Je ne sais pas si c’est vraiment une critique, car Tolkien aussi regretta ces intrusions explicites du narrateur et il en supprima pas mal par la suite. Mais comme tu le dis, ça fait parti du charme du Hobbit.
J'ai apprécié aussi la critique de Daniel Coulombe. Au moins il semble avoir lu, lui, les œuvres de Tolkien ;-)
Par contre, par rapport à celle de Didier Sénécal, je serais plutôt d’accord avec TB, les derniers paragraphes sont d’une ambiguïté douteuse avec ces éternels rapprochements avec le conflit mondial n°2, la guerre froide, Hitler et la bombe…
Comme dirait Tolkien, les critiques ont la fâcheuse tendance (et cette tendance est plus que tenace) à confondre allégorie et applicabilité. Et comme dirait aussi son ami Lewis, c'est l'Histoire qui s’est mise à ressembler à son histoire. Et c’est dans ce sens que Tolkien lui-même usa d’analogies pour évoquer la guerre avec son fils ou le monde moderne :
« For we are attempting to conquer Sauron with the Ring. And we shall (it seems) succeed. But the penalty is, as you will know, to breed new Saurons, and slowly turn Men and Elves into Orcs… Well, there you are : a hobbit amongst the Urukhai. Keep up your hobbitry in heart and think that all 'stories' feel like that when you are 'in' them. You are inside a very great story ! » (L66 à son fils Christopher, 1944).
Mais la thématique et une grande partie de la trame narrative du SdA sont pensées avant la guerre. Je suis en train de lire la biographie de Tolkien par Carpenter et justement le chapitre qui concerne la genèse du SdA, ce que n’a pas fait hélàs Didier Sénécal ;-)
C’est en dec 1937 que Tolkien commence une suite au Hobbit, mais il patauge pas mal au début, car ça l’embête, il aurait préféré travailler sur le Silmarillion.
Enfin en août 1938 : « Now at last ideas began to flow, and Tolkien wrote a passage of dialogue between Bingo [Frodo] and the wizard Gandalf in which it is determined that the Ring must be taken many hundreds of miles to the dark land of Mordor, and there cast into ‘one of the Cracks of Earth’ where a great fire burns » (p.191 in Bio).
Ça c’est pour l’explosion d’Hiroshima ;-)
En sept 1938, il découvre, ouf, la véritable identité de l’Anneau trouvé par Bilbo, « Bilbo’s ring proved to be the one ruling Ring » (idem p.192) et par la même aussi le sens du SdA qui est l’aboutissement de toute sa mythologie : « The one ruling ring that controlled all the others ; the ring that was the source and instrument of the power of Sauron…the ring that must be carried to its destruction by the hobbits, or else the whole world will come under Sauron’s domination… » (idem).
Ça c’est pour la Seconde Guerre Mondiale ;-)
Sauron lui-même a été inventé au début des années 1930, voici Hitler ;-)
Je pense que Sauron représente tous les tyrans du monde (passés, présents et futurs) dont l’obsession, qui est l’autre nom de la mort :
le pouvoir, celui qui justement donne le droit de sacrifier les mortels et de défier les ‘dieux’.
En fait à la différence de la Seconde Guerre, le conflit dans le SdA n’a rien de politique : « In the LotR the conflict is not basically about ‘freedom’, though that is naturally involved. It is about God, and His sole right to divine honour. The Eldar and the Númenóreans believed in The One, the true God, and held worship of any other person an abomination. Sauron desired to be a God-King, and was held to be this by his servants ; if he had been victorious he would have demanded divine honour from all rational creatures and absolute temporal power over the whole world » (L183, 1956). La quête de Frodo est « humane not political », elle concerne la libération de tous les êtres vivants parlants de la TdM, même des Easterlings et des Haradrim. Cette quête est naturellement fondée sur un message chrétien, celui de l’amour et de la tolérance.
En ce qui concerne Sauron, d’un point de vue strictement mythologique, on peut le rapprocher d’un archétype de figure divine, celui du «Dieu Lieur » ; l’essai de Didier à ce sujet sur son site Hiswelókë est tout à fait convaincant, car on connaît bien la passion de Tolkien pour les mythes germaniques et celtiques.
Enfin, dans la polémique Est/Ouest//guerre froide, si on inversait les données politiques/religieuses et si on considérait plutôt que Tolkien a situé Valinor, son paradis elfique à l’ouest par opposition à l’Eden situé à l’est. Pourquoi pas ;-) ?
Tout ça pour dire que je trouve l’analyse de LIRE “un brin cucul la praline” et bien guimauve ;-))
Et si Tolkien était à sa façon un rien visionnaire ;-) il se voulait poète… un poète, c’est celui qui sait, le prophète, le mage, le voyant, celui qui a le pouvoir de découvrir ce qui échappe aux autres hommes sous forme de visions ou de pensées qui le hantent.
Ne rigolez pas ;-)
Mais Carpenter écrit p.100 : “…in his essay ‘On Fairy-Stories’ and in his story ‘Leaf by Niggle’, both of which suggest that a man may be given by God the gift of recording ‘a sudden glimpse of the underlying reality or truth’. Certainly while writing The Silmarillion Tolkien believed that he was doing more than inventing a story…”
Désolée pour ce long bavardage, mais ça m’énerve les critiques qui font de la soupe des intentions deTolkien ;-))
A+
Cathy

