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#85
Bon, je suis allée à la FNAC aujourd’hui et que ne vois-je pas au rayon nouveautés : Et si on parlait du Seigneur des Anneaux d’Irène Fernandez ! Tiens, mais c’est le livre dont tout le monde dit du bien, et puis il ne coûte que 12 euros, et puis l’auteur est tout même philosophe (branche théologie, pas esthétique ! :-)) et docteur es lettres !!! Alors ? Eh bien je l’ai acheté, je l’ai même lu et je l’ai même fini, le tout en une soirée !

Autant vous dire qu’on se régale ! Tout d’abord Irène Fernandez fait tomber quelques préjugés (livre pour enfants, manichéisme de l’œuvre…) avec ardeur et force de conviction et conclut provisoirement que le mépris des critiques n’est dû forcément qu’à une méconnaissance de l’œuvre et des intentions de son auteur car elle cite abondamment les Letters
Ensuite vient le cœur de sa démonstration où elle expose point par point tout ce qui fait du SDA une œuvre d’inspiration chrétienne en précisant régulièrement qu’il faut se garder de toute allégorie ! Les participants de ce forum retrouveront ainsi quelques échos à leurs discussions sur le bien et le mal en Terre du milieu, le rôle de la Providence, l’ « échec» de Frodo, les liens de l’homme avec la nature…etc. Le tout illustré par des citations du SDA, de On Fairy-Stories, des Letters, sans parler des références à Shippey ou Vincent Ferré (hé, hé !!!) !

Je n’aurais que quelques réserves à formuler :

1) Irène Fernnadez renvoie parfois à l’adaptation de Peter Jackson mais toujours de manière laudative et pour souligner sa fidélité :
- p.28 : elle juge que la transformation de Galadriel « n’est pas un effet de Grand-Guignol, mais est tout à fait conforme à l’esprit du livre ». Là, je crois qu’elle ne va pas se faire des amis…
- p.61 : « le film, qui insiste sur l’idée du devoir accepté à contre-cœur, sans illusions romantiques sur la capacité que l’on a de l’accomplir (…) est une fois de plus fidèle au thème tolkiénien, comme plusieurs des critiques qui connaissent le livre l’ont remarqué (Shippey par exemple…) ». Cette affirmation est certes moins contestable que la précédente mais elle est peut-être un peu prématurée étant donné que les 3 films ne sont sortis et que le thème du devoir traverse toute l’œuvre et pas seulement La Communauté de l’Anneau… Enfin, on apprend au détour d’une parenthèse que Shippey a écrit une critique du film de Jackson dans le supplément littéraire du Times le 21 décembre 2001… Intéressant, non ?

2) Dans sa défiance de l’allégorie chrétienne, Irène Fernandez qualifie de « simpliste et disproportionné » :
- le parallèle entre Galadriel et la Vierge Marie : moi aussi !
- la figure christique de Frodo dans l’ascension du Mount Doom : malgré toutes les réserves que j’avais formulé à Cirdan sur un autre fuseau, je ne trouve pas ce rapprochement si disproportionné que cela…
- les liens entre la mort et le retour à la vie de Gandalf avec les Evangiles et la résurrection du Christ : là, je ne la suis carrément plus et lui conseille la lecture de Cirdan, Sosryko, Vinyamar et les autres…

En revanche elle semble considérer l’analogie lembas-hostie comme une hypothèse de lecture tout à fait recevable malgré les réserves de Tolkien lui-même. Je la cite :
« L 213 ; c’est la suggestion d’un lecteur, non de Tolkien lui-même, mais il ne s’insurge pas contre cette interprétation, se bornant à ajouter que le conte porte parfois la trace de réalités qui lui sont bien supérieures » (p.47)
Pas super convaincante sur ce point ! Je n’ai pas lu la lettre en question : est-ce qu’elle est dans le vrai quand elle décrit la réaction énigmatique de l’auteur ? J’ai des doutes suite à la conversation que nous avions eue sur le sujet dans le fuseau « Affaire de volonté »…

3) Le titre !!! Franchement, si je n’avais pas entendu parler en bien de ce livre, je ne m’y serai jamais plongée ! Comment deviner les thèmes abordés dans cet ouvrage à travers un titre aussi affligeant ? :-(
La réponse est dans les premières pages ! Ce livre fait partie d’une collection ! Et si on parlait du Seigneur des Anneaux intervient donc après :
Et si on parlait du haschich…
Et si on parlait du spiritisme…
Et si on parlait des miracles…
Alors, c’est quoi la drogue ?
Alors, c’est quoi l’islam ?

Cherchez l’erreur !!! :-)

Cela dit, ces réserves n’enlèvent rien à mon impression d’ensemble de l’ouvrage qui a le grand mérite de casser quelques préjugés, de justifier une lecture « chrétienne » de l’œuvre de Tolkien et d’ouvrir ainsi de nouvelles pistes de lecture… Et puis, il faut bien le dire, de nous rassurer :oui, il y a des critiques qui aiment et comprennent vraiment l’œuvre du Maître !

NIKITA

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