Etelätär</i> « fille du sud », <i>Hongatar</i> « dame des pins », <i>Ilpotar</i>, un nom de la magicienne Louhi dans son aspect de bonne hôtesse, <i>Kivutar</i> « femme de la douleur, de la maladie », <i>Kuutar</i>, personnification de la lune (<i>kuu</i>), <i>Luonnotar</i>, fille de la nature, de l’air et du monde (comme Ilmatar), <i>Manalatar</i> « fille de Manala [le pays des morts] », <i>Melatar</i> « dame des rames, de la godille », les doublets <i>Kalevatar / Osmotar</i>, nom de la brasseuse de bière dans le Kalevala, <i>Otavatar</i> la Grande Ourse, <i>Pihlajatar</i> « dame des sorbiers », <i>Päivätär</i> « dame du jour », <i>Sinetär</i> « dame du bleu », l’ogresse <i>Syöjätär</i> (<i>syöjä</i> « mangeur »), <i>Terhenetär</i> ou <i>Uutar</i> « dame de la brume », <i>Tuometar</i> « fille du merisier », <i>Tuonetar</i> « fille de la mort », <i>Tähetär</i> « dame étoile », <i>Vammatar</i> la divinité des blessures.<p><font size=1>Au passage, on pourra se souvenir qu’en quenya <b>ilmen</b> est la région de l’air où se meuvent le soleil et la lune. Il est permis de ne pas y voir un hasard. Un peu plus lointainement, on a <b>ilma</b> « lumière des étoiles »... et tant qu’on y est, remarquons aussi que <b>cú</b> signifie « arc »... et même « croissant de lune » dans le qenya du <i>Livre des Contes Perdus</i>. Cela n’enlève rien à l’autonomie de ces mots en q(u)enya, bien entendu, mais on a bien là un cas d’influence lexicale finnoise assez flagrante.</font><p>B.

