03-09-2003, 20:58
Fatigante cette rentrée, comme toutes les rentrées me direz-vous ; certes, mais néanmoins fatigante ; aussi, pour me changer les idées, je passe à Marbot, librairie de Périgueux, histoire de voir si quelques nouveautés attendues sont arrivées. Nulle nouveauté attendue, ni même ce livre commandé il y a maintenant trois semaines et qui a désormais toutes les chances d’être épuisé…Vraiment pas mon jour me disais-je sur le point de sortir lorsque mon regard est accroché par un petit livre au papier bible et à la couverture bleue caractéristique des dictionnaire des éditions Brepols : Dictionnaire des Fées et du peuple invisible dans l’occident ancien.
Rien que ça, vaste programme ; et si ? et si ? et si l’auteur avait pensé à inclure la mention ancienne des hobbits, me demandai-je à la lecture de ce titre fleuve ? Car Tolkien, vous le savez, n’a pas inventé le terme « hobbit ». Me voilà qui feuillette le livre, retrouvant un plaisir similaire à celui éprouvé dans la librairie du Louvre; à plusieurs reprises, en effet, lors de raids culturels sur la capitale, j’y avais repéré un ou deux ouvrages identiques, l’un sur les symboles, l’autres sur la mythologie grecque, me contentant de les feuilleter (c’est qu’ils sont énormément onéreux les dictionnaires en papier bible des éditions Brepols...), tout acquis au concept du dictionnaire thématique. Car je fond souvent devant un dictionnaire : c’est beau un dictionnaire ; d'abord "ça en jette" toujours (ainsi ce Dictionnaire des fées... avec ses 50 euros et ses 1041 pages!); et puis, il faut de la patience, du travail, des efforts infinis pour collationner tant d’informations précises, pointues, …exactes. À l’écriture de ces derniers mots, je me dois de préciser ma pensée : « c’est beau un bon dictionnaire ». Décidément, ce fichu mercredi n’était pas mon jour ; après la fatigue et le dépit voilatipas que venait s’ajouter l’exaspération. Certes l’entrée « Hobbit » existait, mais elle renvoyait à « Bilbo Bagins ». Bon, ne soyons pas si pointilleux, c’est déjà très bien qu’il y ait une entrée « Bilbo » (p.90) pensai-je en consultant la dite entrée. Le problème resurgit toutefois lorsque la notice juge bon de conclure en précisant que « Frodo (…) guidé par Gandalf, se chargera de porter [l’anneau] en lieu sûr à travers de nouveaux combats ». Je suis peut-être un trop jeune lecteur du Seigneur des Anneaux, mais depuis quand Frodo, porteur de l’anneau, doit « le porter en lieu sûr » ? mmhh, ne soyons pas trop pointilleux là non plus, ne jouons pas au fanatique intransigeant, peut-être est-ce là seulement une malheureuse formulation. J’aurais dû me contenter de cela, revenir calmement à mon appartement, lire et me reposer ; je ne savais pas qu’elle terrible erreur je faisais suivant un renvoi vers la notice sur « Gandalf le Gris » (p.370). Le tout début de la notice (rahh ! traîtrise que ce début) était « correct » : ainsi apprend-on que Gandalf est un « vieux magicien », personnage « prépondérant » de la « trilogie du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien »... Je me dis que c’est magnifique un auteur qui connaît les initiales de Tolkien ; après tout, un article sur Gandalf n’est pas censé nous dévoiler son appartenance aux Istari, encore moins son rôle de porteur d’un des trois anneaux elfiques ou bien sa mort face au Balrog et sa résurrection ; je suis tellement nigaud : il fallait laisser le lecteur libre de découvrir par lui-même de telles découvertes, la notice n’étant qu’un simple déclencheur de curiosité ; quelle grâce, quelle virtuosité, quelle sens de l’ellipse et du mot ciselé ! ! Très vite pourtant, ce n’est plus une note sur Gandalf mais un résumé du seigneur des Anneaux qui nous est offert ; enfin, « offert »… à moins que ce ne soit « résumé » qui ne pêche dans ma phrase ; je dois manquer de vocabulaire. Ainsi découvre-t-on
C’est à cet instant que j’ai décidé d’acheter un stylo Bic au rayon papeterie pour noter cette synthèse époustouflante et vous en faire part… L’absence de Sam, d’Aragorn et de Boromir dans la Compagnie ; Aragorn qui devient Aragora et, à y être, un géant sympa (mais, bon sang, mais c’est bien sûr, avec un nom comme Grand Pas, ce ne pouvait être qu’un géant) ; Saurimane [sic] devenu un œil et maître de Sauron devenu une bouche ; Frodo le sauveur super-héros ; Frodo qui perd plusieurs de ses compagons… devant tant de découvertes aussi renversantes les une que les autres, je me suis dit que nous avions en l’auteur de ce dictionnaire rien moins que le découvreur d’un manuscrit perdu de Tolkien (peut-être le manuscrit de 1947 avant que Tolkien ne découvre le choix éditorial de la réédition de Bilbo ?). Ou alors, ou alors, l’auteur de ce beau dictionnaire cartonné et en papier bible (Catherine Rager) se fout vraiment de ses lecteurs. C’est possible, mais je dois être trop soupçonneux. Elle connaît tant de mystère. Ainsi, p.130, elle nous apprend que « dans le Seigneur des Anneaux, de Tolkien, les terribles cavaliers noirs sont des monstres, engendrés par les orques unies à des gobelins »…Quand je vous dis que cette Catherine Rager à accès à des manuscrit inédits depuis près de 50 ans et radicalement différent de la version définitive ; vraiment de quoi nous faire en-Rager ! !
Sosryko
Rien que ça, vaste programme ; et si ? et si ? et si l’auteur avait pensé à inclure la mention ancienne des hobbits, me demandai-je à la lecture de ce titre fleuve ? Car Tolkien, vous le savez, n’a pas inventé le terme « hobbit ». Me voilà qui feuillette le livre, retrouvant un plaisir similaire à celui éprouvé dans la librairie du Louvre; à plusieurs reprises, en effet, lors de raids culturels sur la capitale, j’y avais repéré un ou deux ouvrages identiques, l’un sur les symboles, l’autres sur la mythologie grecque, me contentant de les feuilleter (c’est qu’ils sont énormément onéreux les dictionnaires en papier bible des éditions Brepols...), tout acquis au concept du dictionnaire thématique. Car je fond souvent devant un dictionnaire : c’est beau un dictionnaire ; d'abord "ça en jette" toujours (ainsi ce Dictionnaire des fées... avec ses 50 euros et ses 1041 pages!); et puis, il faut de la patience, du travail, des efforts infinis pour collationner tant d’informations précises, pointues, …exactes. À l’écriture de ces derniers mots, je me dois de préciser ma pensée : « c’est beau un bon dictionnaire ». Décidément, ce fichu mercredi n’était pas mon jour ; après la fatigue et le dépit voilatipas que venait s’ajouter l’exaspération. Certes l’entrée « Hobbit » existait, mais elle renvoyait à « Bilbo Bagins ». Bon, ne soyons pas si pointilleux, c’est déjà très bien qu’il y ait une entrée « Bilbo » (p.90) pensai-je en consultant la dite entrée. Le problème resurgit toutefois lorsque la notice juge bon de conclure en précisant que « Frodo (…) guidé par Gandalf, se chargera de porter [l’anneau] en lieu sûr à travers de nouveaux combats ». Je suis peut-être un trop jeune lecteur du Seigneur des Anneaux, mais depuis quand Frodo, porteur de l’anneau, doit « le porter en lieu sûr » ? mmhh, ne soyons pas trop pointilleux là non plus, ne jouons pas au fanatique intransigeant, peut-être est-ce là seulement une malheureuse formulation. J’aurais dû me contenter de cela, revenir calmement à mon appartement, lire et me reposer ; je ne savais pas qu’elle terrible erreur je faisais suivant un renvoi vers la notice sur « Gandalf le Gris » (p.370). Le tout début de la notice (rahh ! traîtrise que ce début) était « correct » : ainsi apprend-on que Gandalf est un « vieux magicien », personnage « prépondérant » de la « trilogie du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien »... Je me dis que c’est magnifique un auteur qui connaît les initiales de Tolkien ; après tout, un article sur Gandalf n’est pas censé nous dévoiler son appartenance aux Istari, encore moins son rôle de porteur d’un des trois anneaux elfiques ou bien sa mort face au Balrog et sa résurrection ; je suis tellement nigaud : il fallait laisser le lecteur libre de découvrir par lui-même de telles découvertes, la notice n’étant qu’un simple déclencheur de curiosité ; quelle grâce, quelle virtuosité, quelle sens de l’ellipse et du mot ciselé ! ! Très vite pourtant, ce n’est plus une note sur Gandalf mais un résumé du seigneur des Anneaux qui nous est offert ; enfin, « offert »… à moins que ce ne soit « résumé » qui ne pêche dans ma phrase ; je dois manquer de vocabulaire. Ainsi découvre-t-on
« Gandalf insister pour que Bilbo lègue [l’anneau] de son vivant à son neveu Frodo, afin que celui-ci le détruise. Il faut pour cela gagner le royaume de Mordor et jeter l’anneau dans la montagne de Feu. Frodo, deux de ses fidèles camarades, le magicien Gandalf, l’elfe Legolas et le nain Gimli, représentants des forces positives, entreprennent un périlleux voyage où ils doivent se défendre contre les terribles cavaliers noirs de Mordor, contre les orques monstrueuses et, dans les mines de Moria, contre un génie du Mal, Balrog. Une belle dame elfique, Galadriel, vient à leur aide, ainsi qu’un géant, Aragora, dit Grand Pas. L’ennemie N°1 est Saurimane, une sorte d’ange rebelle, devenu, avec le temps, un seul œil énorme, tandis que son serviteur Sauron n’est plus qu’une grande bouche. Frodo ramènera la paix et sauvera l’humanité, mais au prix de la perte de plusieurs de ses compagnons. »
C’est à cet instant que j’ai décidé d’acheter un stylo Bic au rayon papeterie pour noter cette synthèse époustouflante et vous en faire part… L’absence de Sam, d’Aragorn et de Boromir dans la Compagnie ; Aragorn qui devient Aragora et, à y être, un géant sympa (mais, bon sang, mais c’est bien sûr, avec un nom comme Grand Pas, ce ne pouvait être qu’un géant) ; Saurimane [sic] devenu un œil et maître de Sauron devenu une bouche ; Frodo le sauveur super-héros ; Frodo qui perd plusieurs de ses compagons… devant tant de découvertes aussi renversantes les une que les autres, je me suis dit que nous avions en l’auteur de ce dictionnaire rien moins que le découvreur d’un manuscrit perdu de Tolkien (peut-être le manuscrit de 1947 avant que Tolkien ne découvre le choix éditorial de la réédition de Bilbo ?). Ou alors, ou alors, l’auteur de ce beau dictionnaire cartonné et en papier bible (Catherine Rager) se fout vraiment de ses lecteurs. C’est possible, mais je dois être trop soupçonneux. Elle connaît tant de mystère. Ainsi, p.130, elle nous apprend que « dans le Seigneur des Anneaux, de Tolkien, les terribles cavaliers noirs sont des monstres, engendrés par les orques unies à des gobelins »…Quand je vous dis que cette Catherine Rager à accès à des manuscrit inédits depuis près de 50 ans et radicalement différent de la version définitive ; vraiment de quoi nous faire en-Rager ! !
Sosryko

