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le passif
#16
Houlà, on entre dans le domaine des voix, c’est une question de syntaxe générale extrêmement complexe ! Je signalerai juste que la question de « vous êtes levée » ne peut être tranchée par la forme, le passif s’exprimant précisément par « être » + participe passé... justement parce qu’il y a continuité sémantique entre un sens passif et le sens d’ « état » que signale Benilbo. Sens qui résulte plutôt ici de la valeur du participe passé, car « lever » n’est pas précisément un verbe d’état, ni sémantiquement, ni grammaticalement (au sens usuel en grammaire française : verbe d’état = qui sert à construire une relation entre un sujet et son attribut).<p>Mais l’expression du passif en français ne se réduit pas à être + participe passé, on a aussi par exemple des structures comme <i>se faire + infinitif</i>, qui ne sont pas répertoriées comme passifs en grammaire scolaire mais qui remplissent bel et bien un rôle similaire, avec une nuance impliquant une plus grande « responsabilité » du patient : comparer par ex. <i>il a été tué</i> / <i>il s’est fait tuer</i>. Ce n’est pas spécifique au français, en anglais de façon assez semblable <i>he was killed</i> / <i>he got killed</i>. Et cette dernière structure montre qu’il existe des contacts entre le passif et les constructions pronominales. On peut se servir de celles-ci pour exprimer des passifs (sans agent) du type <i>ce livre se vend bien</i>.<p>Revenons à nos moutons, le passif en elfique... L’interprétation du sindarin <b>i sennui Panthael estathar aen</b> est très controversée, l’interprétation en passif n’est pas du tout assurée ; <i>estathar</i> a une forme de pluriel (cf. <b>[c]uinar</b> « vivent »), ce peut être une troisième personne employée vaguement de manière « indéfinie », de même qu’en latin on peut avoir <i>tradunt</i> « on rapporte que » mais littéralement « ils rapportent que ». Dans cette hypothèse <b>aen</b> ne serait pas une marque de passif mais plutôt une particule modale pour exprimer le souhait. C’est personnellement l’hypothèse qui me convainc le plus, notamment parce que l’usage de particules modales en elfique est une idée récurrente chez Tolkien.<p>Dans le qenya du Chant de Fíriel (V:72), on trouve de vrais passifs formés comme en anglais ou en français avec « être » employé comme auxiliaire avec un participe passé : <b>íre ilqa yéva nótina, hostainiéva, yallume</b> « when all is counted, and all numbered at last ». Mais rien ne nous dit que cette construction aura subsisté en quenya plus tardif...<p>A mon sens, la solution la moins risquée est d’employer la forme eldarine commune <b>*kwen</b> > quenya <b>quen</b>, sindarin <b>pen</b>, étymologiquement une forme réduite du mot pour « une personne », s’employant apparemment comme une sorte de pronom indéfini. On pourrait s’en servir comme de « on » en français, souvent employé pour exprimer un sujet indéfini sans faire usage du passif.<p>B.
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