J’ai l’impression que le débat manque un peu de recul.
Je me demande quel était l’impact de Victor Hugo, de Jules Vernes ou de Jean Giono (par exemple) en Angleterre, en Allemagne, en Espagne ou en Italie quelques années après leur mort… Je ne suis pas sûr qu’il était bien supérieur à celui de Tolkien en France il y a 5 ou 10 ans. Ces auteurs étaient-ils pour autant victimes d’un ostracisme appuyé des « élites universitaires » de ces pays ? Je ne pense pas.
En lisant certaines personnes, j’ai l’impression que parce qu’elles apprécient Tolkien, une monographie ou édition critique sur le « maître et son œuvre » devrait sortir chaque semaine, des colloques universitaires célébrant son génie devrait se tenir chaque mois ou presque, que l’on devrait couronner JRR « Auteur du siècle » ou, à défaut, lui élever une statue. Et dire qu’il fut un temps, j’ai été considéré comme un « intégriste tolkienniste » ;D
Tolkien serait méconnu en France ? Mon expérience personnelle me pousse à penser le contraire. J’étais en 6ème lorsque ma mère m’acheta Bilbo pour me faire patienter dans la salle d’attente de notre médecin de famille. Lorsque mon tour arriva, le médecin en question jeta un œil sur le livre et commença à me parler de Tolkien… c’était à la fin des années 70, au fin fond des Yvelines. L’année suivante (toujours dans le même coin paumé des Yvelines), mon prof de Français nous fit étudier.. . Bilbo !
Quelques années plus tard, en DEUG d’histoire, j’avais pris en option une UV d’initiation à la psychanalyse et la linguistique ;p Dans le cadre d’un travail de synthèse sur la partie « psychanalyse » du cours, je proposais à la prof le sujet « Psychanalyse d’un conte de fées : Bilbo le Hobbit ». Elle fut emballée, étant elle-même fan de Tolkien…
Souvenons-nous aussi que la parution en France du Seigneur des Anneaux avait été saluée par des magazines à grand tirage comme « Elle » ou des quotidiens nationaux comme « Le Monde ». Que depuis plusieurs années, Tolkien occupe le devant des rayons « littérature anglo-saxonne » de la FNAC. Au point que même les calendriers inspirés de son œuvre y ont été en vente ! Et je ne parle pas de sa mise en avant constante dans le rayon SF.
Indifférence ? Quelle indifférence ?
Oh certes ! On n’enseigne pas systématiquement Tolkien au Lycée ou en Université. Il faut dire qu’en matière de littérature, la France n’est pas démunie, loin s’en faut. Il y aurait même pléthore. Alors rien d’étonnant à ce que les universitaires se penchent d’abord sur la « matière » nationale. J’ai parfois l’impression que dans les universités françaises, « littérature » veut dire essentiellement « littérature française », et que pour étudier les auteurs étrangers il faut soit qu’ils s’inscrivent dans la lignée d’un auteur français ou dans un thème traité par l’un d’eux, soit faire des études de langues étrangères. Alors faut-il voir dans cette même attitude vis à vis de Tolkien, auteur étranger très récent, une volonté affirmée et ciblée de mépris ou d’indifférence ? Là encore, je ne le pense pas.
A mon sens, Tolkien n’est pas un classique en France parce que c’est un auteur de langue anglaise et qu’il est très récent. Il est possible qu’il le devienne (un classique), au même titre qu’un Shakespeare, Dickens, Swift, Shelley ou Poe (et j’en passe ! Qui a dit que les auteurs anglo-saxons étaient méconnus en France ?) mais cela prendra alors un peu (beaucoup ?) de temps.
Mais, tout comme mon expérience en ce qui concerne la renommée de Tolkien en France (ou l’expérience de chacun des intervenants de ce fil) cela reste un point de vue très personnel ;)
Did

