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Le Poeme (Three Rings for the Elven-kings ...)
#1

Three Rings for the Elven-kings under the sky,
Seven for the Dwarf-lors in their halls of stone,
Nine for the Mortal Men doomed to die,
One for the Dark Lord on his dark throne,
In the land of Mordor where the Shadows lie,
One Ring to rule them all, One ring to find them,
One ring to bring them all and in the darkness bind them,
In the Land of Mordor where the Shadows lie.



Dans le deuxieme chapitre de son bouquin, Smadja fait une etude que je trouve personnellement interresante de ce poeme. Disons le tout de suite, ce genre d'analyse s'attache a des choses qui n'etaient pas necessairement conscient (ou meme inconscient) chez l'auteur. Il ne s'agit pas d'une analyse sur les intentions de l'auteur etaillee de nombreuses references aux ouvrages posthumes ou aux lettres de JRR mais d'une analyse du poeme en tant que tel.
Je conviens que ce genre de demarche prend le risque de faire dire tout et n'importe quoi a un poeme (le summun etant probabement le poemes des voyelles et des couleurs de Rimbaud ou l'explication la plus simple et qu'il --Rimbaud-- venait d'etre viole durant la commune et qu'il n'allait pas tres fort) mais je ne soucript pas a l'opinion de Cirdan sur la critique litteraire et je trouve la demarche a la fois legitime et interressante.

Bref, l'idee n'est pas de relancer le debat sur la critique litteraire mais de discuter sur le poeme lui meme. Je vais donc m'efforce de resumer partiellement le propos de Smadja. J'ai bien peur que cela soit un bien pietre resume, d'un cote je cite sans vergogne l'auteur de l'autre je saute des pans entiers de son argumentation. Bref si vous voullez "demonter" Smadja et non ma pauvre tentative de resume (de l'analyse du poeme faite au chapitre deux de son bouquin), il vous faudra rendre visite a votre libraire favorit et lire le bouquin ou du moins le chapitre en question.


Debut resume


Ce poeme occupe une place centrale dans le SdA. Il est place en exergue des trois tomes (en tout cas dans mon edition). Il apparait dans le recit lorsque Gandalf jette l'anneau dans le feu chez Bilbo. L'hypothese de Smadja est que le charme opere par le SdA tient en partie a la poesie qui emane de ce seul poeme.

Mal et poesie sont chez Tolkien inextricablement lies, tout se passant comme si la tentation du pouvoir se devait d'etre doublee d'une seduction poetique.
Le poeme est fort reussie, l'effet poetique est indeniable et sa composition montre qu'il s'agit du resultat du travail conscient de l'auteur (ce n'est pas poetique par "hazard" mais parceque JRR la voullu et a employee un certain nombre de procedes poetique).
Associant pouvoir et seduction, mort et poesie, beaute et malefice, l'inscription gravee sur l'anneau instaure une ambiguite fondamentale et ammene la question: que viennent faire beaute et poesie dans un anneau forge "en pays de Mordor" et tout entier conscare a la mort et a l'asservissement.

Il n'y pas de verbes dans les trois premiers vers (un seul verbe conjugue dans le cinq premier. JRR cree ainsi une unite entre l'idee (il s'agit de lier, de petrifier, d'asservir) et le style (absence de verbe sugerant l'abscence d'action volontaire, la soumission). Cette abscence de verbe induit une intemporalite, une fixite inquietante. Le premier verbe conjugue:

In the land of Mordor where the Shadows lie,

conforte cette idee. Les 5 premiers vers produisent un effet quasiment hypnotiques dans une ambiance de mort et d'ombres. Par contre, l'action apparait lors des trois derniers vers:

One Ring to rule them all, One ring to find them,
One ring to bring them all and in the darkness bind them,
In the Land of Mordor where the Shadows lie.

To rule/to find/to bring/to bind. L'agencement de ces verbes evoquant des actions, les rend imperieux, temoigne d'une volonte implacable, presqu'irresisitible (l'infitif ayant ici fonction d'imperatif). Il semble que l'on ne puisse pas plus s'oppose aux actions des derniers vers qu'a l'etat de fait decrit par les premiers.

Smadja voit dans le premier vers une allusion voile aux trois Rois mages "sous le ciel" (note perso: mon ignorance m'empeche de saisir) et donc la sugestion d'une naissance. Quoiqu'il en soit ca ce gate vite, "halls of stone" renvoie a l'idee de tombeaux et le troisieme vers et tout entier tourne vers la mort:
Nine for the Mortal Men doomed to die,
Les hommes y sont designes uniquement et de maniere redondante en referance a la mort. La coloration globale du poeme se confirme au 4eme vers
One for the Dark Lord on his dark throne.
Ensuite le "pays de Mordor" apparait naturellement comme une forme poetique du "pays des morts" ainsi que les ombres qui s'etendent evoquent l'appel des ames mortes errant en quete des vivants.
L'anneau donne pouvoir sur la mort et sur les Mortal Men doomed to die . L'anneau donne puissance sur le monde des morts. Sauron createur de l'anneau, avide de destruction ne songeant qu'a regner sur un monde d'ombre et de morts, serait l'antithese de Dieu, creant la vie et soucieux de laisser leur libre arbitre au hommes. (note perso: l'Anneau est melange de feu -- lettre de feu, revelation des inscription part le feu, forge dans un volcan -- et d'ombres comme le baldrog).


Interressons nous maintenant au decompte des anneaux: Three Rings, Seven, Nine, One, One Ring, One Ring, One Ring. Si on fait la somme on obtient 23, cependant selon Gandalf, il n'y a que 20 anneaux, un seul anneau, l'Unique en faisant trois (Note perso: 23 est un nombre premier mais pas 20). Sans Gandalf serions nous capable de dire s'il existe a part les trois, les sept et les neuf premiers anneaux un seul anneau pour le Seigneur tenebreux (comme le dit explicitement Tolkien) ou bien trois: un pour les gouverner, un pour les les trouver et un pour les lier.
J'imagine que vous voyez ou Smadja veut en venir: quel est donc "l'Unique" quoi en fait Trois sinon Dieu lui memem, Pere, Fils et Saint-esprit ?
Sauron comme Dieu lui-meme, "ne permet pas que son nom soit ecris ou prononce" (II p 22 SdA Folio Junior, 2000).

Pour sortir du mystere des trois qui ne fond qu'un, Smadja sugere une structure circulaire au poeme (a l'instar de l'Anneau), le premier vers se refermant sur les trois derniers:
Three Rings for the Elven-kings under the sky,
One Ring to rule them all, One ring to find them,
One ring to bring them all and in the darkness bind them,
In the Land of Mordor where the Shadows lie.

Les anneaux des Rois-elfes (incarnation du bien et de la quete de vie), implicitement incarnent egalement Mort et Destruction (les deux avant derniers vers sont ceux graves sur l'Anneaux). Si on suit cette logique, les Rois-elfes deviennent tout autant des servants de Sauron que de Dieu.
Gandalf dit a Frodon a propos de l'inscription de l'anneau:"Les lettres sont de l'elfique, d'un mode antique, mais la langue est celle de Mordor, que je ne veux pas prononcer ici". Ce lien entre alphabet elfique et langue de Mordor est une autre illustration de cette fusion entre le Bien / Rois-elfes et le Mal/ Seigneur Sauron (Note perso: d'ailleurs les elfes sont etroitement associes a la creation des anneaux meme s'ils ont ete trompe par Sauron comme nous le dit Tolkien).

Par ailleurs, Gandalf et l'Anneau de Sauron surmontent miraculeusement le meme type d'epreuves. L'Anneau triomphe de deux perils sans alteration aucune: "l'eau profonde", lorsque perdu par Isildur "il tomba dans les sombres etangs et disparut de toutes legendes et de toutes connaissances", et le peril du feu qui le revele sans le faire fondre (ou meme eleve sa temperature). De meme Gandalf ne devient blanc qu'apres avoir disparut pendant un temps dans l'abime et avoir ete contraint par un baldrog a triompher de "l'epreuve du feu et de l'eau profonde" (II, p 154 desole je donne pas tous les pointeurs au texte du SdA). On pourrait aussi croire avant de commencer la lecture "le Seigneur des Anneaux" regne sur "La Communaute de l'Anneau" alors que le contenu de l'ouvrage les opposse au contraire.

L'idee de Smadja n'est pas que Tolkien est consciement forge ces ambiguites mais de dire que si le poeme fascine (et plus generalement le SdA) c'est du fait de ces ambiguites meme, de ce melange du Bien et du Mal et peut etre surtout du Mal et du Beau (en rupture avec la pense platonicienne qui associe le bien au beau)

Fin resume

Il aurait ete sans doute plus efficace de taper le chapitre en entier, mais non seulement cela fait un peu long mais surtout cela poserait probablement trop de problemes de proprietes intellectuelles. Quoiqu'il en soit, je trouve personnellement la lecture de l'originale (chap 2 du bouqin de Smadja) interressante et donc la conseille. Cela ne veut pas dire qu'elle a raison (ou tord d'ailleurs).

Quoi qu'il en soit j'imagine que les forumistes on beaucoup a dire sur ce poeme en tant que tel et pas uniquement par rapport au bouquin de Smadja (une courte recherche avec le moteur, ne m'a pas permis de trouver de discussion sur ce sujet precis).

CdC

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