01-02-2002, 14:42
Semprini> par "inegale", voudrais-tu dire moins traditionel du point-de-vue technique?<br>C'est une opinion que je peux comprendre mais precisement, qu'est-ce que le style? <br>Le classement que tu fais laisse augurer que tu crois en des criteres litteraires universels, ce qui n'est pas mon cas. C'est une manie assez occidentale, et surtout due aux universitaires qui cherchent a justifier leur place. L'echelle de valeur stylistique que tu sous-entends me tracasse un peu. J'ai lu le Rivage des Syrtes (que j'ai aime), mais je ne suis pas pleinement satisfait du resultat emotionnel du livre tout au moins si je dois le comparer aux autres oeuvres que j'admire, au premier rang desquelles il ya le SdA. Le style est une chose extremement difficile a definir; on ne peut pas le resoudre juste au travail sur la tournure des phrases, et nombreux sont les rouages caches de cet engrenage. Je serais bien incapable m'attaquer a la definition de tout ce que cela englobe, surtout en quelques lignes. Mais mon egocentrisme trouve que la reussite d'un style (ce qui est au fond la seule chose qui compte) est quelque chose de tres concret, en l'occurence l'impact emotionnel que cela produit en MOI. A ce propos je ne suis pas loin du professeur Y, et je trouve que Celine a cerne mieux que Gracq le role emotionnel du style. Il n'y a bien sur pas grand chose de commun entre Celine et Tolkien, mais l'un comme l'autre me mettent KO tandis que Gracq me bat aux points. <br>Si par "inegale", tu veux dire novateur, c'est un autre probleme. Tu me repondras sans doute que Gracq et Celine sont bcp plus novateurs que Tolkien. Soit. Pour ma part, je considere que l'obcession de faire du nouveau a tout prix est une tare finalement assez recente de la litterature (ce n'etait pas du tout la preoccupation des ecrivains du Moyen-Age). Et force est de constater que lorsque je lis Antoine Blondin, son style me touche profondemment alors que les torchons de Robbe-Grillet, Sarraute et toute la clique me bouleversent a peu pres autant que les journaux de la salle d'attente du dentiste. Sans doute ai-je mauvais gout, mais je prefere considerer que le style est quelque chose de plus complexe et de plus honnete qu'une simple position par rapport au reste de la tradition litteraire; qu'il est comme dit Iarwain la veritable trace de la personnalite de l'auteur - je ne doute pas une seconde que le caractere personnel du style est beaucoup plus important que sa recherche d'originalite. <br>Et en fin de compte on comprend avec l'ecoulement du temps sur une oeuvre que le style est un travail personnel; et Tolkien me semble s'etre au moins autant implique dans ce travail que Gracq, mais dans une perspective tres differente. <br>Dernier point (pour confirmer mon mauvais gout), je gage que nombre de personnes s'allongent devant le style de Ulysses alors qu'ils trouvent le livre ennuyeux a mourir. C'est a mes yeux un triste snobisme, mais je ne m'etendrais pas plus sur ce sujet. <p>Cirdan

