J'ai en effet soutenu mes recherches en fin septembre (comme il est d'ailleurs précisé, avec l'université et le directeur de mémoire en tête de l'intitulé, dans la section "essais"). Tout s'est très bien passé.
A propos de Saint Augustin, je ne connais que des rapprochements ponctuels effectués par quelques critiques, comme Jane Chance que je cite à ce sujet, mais je trouve depuis longtemps qu'il y a un certain nombre d'affinités claires entre ces deux oeuvres (que je développerais peut-être dans un prochain fuseau.
Pour la critique chrétienne de l'oeuvre sur un plan plus général, les livres-phares sont "Tolkien : A Celebration", collectif dirigé par Joseph Pearce et "Tolkien : Man and Myth", une biographie littéraire du même auteur. Ces deux ouvrages sont disponibles chez HarperCollins.
1. J'ai du mal m'exprimer puisque tu tiques comme Vinyamar - je ne voulais aucunement dire que "le christianisme" condamne les récits arthuriens. Je parle seulement d'une frange d'auteurs chrétiens qui détournent systématiquement le fonds celtique comme l'auteur de la (cependant très intéressante) "Queste del saint Graal" ou bien Boron. La perception arthurienne commune est aujourd'hui issue de ces auteurs plus que de Monmouth, Chretien de Troyes ou du "Lanval" de Marie de France. La Continuation-Gauvain fut stupidement baptisée "première continuation de Perceval", tout comme le conte du Graal fut et est encore stupidement ré-intitulé "roman de Perceval"(alors que rien chez Chrétien de Troyes ne laisse droit à pareille surinterprétation) pour les mêmes raisons qui veulent que ce Perceval soit un archétype chrétien. Or, c'est complètement faux - les thèses de Jean Frappier sont de nos jours invalidées par les spécialistes. Attention, je ne nie pas qu'il s'agit d'un très grand chercheur (on lui doit, par exemple, une très bonne édition de "La Mort le Roi artu"), mais sur ce point, il était à côté de la plaque.
La Continuation-Gauvain, donc, qui suit de quelques décénnies l'oeuvre de Chrétien, est intéressante en ce qu'elle constitue un pivot. Elle contient des passages particulièrement païens (ainsi, la branche consacrée à Caradué) mais commence une entreprise de christiantisation qui dépasse l'attitude de Chrétien de Troyes en introduisant l'idée (suivie par Boron et les autres) que le Graal contenait le sang du Christ recueillt par Joseph d'Arimathie, et que la lance qui saigne serait celle de Longin.
Il n'y a rien de tout ça chez Chrétien, et l'hostie dans le Graal est le seul signe chrétien du château du Graal au milieu d'une ribambelle de motifs indo-européens. Bref, revenons au traitement des personnages arthuriens. Dans le Conte du Graal, Gauvain, quoiqu'en dise Jean Frappier, n'est pas un anti-héros, bassement courtois, ni Perceval un héros celeste. Chrétien de Troyes ne juge pas ses personnages comme le ferait, un contemporain, porté sur l'allégorie morale. Ce n'est pas son cas, cet auteur, pour notre grand plaisir, préfère l'art de la narration. Il ne faut pas lire cette oeuvre au rebours de la production arthurienne postérieure. J'avais écrit deux dissertations sur ce sujet lorsque j'étais en licence; si je pouvais mettre la main dessus, je t'en ferais part volontiers : je m'y étais concentré sur les "a priori" critiques vis-à-vis de cette oeuvre :-)
L'auteur cistercien de "La queste del Saint Graal" ne traitera pas Gauvain avec la tendresse amusée que lui voue Chrétien de Troyes. Non, ce champion de courtoisie est décidemment incompatible avec le modèle de vertu austère que cherche à ériger cette oeuvre allégorique. Lancelot aussi est un pécheur indigne. Perceval lui-même (ce qui montre que l'auteur ne partageait pas la lecture qu'en fait Frappier) ne suffit pas. Aussi en vient-on à créer cet être éthéré, qui n'a plus rien de celtique, Galaad. Gauvain est devenu diabolique. Or, ce chevalier est, je crois, l'esprit même, plus que Lancelot ou Perceval, du monde arthurien. Rappelons que c'était le personnage le plus apprécié, et que l'auteur de "Sir Gawain and The Green Knight", bien que le dérobant également à son caractère original, n'en fera pas une telle caricature (sans doute parce que le Gauvain anglais est plus facile à accepter que le Gauvain français...:-)).
Donc, je considère simplement que CERTAINS auteurs chrétiens ont recréé la légende arthurienne telle qu'ils auraient voulu qu'elle soit, en y condamnant certains personnages centraux comme Gauvain ou Merlin (je réitère : celui de Geoffrey of Montmouth n'est pas celui qu'en fera Robert de Boron). C'est ce que je voulait dire par "décréter satanique". Rappelons-nous ce qu'apprennent Paolo et Francesca du sort de Lancelot et Guenièvre. Ma foi, je suis bien persuadé que Chrétien de Troyes ne les jugait pas sous cet oeil.
2. Ca, c'est une approximation de vocabulaire de ma part et je m'en excuse (et tu tapes juste, car mon directeur de mémoire me l'avait signalé également!). Plutôt que "transgression", le mot "modification" serait plus valable. Bien que je n'en sois pas satisfait non plus...
2. bis : oui. :-)
3. C'est une déduction de Tom Shippey, si je me rappelle bien. Et j'avais été convaincu par cette idée. Donner de la profondeur aux noms qui portaient une histoire perdue me semble rejoindre ce travail (que Tolkien revendiqua) de recherche fictionnelle d'une mythologie perdue. Certes, il s'agit ici d'une thula scandinave et non une trace de l'ancienne culture anglo-saxonne, mais le cousinage de ces deux tradition ne laissait pas Tolkien indifférent, come l'ont montrées quelques études comparatistes sur l'influence des Eddas sur le légendaire (qui du reste pouvait être déduite de son essai sur les Conte de Fées).
à suivre...
Cirdan

