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sur l'article de Greyelm
#4
7)

"[...] Carcharoth, qui peut donc etre definitivement assimile a Cerbere"

Non! La j'en demordrais pas! (grr... dwarff! dwarff!! ;-) ;-))
Le rapprochement avec la descente d'Orphee aux Enfers est sans doute legitime, mais il est tres grave d' "assimiler" une histoire a une autre (Tolkien s'oppose explicitement a ce genre de lecture dans On Fairy-stories a la partie sur les origines du conte de fee), un personnage a un autre, un monstre a un autre, particulierement lorsque Cerbere ne constitue qu'une influence parmi d'autres dans la creation de Carcharoth.

Tu ecris toi-meme, mon cher Greyelm, que le loup de Tolkien rappelle aussi le terrible monstre issu de Loki, Fenrir, dans la mesure ou celui-ci amputa Tyr, comme Carcharoth arracha le bras de Beren. Alors pourquoi assimiler Caracharoth a Cerbere? Angband n'est pas plus l'enfer que ce que Valinor n'est le Paradis. Non, Carcharoth est Carcharoth un point c'est tout. L'art de Tolkien (d'un ecrivain en general) est de meler subtilement plusieurs influences afin de parvenir a une creation PERSONNELLE.

D'ailleurs, Carcharoth a au moins une autre "source" majeure: le sanglier mythique du conte gallois "Kulhwch et Olwen" (c'est Vayrenoth qui se plaignait du manque d'interet de Tolkien pour les legendes celtiques? Vay, tu devrais lire l'essai "English and Welsh" dans "The Monsters and the Critics", ca te rassurerais!), j'ai nomme le Twrch Trwyth. Et oui! celui-ci devaste le Pays de Galles comme Carcharoth devaste le royaume de Doriath.

Ce n'est pas un hasard non plus si "l'opposition du pere" que tu mentionnes en II.4 aye en la meme histoire un echo dans le personnage du geant Yspadadden (attention! je ne dis pas qu'Elu Thingol est Yspaddaden!!) qui ne veut pas donner la main de sa fille, Olwen, a Kulhwuch.
Dans le recit epique qui s'ensuit, Kulhwch est accompagne par Arthur comme Beren l'est par Finrod Felagund.

Dernier exemple: le passage soit disant tire du Lai de Leithian (en effet, je ne me souviens pas l'avoir on retrouver a la lecture de la version versifiee) ne saurait etre associe a la lyrique courtoise puisque son influence directe est prvient d'un combat de vers du vieu Vainamoinen (desole pour les accents... pardonnez mon finnois qwerty...) dans le Kalevala.

Bref, tout ca pour dire qu'il y a plusieurs influences et que l'inspiration ou meme la reutilisation d'un topos ou d'un autre ne permet pas de conclure que Beren et luthien est une nouvelle courtoise: C'est une oeuvre du XXieme siecle et la litterature courtoise est fleurissait au XIIieme. Mieux vaut parler comme Vincent Ferre le fait de la trace medievale chez des auteurs modernes en gardant a l'esprit les divergences (les plus flagrantes restant, je pense, les techniques narratives). Je me range encore a l'avis de Vincent sur ce qu'il exprime dans la note 64 de la page 224 des Rivages; en l'occurence - meme si il parle la du SdA, que Tolkien n'ecrit pas un conbte courtois et qu'il en est conscient: "this tale does not deal with courtly love" ecrit Tolkien en parlant de la relation Eowyn/Aragorn/Faramir.

La fantasy que pratique Tolkien (je la distinguerais tres nettement de l'heroic fantasy qu'elle a sucite et qui, retrospectivement, fait amalgamer l'oeuvre de Tolkien avec celle de Howard si differente dans la forme comme dans le but) s'inscrit certes dans une tradition heritee du Moyen-Age (bien que pas uniquement), mais l'effet du temps, l'appartenance a une epoque ne peut etre ainsi balayee en affirmant qu'il ecrit une authentique "nouvelle courtoise" ou un veritable lai. Pres de 900 ans d'ecart(c'est plus long que la duree qui s'ecoule entre le premier leve du soleil et la guerre de la grande colere!!)ne peuvent nous permettre de toucher en totalite la profondeur, le "sen" et la "matiere" caches des differents courants de la litterature courtoise - tout du moins, c'est mon opinion.

Et finalement, Tolkien a-t-il lu Marie de France que tu cites comme sa reference principale? Vu son cursus, sa specialite professionelle, les similarites bien reelles que tu soulignes, mon cher Greyelm, mais aussi l'existence chez Maire d'un Meriaduc qui n'est pas sans nous evoquer un certain personnage..., tout cela me fait pencher tres fortement pour le oui.
Mais je ne me souviens d'aucune mention par Tolkien dans ses lettres d'une influence (consciente) de Marie de France sur son oeuvre. Bien-sur, cela ne suffit pas a ecarter la possibilite que tu mets en valeur, mais la prudence est la meilleure conseillere en matiere de critique litteraire (et ce meme si elle ecrivit en Angleterre et est inclue dans la Norton Anthology of English Literature!!! - ces sacres rosbifs vont meme nous voler nos ecrivains!).

Malgre tout, comme Greyelm, je retrouve dans Marie de France beaucoup de l'esprit du conte de Beren et Luthien dans ces tres beaux - et tres fameux - vers (que l'on peut lire a contre sens de la fin'amor) du lai "Chievrefueil":

"Bele amie, si est de nus:
Nivus senz mei ne jeo senz vuz!"

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