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In Memoriam...
#54
Et il fut aussi un autre vilain général dans "Adieu Bonaparte" de Youssef Chahine.

Même dans ses rôles et ses mises en scène à trame historique, ce n'était pas quelqu'un qui ruminait le passé ou la nostalgie, au contraire, il me semble qu' il était toujours inquiet et soucieux du présent et de ses contemporains (la Reine Margot parle d'abord de la violence moderne) et toujours à la recherche de la nouveauté, pas gratuitement, mais pour être toujours de son époque, voire la tirer un peu en avant.

quelle que soit la beauté, la virtuosité de ses films, il a surtout marqué le théâtre et l'opéra, comme Visconti en son temps (la comparaison n'est en rien sacrilège, ni pour l'un ni pour l'autre), que ce soit dans les dispositifs scéniques devenus, déjà, des classiques (La Solitude des champs de coton, La Nuit juste avant les forêts, Phèdre,...) ou dans la révolution du Ring à Bayreuth : un scandale à l'époque que de faire 'jouer' sur scène des chanteurs d'opéra d'habitude plantés dans le décor le temps d'une démonstration vocale, mais qui imaginerait aujourd'hui un opéra mis en scène 'à l'ancienne'? (bon, le scandale tenait aussi au fait que les filles du Rhin était des putes :-)

La dernière fois que je l'ai vu sur scène, c'était l'an dernier, en septembre, dans un spectacle chorégraphié par Thierry Thieû Niang (un de ceux qu'il a formés au théâtre) à l'occasion du centenaire du "Printemps" créé à Paris en 1912 par Nijinski. Chéreau donnait lecture de quelques extraits du journal de ce danseur puis un groupe de 25 "séniors" (des gens de 65 à 85 ans) se mettaient à courir en rond sur la scène, chacun à son rythme, tantôt s'encourageant, se soutenant, tantôt accélérant ou ralentissant, tandis qu'un autre sénior (chronos) courait en sens inverse comme un vrai coureur de demi fond avec une régularité inéluctable. Rien d'autre pendant toute la durée du morceau du "Printemps" de Stravinski sauf que peu à peu, les danseurs âgés, parmi lesquels Chéreau, épuisés, quittaient ce cercle du temps; or, il n'y avait rien de désespéré dans ce spectacle, uniquement la vie qui s'accomplissait. C'était beau, puissant et chavirant.
Exactement comme dans "Ceux qui m'aiment prendront le Train", bien que la mort soit présente, il n'était question que des vivants. Un grand et beau souvenir.

F.
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