Eh bien, cela faisait un petit moment que je n'étais pas revenu par ici en effet !
Je me suis un temps perdu dans des discussions hasardeuses autour (tout autour) du film, étant tout autant passionné de cinéma que de Tolkien. Puis je me suis mis à l'écriture d'un autre travail, en anglais cette fois, sur Tolkien, sur le rôle et la symbolique du paysage dans son oeuvre. J'ai donc été absent un petit moment.
Je suis actuellement reparti sur un mémoire lié à l'anticipation urbaine et la perception de la réalité dans la ville futuriste, donc... tout cela est plutôt loin de Tolkien. Mais c'est un plaisir que de revenir à ses premières amours, fines ou pas.
Donc, de nombreux messages, beaucoup d'objections, je n'ai pas encore tout lu en détail mais ça me fait plaisir d'avoir suscité des réactions.
Je ne vais sans doute pas répondre maintenant de façon exhaustive--par manque de temps--mais j'y reviendrai !
Alors, Cirdan, tout d'abord merci de ton intérêt et aussi de tes réflexions. Pour ma part, je ne suis pas un 'spécialiste' des lais du Moyen Age, même si j'ai pu en parcourir un bon nombre l'année dernière (en automne 2000 en fait) et en étudier les règles durant un semestre. Aussi, je conçois tout à fait ton objection lorsque j'assimile certaines oeuvres, ou certains sous-genres à d'autres.
J'ai fait ce travail plus dans une optique de 'vulgarisation' (je ne sais pas si le mot est approprié ici) que pour m'adresser à de véritables spécialistes de cette littérature. Ainsi, je me suis plus concentré sur les règles générales de ce genre que sur ce qui différenciait tel sous-genre de tel sous-genre.
N'oublions pas que les spécialistes eux-mêmes ont totues les difficultés du monde à classer nombre d'écrits du Moyen Age entre les nouvelles courtoises, les lais, les fabliaux, les récits épiques, etc. étant donné que beaucoup d'entre eux mêlent habillement les différents genres.
C'est dans cette optique que j'ai approché l'histoire de Beren et Luthien telle qu'elle est présentée dans le Silmarillion. Comme contenant de nombreux thèmes faisant référence à ces genres.
Cependant, je ne pense absolument pas que Beren et Luthien fasse référence aux fabliaux, et si j'ai pu le laisser croire c'était sans doute involontaire.
Le fait est (chose que j'ai souvent dite;]) que lorsque l'on se penche sur les différents éléments qui caractérisent les nouvelles courtoises et épiques du MA, on peut en retrouver nombre d'entre eux dans le conte de Beren et Luthien. Je pense qu'on ne peut pas réfuter cela. Tolkien lui-même ne le pourrait pas à mon avis.
Maintenant quant à savoir si tout cela est entièrement conscient ou non, est empreinté à telle oeuvre ou tel genre plutôt qu'un(e) autre, c'est un autre travail qu'il nous serait impossible de mener à son terme pour la bonne et simple raison que John a rejoint ses ancêtres.
(et les lettres ne nous disent pas tout sans doute...)
Attention, je ne veux pas non plus me cacher derrière la mort de l'auteur pour rejeter tout débat !! Je tente juste d'expliquer en partie mon point de vue sur l'approche des récits de Tolkien et sur la validité de certaines analyses.
Ensuite je pourrai concentrer mes réponses sur certaines objections plus ciblées et sur les éventuelles contradictions relevées dans mon article.
Alors, commençons par quelques points ! :]
Au sujet de l'influence de la Bretagne, je dirais que Bretagne et Grande Bretagne, même combat. Non, toute plaisanterie mise à part, le merveilleux de la Bretagne du Moyen Age était très proche à l'époque de celui de l'Angleterre et du Pays de Galles. La cornouaille est vaste. J'ai pris l'exemple de la ville d'Ys, j'aurais pu en prendre un autre sans doute, mais celui-ci est emblématique. Le conte de la ville d'Ys a été inspiré par d'autres contes, et il en a inspiré d'autres, c'est indéniable, comme c'est le cas pour tout mythe, et avec plus d'écarts, pour toute légende.
J'ai fait un travail il y a trois ans sur l'universalité des mythes et légendes. Il pourrait apporter certains éclairages et justifier mon attitude sur ce point. On peut aussi se référer aux travaux de John Fyske.
Bien, je suis plus ou moins breton. ;]
Je n'ai cependant que très peu de sentiment régionaliste. Lors de la rédaction de mon article, je me sentais même plus américain (d'où le côté généralisant et accessible de l'article... je plaisante !).
Oublions cette parenthèse. :)
Pour continuer un peu sur les influences mythologiques, je voulais revenir sur deux points :
Carcharoth et Midgard.
Carcharoth, Fenrir, Cerbère, le chien de Hel.. je pense qu'ils sont tous les 3/4 différentes apparences d'une même entité. La mythologie nordique a été énormément influencée par la mythologie grecque et Tolkien a été grandement inspiré par les deux (et de son aveu plus par celle venue du nord). Les nordiques n'ont pas inventé Fenrir ex-nihilo. Hel et le royaume du Niflheim ne sont pas sortis de l'imagination débridée d'un chef viking, mais se sont construits sur le temps, et ont eu leurs propres sources.
Carcharoth, sans doute, a plusieurs origines, j'en ai retenu une ou deux, et je ne dénie absolument pas le fait qu'il y en a sûrement d'autres, telles celles que tu as citées.
Cependant, directement ou indirectement, Carcharoth est je pense le petit fils de Cerbère.
Je ne veux pas énerver, et j'ai conscience que je pourrais tout justifier par ce genre de pirouettes (du style oui mais Tolkien n'aimait pas la France mais peut-être que son père l'aimait et lui a laissé un livre dans lequel il lui racontait une histoire inspirée d'une légende française sans que John le sache et que même s'il s'est inspiré d'un mythe suédois, après tout, nous sommes tous humains, et nous venons peut-être tous de la même culture primitive, donc suédois et turques, même combat)... mais je pense--j'espère--que je ne pousse pas le bouchon trop loin tout de même.
Je ne vais pas tomber dans la mauvaise fois, ne vous inquiétez pas.
Enfin, c'est un peu la même chose pour Midgard et le mot utilisé au Moyen Age par les anglais. Je te remercie Sosryko pour la précision de ta remarque. Mais Midgard voulait dire la même chose et désignait aussi le monde des hommes. Tolkien en était conscient, il a simplement mis en avant le fait que l'on retrouvait cette appellation plus proche de nous dans l'espace. C'est mon avis et je ne pense pas qu'il l'aurait totalement nié. On peut aussi se référer à Tolkien's Ring de David Day.
Mais bon, si tu me dis qu'il réfute absolument toute parenté avec Midgard et la mythologie nordique sur ce point, je me contenterai alors de froncer un sourcil dubitatif à l'encontre de Tolkien.
Hop, je dois y aller pour le moment, je vous remercie pour vos remarques, on pourra en reparler !
A bientôt,
Greyelm

