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Une mythologie pour l'Angleterre
#28
Diable ! pourquoi donc laisser tomber en désuétude un sujet aussi passionant ?!
les intrications mutuelles qui tissent en un maillage serré les termes de mythologie, mythe, légendes, et ceux qui leurs gravitent autour sont assurément une source féconde de dévellopements à recouper avec l'univers tolkiennien... Je me rattacherais tout d'abord aux distinctions fournies par Moraldandil quand au principe téléologique "explicatif " qui semble sous-tendre la matière du mythe, et que le conte ou la légende ne contient qu'en recours secondaire et altéré, en tant qu'ancrage dans la sphère pragmatique et morale...
Comme on l'a dit ici, le mythe semble fonder et cristalliser en lui l'identité d'un groupe social déterminé, et participe d'un sentiment collectif d'appartence qui s'y réfère alors comme une autorité originaire à laquelle on accorde effectivement sa foi... Il est en cela un modèle, relève de l'idéal, et en vient à former concept en tombant dans l'expression proverbiale...
La mythologie serait alors l'enchevêtrement systèmatique et cohérent de plusieurs mythes, et fonderait l'ancrage identitaire d'un peuple... Je ne puis m'avancer par manque de connaissances, mais il me semble que le mythe est chaque fois à rattacher à une mythologie particulière, en cela qu'un mythe isolé paraît inadéquat à remplir le rôle qu'on lui assigne au sein d'une mythologie développée... Peut-on extraire le mythe de la tour de babel du cadre chrétien qui tisse avec et autour de lui la structure explicative et téléologique de sa matière ?
Par là, il me semble également que le conte ou la légende, bien que prenant part à une intersubjectivité particulière, se suffisent à eux-mêmes dans la mesure où ils s'enracinent dans une culture et un imaginaire, mais restent en deçà de la teneur fondatrice, existentielle qui constitue le mythe et appelle une foi en lui... Pas besoin de croire en une légende pour apprécier les héros et les hauts-faits qui bâtissent l'architecture du merveilleux, et dès lors que l'on s'aventure sur le terrain du mythe comme on explore une belle région avec un appareil photo, comme un bel objet, on lui retire toute sa matière proprement mythique, la part affective et subjective qu'elle recèle par essence... D'où une certaine perméabilité, le mythe pouvant dériver, dès lors qu'il perd son ancrage dans une intersubjectivité, vers la légende...
Dès lors, pour revenir à tolkien, si l'on s'en tient à la définition du mythe apportée par moraldandil, tolkien n'a pas construit une mythologie dans la mesure où son oeuvre est inachevée, incomplète, et surtout qu'elle réside dans la plupart des esprits comme un "bel objet", une prouesse de technicité quand aux langues et une merveille d'inventivité quand au récit... Il lui manque en ce sens la finalité anthropique et sociétale du mythe au sens strict... mais finalement, ne peut-on pas alors concèder à l'oeuvre de tolkien une dimension non mythologique mais mythique, seulement après avoir chargé ce dernier terme de son acception commune moins rigoureuse ? il me paraît que tolkien a bien fondé un mythe, non comme autorité thématique qui caractèrise une société, une culture, une religion et en identifie sociétalement les membre, mais bien plutôt à titre de modèle littéraire et légendaire (cf moraldandil et vincent ) qui ramène à lui, indifférement à toute détermination sociétale, culturelle, linguistique (propres au mythe au sens strict ), des individus qui s'identifient à une littérature transcendante à tout type de culture "objective"( qui contient sa morale, ses rites, ses pratiques comportementales, son art, sa technique...), et qui inaugure une sphère rassemblant des passionés... C'est pour ces derniers que l'oeuvre de tolkien est "mythique" car elle fonde une identité transcendante à tout type culturel déterminé, une identité métaculturelle... Je pense que l'on peut dire que certes tolkien a fondé un légendaire, mais que dans la mesure où ces légendes suffisent à identifier des individus à leur matière, elles mobilisent l'affectif, les passions ( ô combien tolkien aura déchaîné ses "adeptes", et le terme en dit long sur le sujet qui nous occupe ), et outrepassent alors le simple champ du légendaire... Le terme de mythologie apparaît bien trop surdéterminé et "abusé", mais celui de mythe semble correspondre à l'autorité affective métaculturelle dont procède la "sphère" Tolkien...
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