Ce que je concède, c'est que celui qui commente un texte devrait annoncer la couleur sous laquelle il s'avance, interniste ou externiste, de peur d'induire en erreur celui qui le lit et de donner une image faussée de l'oeuvre étudiée. Mais en réalité, les deux approches se complètent et faire le procès (pardon si le terme est un peu fort :) ) des dérives de l'une revient, me semble-t-il, à faire le procès du lecteur. En outre, se défier d'une approche, c'est se défier d'un moyen formidable d'élucider des points que l'autre approche n'a pu éclaircir. Je ne crois pas que cela aille à l'encontre de ce que voulait Tolkien qui, je continue de le penser, ne condamnait que la dissection d'un texte faite sans en reconnaitre la beauté. :)
Quant à la suspension de l'incrédulité permets-moi de parler de Vertigo d'Hitchcock. Voilà un film, qui a été disséqué à l'envie. Je sais qu'Hitchcock voulait adapter Les Diaboliques, qu'il n'a pas pu (Clouzot l'a devancé), et qu'il a commandé de dépit un livre à Boileau-Narcejac (D'entre les morts). Je sais qu'il voulait Vera Miles pour ce film et qu'il n'a jamais été content de Kim Novak qui l'a remplacé. Je sais qu'Hitchcock s'est investi dans Vertigo comme jamais (tout a été storyboardé, pas une ligne du scénario n'a été changée), qu'il y a mis toute son obsession de la femme blonde et froide, je sais qu'il a façonné tyranniquement le personnage de Madeleine-Judy dictant très précisément à Novak la façon de la jouer (jusque dans l'accent et les tenues). Et pourtant, dès que Scottie voit Madeleine pour la première fois, comme sortie d'un rêve, au son des violons de Bernard Herrmann, j'oublie tout et je m'abandonne entièrement au génie d'Hitchcock sans plus réfléchir. Et bien c'est la même chose pour Tolkien: lorsque j'ouvre au hasard une page du Seigneur des Anneaux et que je le relis, les maigres connaissances que je possède sur son oeuvre s'évanouissent comme par magie. :)

