Bon, je suis assez d'accord sur un point. L'analyse fonctionne assez souvent par assertions ou meme par interrogations et non par demonstration. Smadja prend rarement le temps d'approfondir, de demontrer de maniere rigoureuses dans ce chapitre.
Cependant souleve des idees n'est pas en soit meme totalement inutile meme si cela n'est pas tout surtout quand on pretend convaincre.
On pourrait aussi dire qu'elle tombe dans le pamphlet, ce qui a ses limitations mais aussi son interet.
Enfin je continue de me faire l'avocat du diable.
Je n'ai pas vu ce qui permet d'afirmer que gramaticalement
1= 1 = 1 (il est trois fois question du même Anneau) et non 1/1/1 = 3.
Je veux dire comment l'ambiguite potentiel est levee par l'analyse syntaxique. Le poeme dit:
One Ring to rule them all, One ring to find them,
One ring to bring them all and in the darkness bind them,
et non :
The one Ring to rule them all, to find them,
to bring them all and in the darkness bind them,
ou quelques choses du meme genre qui leverait toutes ambiguites.
bref je ne saisie pas ton argument (constat d'ignorance et pas de desaccort).
Smadja prend comme exemple le poeme de Nerval comme illustration du fait que l'adjectif "tenebreux peut avoir une connotation autre que malefique et mortifere, voire oppose (avec en bonus l'attrait --romantique-- du mystere) -- de meme "Un beau tenebreux" de Gracques n'est pas un roman sur la beaute du mal. L'idee est de montre que Tolkien n'est pas a la recherche "d'images poetiques et puissantes" voire romantique mais de quelques choses d'autre. C'est, je crois, une justification a peu pres valable d'un point de vue methodologique de l'usage du poeme de Nerval.
Par ailleur le premier reflexe de Semprini a ete d'evoquer la beaute du mal chez les romantiques et les poetes maudits, on pourrait dire que Smadja se sert du poeme de Nerval pour montrer ou du moins illustrer le fait que ce n'est pas la meme demarche chez Tolkien et que vue la reaction de Semprini ce n'est pas gratuit(maintenant on pourrait en effet dire qu'elle aurait du choisir un poeme anglais).
Bon, "les demeures de pierre", en effet, si on regarde le texte explicite (qui suit le poeme) cela ne fait pas reference au tombeau. Mais ce n'est pas la demarche de Smadja au contraire, en conclure que cela prouve son ignorance complete des nains tels que decrit par le texte est injuste (Smadja a lu le SdA en Francais et en anglais si elle est honnete dans sa bibliographie, quand bien meme elle n'aurait lu que cela c'est assez pour savoir que le texte n'associe pas la pierre a la tombe quand il s'agit des Nains).
D'autant que si on prend le poeme tel quel, a priori, ce qui est le cas du lecteur la premier fois qu'il ouvre le SdA, cette image est parfaitement possible (et meme apres connaissance du legendaire on pourrait dire qu'il y a possible ambiguite entre le texte explicite et l'interpretation implicite et inconsciente possible -- "Seven for the Dwarf-lors in their halls of stone," n'est pas a priori un vers plein de vie et de mouvement).
Encore une fois, l'hypothese de Smadja est que le charme opere par le SdA tient en partie a la poesie qui emane de ce seul poeme. Je me repete mais c'est en effet ce que le lecteur decouvre en premier a chaque fois qu'il ouvre un des tomes. Par ailleurs, encore, l'hypothese de Smadja est que les images induites implicitement et inconsciament par le poeme sont en contradiction avec le texte (et que cela est une des causes de la fascination du lecteur). Ainsi le fait que le Silamarion ou toutes autres part du legendaire dise le contraire, n'est en rien contradictoire avec son discour (en fait cela va plutot dans son sens).
Dans le chapitre 2, qu'est ce qui permet de dire qu'elle n'a pas lu le Silmarion ? Puisque sa demarche est de montrer l'ambivalance entre le texte du poeme (et plus generalement du SdA) et "le sous texte ou le mesage implicite" en quoi est ce problematique que le message implicite soit en contradiction avec le texte explicite des Lettres, du Silamrions ou d'autres ouvrages publies a titre posthumes ?
Elle ne le cite pas dans sa bibliographie ? En effet elle ne l'utilise pas. Elle devrait l'utilise ? Peut etre mais pas sur, si l'on considere sa demarche et son but (je me restreint a ce fameux chapitre 2).
Considerer les contradictions entre ce qu'elle dit etre le sous texte du poeme et l'ensemble du texte explicite et explicatifs du legendaire, assierrait certes de maniere beaucoup plus solide sa these, cependant le livre changerait de taille et d'ampleur voir de sujet. Le style pamphletaire n'est pas necessairement inutile et vain quand il s'agit de soulever des idees.
Ceci dit, elle illustre un peu son idee a partir du SdA (le lettrage elfique de l'Anneau, le parallele entre les epreuves de l'Anneaux et celle de Gandalf, la contradiction apparente a priori entre la denomination "Communaute de l'Anneau", "Seigneur des Anneaux" est leur but dans le texte, a cela on pourrait ajouter que le role des Elfes d'Eregion dans la creation des Anneaux, le fait que la destruction de l'Unique provoque le depart des elfes).
Bref, la critique de Semprini (l'association du Mal et du beau est plus le propre de la poesie romantique que de Tolkien), n'est pas en fait une critique du chp. 2 de Smadja puisqu'elle parle d'une association du Bien, du Mal et de la Beaute du Mal.
Et si je suis assez d'accord avec Vincent pour dire que Smadja tend souvent a assener plus qu'a demontrer et a considere qu'emettre une problematique est une preuve en soit, dire que les conclusions du chapitre sont nies par le texte est ne pas voulloir comprendre sa methode qui au contraire est de chercher des contradictions/ambivalances entre le texte et le "sous texte" (ca fait genre, non ;-) ou le sens implicite. De ce point de vue, ce n'est pas non plus une critique de sa methode.
Ceci dit, Smadja n'est pas seule au monde. Il y a necessairement d'autres manieres de lire le poeme. Mais le poeme occupe une place si importante dans le SdA (tant dans le texte et l'intrigue elle meme que du fait qu'il est en exergue des trois tomes), il a une tel force poetique, un tel pouvoir de fascination que je trouverais surprenant que la seule lecture possible soit une lecture narative et explicative.
CdC
PS A propos l'Anneau unique a t'il un nom ?

