A ce propos, j'aurais une petite correction: les vers de Guigemar que tu cites, "De cest cunte ke oï avez,/Fu Guigemar le lai trovez,/Quë hum fait en harpe e en rote:/Bonë est a oïr la note." sont placés à la fin du lai, v.883-886.
Cela ne m'empêche pas d'abonder dans ton sens au sujet de l'oralité première des lais, comme l'indique aussi la conclusion du lai du Chèvrefeuille: "Pur les paroles remembrer,/Tristram, ki bien saveit harper,/En aveit fet un nuvel lai" (v.111-113).
De même, la conception amoureuse présente dans ces poèmes me semble différer de l'amour courtois (même si elle s'en rapproche à un niveau superficiel), en ce que la satisfaction du désir amoureux n'y est pas différée (parfois indéfiniment) comme dans la conception de la fin'amor.
Autre point de rapprochement entre les lais et le conte de Beren et
Lúthien, que je ne trouve pas suffisamment explicité ou développé par Greyelm: le thème de la fée, l'être de l'Autre Monde qui tombe amoureux d'un mortel (l'inverse est aussi possible, mais moins fréquent), et que l'on retrouve dans toute la mythologie celtique.
J'aime bien aussi la référence à Kulhwch et Olwen, d'autant que c'est (entre autres) un objet détenu par Twrch Trwyth qui est demandé par Yspaddaden pour qu'il accorde la main de sa fille, en l'occurence des ciseaux et un peigne qui se trouvent entre ses oreilles; d'ailleurs, cela me fait penser également à la chasse au sanglier de Calydon, mais je n'ai pas le temps de développer davantage.
Je m'excuse pour le caractère hâtif ou désordonné de ces quelques notations, mais je vais essayer de prendre le temps de lire plus en détail l'article qui y a donné lieu...
Iarwain
PS: dans l'édition des Lais que j'ai sous les yeux (Folio classique), j'ai trouvé cette note sur Meriadus/Mériadoc: "Dans la mémoire armoricaine, ce nom rappelle celui du premier roi de Bretagne (Conan Mériadec), véritable libérateur des Celtes contre leurs ennemis romains. C'était le guerrier par excellence. Le personnage ici mentionné [dans Guigemar] ne se confond sans doute pas avec lui mais son caractère guerrier bien souligné peut permettre de les comparer. Il existe par ailleurs un héros nommé Mériadoc [ou Mériadeuc] dans un roman arthurien [du XIIIe siècle] intitulé Le Chevalier aux deux épées. Dans ce roman apparaît l'épée magique d'une reine qui donne lieu à une épreuve comparable à celle des noeuds dans le lai de Guigemar. On note aussi que Le Livre des Faits d'Arthur et la Vie de Saint Goueznon localisent un castellum Mariadoci près de Plougoulm (Finistère)." Ceci dit, je ne pense pas qu'il faille y voir davantage qu'une coïncidence, ou la simple reprise par Tolkien d'un nom à résonance celtique (cf. HoME XII, p.50, où il explique que le nom de Merry en westron est "a high-sounding and legendary name")

