Dans l'étrange, il y a des éléments apparemment surnaturels, mais qui s'expliquent à la fin de manière rationnelle. On y trouve donc certains romans policiers, par exemple, comme Le mystère de la chambre jaune: un meurtre a lieu dans une pièce parfaitement close, au début on peut croire à un élément surnaturel, à un fantôme, etc. Evidemment, à la fin, on découvre comment le meurtrier s'y est pris...
Dans le merveilleux, le surnaturel fait partie du monde décrit: on n'y consteste pas l'existence de créatures qui nous paraissent surnaturelles. Pour reprendre l'exemple précédent, l'existence de fantômes y serait perçue comme normale. Tolkien se rangerait plutôt dans cette catégorie (elfes immortels, mages comme Gandalf, anneaux de pouvoir, etc. -- tout cela fait partie du monde sans que cela paraisse anormal à ses habitants).
Le fantastique est à l'exacte lisière entre ces deux grandes catégories: pour qu'il y ait "fantastique", il faut que l'ambiguité ne soit jamais vraiment levée (même si on penche plutôt vers l'explication surnaturelle, il reste toujours une porte de sortie vers le monde rationnel). Une histoire comme La Vénus d'Ille entre dans cette catégorie: on peut croire que la statue a tué le jeune marié qui lui avait par mégarde passé sa bague au doigt, mais on peut aussi l'expliquer par la raison (le jeune marié est persuadé que la statue est vivante, et c'est peut-être cela qui le tue).
Todorov résume cela avec un schéma:
<---étrange----

