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Imaginaire médiéval et mythologique dans l’œuvre de Tolkien - Vos Commentaires
#29
Bonjour Laurent-Cirdan.

Bravo réitéré pour ton intéressant travail, dont je viens, à mon tour, d'achever la lecture. Tu l'as déjà présenté ? Tu as eu l'avis de tes 'examinateurs' ? Je suis loin d'avoir ton érudition sur le sujet, ton travail m'a appris beaucoup de choses et m'a remis agréablement en mémoire une série d'autres.

Personnellement, c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai pu notamment lire ton discours sur le destin. (Ca fait du bien quelque fois d'entendre quelqu'un partager l'un de ses préocupations !) Je garde certaines de tes petites phrases dans mes "cartons" pour une éventuelle argumentation dans d'autres lieux…
Comme, par exemple : "il (Frodo) a accepté le rôle qui lui était prédestiné" "(…) le triomphe eucatastrophique est basé sur le rôle majeur du destin (…) Ce "destin a une forte teinte d'intervention providentielle" - (Gollum qui serait) "malgré lui, l'instrument d'Eru").

Tes développements me font penser que la question du destin doit effectivement être envisagée dans son cadre chrétien "Providentiel", mais que son exploitation chez Tolkien puise aussi ses sources - peut-être chez St Augustin (cf. note 32) (As-tu des informations complémentaires quant à l'influence de la pensée augustinienne chez Tolkien ?) - probablement dans ce que tu appelles l'obéissance au destin, présente dans l'esprit de la mythologie nordique.
Ailleurs, il m'avait semblé que le protestantisme pouvait également en être une source. Or, tu parles de Tolkien comme "un écrivain anglais violemment opposé à la Réforme" (3e partie - 1 - 2). Ma culture tolkienienne est loin d'être la tienne. Peux-tu me dire à quelle occasion et en quoi Tolkien l'a affirmé ? Comme on me l'a justement fait remarquer sur un autre fuseau, on ne peut pas réduire le protestantisme à la question de la prédestination (et donc dire que le protestantisme nie tout libre-arbitre) - d'autre part, je persiste à penser que les espace où le libre-arbitre des personnages de Tolkien peut s'exercer sont extrêmement réduits et, a contrario, le poids du destin voulu par l'Instance supérieure, extrêmement important.

Ton passage concernant l'histoire de Turin m'a paru vraiment lumineux. Par contre je ne suis pas d'accord quand tu dis qu'Eru se pose en juge et ne permet pas à Turin de recevoir la miséricorde. En relisant l'histoire, je ne vois pas où on fait allusion à un jugement de ses actes par d'Eru. Mais peut-être cela figure-t-il dans un autre écrit de Tolkien ? De même, Tolkien s'est-il exprimé sur la condamnation du suicide ?

Quelques questions plus particulières :

1. (introduction - 2° : problématique générale - 5e § - p.3) J'ai aussi un peu "tiqué" sur ton affirmation comme quoi le christianisme a fini souvent par "décréter sataniques" les récits arthuriens. Quelles sont tes sources ? Peux-tu argumenter ?

2. (Partie I - 2 - 1e § - p.7) Tu écrits : "La perception générale que l'on a des elfes ou des nains aujourd'hui est fortement conditionnée par l'œuvre de Tolkien (…) dans la mesure où la réécriture de ces êtres mythiques est beaucoup plus souvent de l'ordre de la transgression que de celui du décalque"
Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire. De quelle transgression parles-tu ?

2 bis. Dans le même paragraphe, lorsque tu parles de noter "un nombre mineur de ces relations", de quelles relations s'agit-il ? De celles entre les archétypes et l'utilisation particulière que Tolkien en fait ?

3. (idem - 3e § - p.7) Tu parles de la multiplication des listes de noms utilisés dans la tradition scandinave, auxquelles Tolkien aurait voulu redonner sens. Tolkien s'exprime-t-il à ce sujet ou est-ce une déduction des analystes ?

4. (idem - 10e § - p.8) Tu parles des "elfes de la tradition celte" et au paragraphe suivant de "légendes celtes". Peux-tu préciser ? Qu'entends-tu par "tradition celt(iqu)e"(*) ? Les celtes n'ont pas laissé d'écrit. Ce qu'on connaît de la mythologie des celtes provient essentiellement de l'archéologie ou des écrits des romains. Dans ceux-ci, je ne me souviens pas avoir entendu parler d'elfes. Fais-tu allusion à des récits postérieurs christianisés ou à des contes transmis par le folklore et la tradition populaire ? Penses-tu à des légendes des pays dits de tradition celtique c'est-à-dire Irlande, Pays de Galles, Cornouailles, Bretagne, Ile de Man et Ecosse ? A certaines œuvres littéraires ? Autrement dit, quelles sont ces "légendes celtes" qui parlent des elfes ?

5. (idem - 14e § - p.9) "(…) Fenrir, à qui Tyr donne son bras de manière volontaire et sacrificielle, permet au héros de prendre le rôle mythique du "contrat"" (…) s'il y a sacrifice chez Beren, c'est uniquement pour l'objet de son amour, Luthien, et non pour un contrat de paix de type indo-européenne". Peux-tu développer cette notion de "contrat" ? et qu'est-ce que tu entends par "paix de type indo-européenne" ? Pardon pour mon ignorance, mais je ne vois pas ce que tu veux dire. Peux-tu m'éclairer ?

Oups… Je me rends compte que j'ai encore beaucoup de questions… et que mon intervention est déjà fort longue. Il vaut sans doute mieux que je continue dans un message suivant… A moins que tu ne préfères que les questions aboutissent sur ton email ? D'ailleurs tu peux aussi utiliser le mien, si tu préfères y répondre par ce biais. Je m'en voudrais beaucoup d'ennuyer d'autres lecteurs de ce fuseau…

Amicalement,
Ylem

(*) L'historien Ch. Guyonvarc'h, souvent considéré comme une référence française en matière d'histoire de la civilisation celtique, préconise d'utiliser le terme "celte" = substantif à valeur ethnique / et "celtique" = adjectif à valeur linguistique et religieuse.

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