28-02-2006, 01:32
Tes questions touchent à des problèmes vastes et complexes.<p>Tout d'abord, la linguistique est une science empirique (basée sur l'observation et la description), et en tant que science elle rejette tout jugement de valeur subjectif (esthétique ou "qualitatif") et surtout tout préjugé.<p>> D'ailleurs, il est bien connu que les Allemands ont plus de facilites dans l'apprentissage des langues etrangeres -- ils ont deja tous les concepts en tete ;)<p>Il n'ya pas de peuple favorisé ou défavorisé dans l'apprentissage des langues (préjugé qui frise le "racisme linguistique" !), de même qu'il n'y a pas de langue qui – dans l'absolu – facilite l'apprentissage de n'importe quelle autre langue. Par contre, il y a des politiques linguistiques plus ou moins efficaces (l'apprentissage d'une langue étrangère chez l'enfant est optimum avant dix ans) et des situations qui favorisent l'apprentissage (le multilinguisme chez le jeune enfant notamment, qu'il s'agisse d'une langue étrangère ou régionale). Par ailleurs, certaines langues sont plus ou moins apparentées, ce qui peut faciliter la chose : un allemand aura plus de facilité à apprendre l'angais (autre langue germanique) et un français à apprendre l'espagnol, l'italien ou le portugais (autres langues romanes). Mais face à des langue complétement différentes (chinois, japonais, swahili, etc.), un anglais, un allemand ou un français éprouveront les mêmes difficultés.<p>> -- Y a-t-il dans ses langues des concepts que l'on ne retrouve pas de l'une a l'autre? -- comme par exemple l'expression "Bon appetit" qui existe aussi en polonais: "Smacznego"; mais pas en anglais... (Vous me direz, vu leur cuisine... ;)<p>Si tu veux parler des langues de Tolkien, les langues elfiques sont assez proches dans les concepts exprimés par l'auteur, puisque quenya et sindarin ont été envisagé comme des langues "cousines", issues d'un même ancêtre commun (l'eldarin commun, lui même issu du quendien primitif). Elles ont donc été développées parallèlement par Tolkien, et l'on retrouve à peu près les mêmes mots, concepts ou notions, et en même quantité (on possède une véritable profusion de quasi synonymes dans certains domaines particuliers comme la lumière, les ténèbres, et d'autres notions qui tenaient à coeur à Tolkien).<p>En ce qui concerne les langues réelles, la question est très différente ! Toute langue est avant tout l' "outil" d'une communauté de locuteur, et en cela elle est adaptée au besoin de cette communauté. Si les besoins changent, soit la langue évolue, soit les locuteurs en adpotent une autre, plus "prestigieuse". En ce sens, toute langue possède des "concepts" particuliers et est en soi une façon de représenter, construire et appréhender le monde.<p>> est-ce qu'on peut comparer les langues en regardant la richesse (ou la pauvrete) des unes et des autres dans tel ou tel sujet, et ainsi definir en quelque sorte l'orientation culturelle des differents Peuples?<p>Comme je l'ai dit, cette "richesse" est tout bonnement subjective. Le français n'aurait que faire d'une vingtaine de mots pour désigner la glace ou la neige, mais ce n'est pas le cas des langues inuites ! D'autre part, le lexique n'est pas forcément un moyen pertinent pour mesurer la "richesse" d'une langue (qu'est-ce que le lexique ? les mots attestés ou les mots possibles ? des morphèmes ou des mots simples et des mots construits ?), car chaque langue a un fonctionnement différent. L'allemand recourt massivement à la composition, qui est la combinaison de deux mots existants dans la langue (ex. porte-manteau en fr.). Or, dans cette langue, un mot composé peut se combiner à un autre mot pour former un autre composé, et ainsi de suite, avec pour conséquence la possibilité de produire un nombre quasi infini de mots nouveaux (qui peuvent être d'une longueur effrayante !). Le français utilise plutôt la dérivation (ajout d'affixes, qui ne sont généralement pas des mots mais uniquement des particules ajouté à des mots), ainsi que des syntagmes nominaux figés (pomme de terre, tête à claque), même si la composition existe (mais elle est marginale). Mais on ne peut pas accumuler les affixes, et les constructions nominales sont difficilement extensibles, sous peine de "lourdeur" (la machine à laver le linge > machine à laver > lave-linge). Enfin, les syntagmes nominaux figés n'apparaissent pas toujours dans le dictionnaire, et pas forcément comme entrée, alors qu'il s'agit bien de mots à part entière (une <i>pomme de terre</i> n'est pas une <i>pomme</i>) ! Au total, les deux langues peuvent exprimer les mêmes notions mais de façon différente.<p>Pour ce qui est de "l'orientation culturelle des différents peuples" en fonction de la langue, de telles recherches relèvent du domaine de l'ethnolinguistique. <p>> peut-on voir -- en regardant les differents developpements de vocabulaires des langues en Terre du Milieu -- la diversite (y compris entre qenya et sindarin) des orientations culturelles des Peuples?<p>C'est bien difficile dans le cas de langues sorties du cerveau d'un seul homme ! Cela mériterait sans doute une étude des lexiques respectifs des différentes langues (mais on sait déjà que certains concepts sont sur-représentés – cf. le cas des synonymes très nombreux dans certains domaines –, alors que d'autres nous sont encore inconnus), mais on en est pas là : pour le moment on en est encore à compiler et trier le corpus, toujours en cours de publication ! De plus, on est là dans le domaine de l'ethno-sociolinguistique fictive ! Or le problème, c'est que les locuteurs sont eux aussi fictifs ! On retombe donc sur l'auteur, unique, et la limite imposé par ses textes...<p>> Vous allez peut-etre trouver que je pinaille [...] mais quand vous dites que'il n'y a pas de langue plus ou moins riche, j'ai du mal a vous croire. Certainement qu'on ne s'en rend pas compte au naturel parce que, "sur place", on ne parle que de ce que l'on connait... donc rien ne nous manque ;)<p>Le fait est qu'il est toujours possible de traduire n'importe quelle phrase d'une langue X à une langue Y (si l'on considère des langues vivantes). Bien sûr, il y aura toujours des difficultés et des distortions, mais un papou pourait sans doute décrire un avion, un téléphone ou un ordinateur dans sa langue natale, quitte à créer de nouveaux mots pour cela (ce que nous avons bien du mal à faire avec le français, langue dotée d'une histoire littéraire "prestigieuse", toujours tournée vers le passé et réticente à toute nouveauté : en français, le poids social de la norme sur le locuteur est très fort et celui-ci se sent plus héritier ou locataire que propriétaire de sa propre langue).<p>Sébastien.

