20-01-2006, 16:08
<p>Ouille, les concepts se mélangent et ça devient difficile à suivre!<p>Quelques propositions de définitions possibles résumées d'un cours d'introduction à la linguistique:<br>- Au sens large, un <b>code</b> est "un ensemble de conventions permettant de produire des messages".<br>- Une <b>langue</b> est un <i>code linguistique</i>, constitué en un système de règles communes à une même communauté. <br>- Mais a contrario, un code est une forme de communication qui n'est pas forcément linguistique. Le morse est un code, mais pas une langue (ce n'est qu'un code véhiculaire d'une langue, en l'occurance sonore ou visual). Les abeilles ne communiquement pas par une langue, mais par un <i>code de signaux</i> (vaste débat que celui du "langage animal", on en restera à la position d'un Benveniste).<br>- Dans un sens plus vague, un code est une conversion d'une information sous une autre forme de représentation. Je lui préfererai par la suite le terme de <b>code de chiffrement</b> pour ne pas être ambigu (même s'il est plus restrictif).<p>Or donc...<br>"<i>mais une langue est un code qui peut se casser comme un autre, si on sait ce que l'on cherche.</i>"<p>Assertion erronnée: "un code peut se casser comme un autre". Hormis le cas d'un code de chiffrement, rien ne permet d'affirmer que tout code soit facilement cassable... Si l'on sait reconnaitre certaines trames générales d'une danse des abeilles (e.g. distinguer une une danse d'alerte d'une danse indiquant où trouver de la nourriture), malgré de nombreuses études on ne sait toujours pas affirmer le contenu exact de ce code. On sait dire que selon la vitesse d'execution de la danse, son angle etc. l'abeille indique une distance et une direction, mais cela met en oeuvre des capteurs que nous n'avons pas et que nous sommes très loin de savoir simuler (comment le cerveau de l'abeille interprète-t-il les images polarisées de ses yeux à facettes?). On ne peut donc qu'approcher le sens. Il nous manque des référents. Dans le cas d'une langue, humaine donc, qui nous serait inconnue, on peut peut-être déduire un certains nombres de choses sur sa structure, mais sans autre référent, il est possible qu'elle demeure à jamais indéchiffrable. Comme l'a dit Edouard dans les grandes lignes: "Une langue : on la sait ou on la sait pas." -- Il a fallu à Champollion une pierre de Rosette et l'intuition de la parenté de l'Egyptien avec le copte pour déchiffrer les hiéroglyphes. Il a fallu le postulat (pas évident à l'époque) que les tablettes écrites en linéaire B n'étaient pas dans une langue crétoise inconnue (un "minoen" supposé) mais "simplement" du grec archaïque pour que Ventris et Chadwick puissent arriver à le déchiffrer. Et dans ces deux cas, on voit combient le déchiffrement seul du code d'écriture a été difficile, nécessitant de connaître la langue sous-jacente. Un cas inverse pourrait être celui de l'Etrusque, dont l'écriture ne pose pas de difficulté particulière (variante du grec et du phénicien) mais dont la langue reste encore très largement incompréhensible et difficilement traduisible... De manière similaire, le linéaire A ressemble au linéaire B (qui en dériverait), mais semble transcrire une langue probablement agglutinante, dont on ne sait rien...<p>Non?<p>"...<i>si on sait ce que l'on cherche</i>"<p>Cela se résume assez bien à cela, mais c'est un postulat très fort, bien loin d'être négligeable! Dans un cas comme le mss. Voynich, on ne sait rien de l'auteur, de la langue, du système d'écriture... Si c'est uniquement un code de chiffrement, il pourrait être très simple sans qu'on puisse en dire grand chose, à moins d'avoir une intuition géniale... Beaucoup s'y sont cassé les dents! (Et dans la même famille, il y a le fameux disque de Phaistos, avec son système de 45 symboles poinçonnés!... Lui aussi un <i>hapax</i>, un cas unique en son genre.)<p>"<i>un code langagier (qui prend quelque chose à entropie très faible et le transforme "humainement" - traduction - en un autre code a entropie très faible)</i>"<p>Euh... Pas très clair toute cette histoire d'entropie très faible. Je ne sais pas ce que tu as voulu dire! (Mais au passage: une langue a forcément une "certaine" entropie, sinon elle ne véhiculerait aucune information...)<p><br>Didier

