Non, pas les sciences humaines. La surprise, puisque c'est moi qui coordonne le dossier, c'est que le point d'intérêt de la revue pour Tolkien c'est... Tolkien. Comme ça, cash. Pas en fonction du film, même si on en parlera sûrement. Pas en fonction des cohortes d'abrutis qui lui vouent une vénération irrationnelle (ca me fait toujours bizarre de me reconnaître dans cette description). Pas pour se demander s'il est raciste, misogyne et tralalère (même si je parlerai sûrement d'Isabelle Smadja). Non, juste pour le plaisir de discuter des textes d'un grand auteur qui (étonnant, non?) a des lecteurs, et pas seulement des fans.
Il m'a fallu un peu de diplomatie pour convaincre ma vénérable patronne que Tolkien entrait bien dans la case "grands auteurs" dont elle parle régulièrement. Un peu, mais pas trop non plus. En gros, elle me fait confiance. C'est une vraie chance, que je ne voudrais pas gâcher. Mon premier but est de mettre en place une mécanique argumentative suffisamment solide pour convaincre, tout simplement et tout modestement, que Tolkien mérite d'être lu. Comme sur le papier la place n'est pas infinie, nous avons choisi cette articulation "l'imaginaire et le sacré" (qui oui, ne se limite pas à l'imaginaire et le catholicisme). Elle nous a semblé a priori la plus féconde et la plus à même d'élever le débat.
Le dossier contiendra un texte d'Irène Fernandez sur les discussions entre Tolkien, Lewis et Hugo Dyson concernant l'articulation entre les mythes et le sacré. Ce texte est déjà écrit, sa chute "y a-t-il donc une théo-mythique comme il y a une théo-logie ?" en résume bien la problèmatique. Les galons universitaires d'Irène Fernandez en théologie assurent l'aile gauche de mon argumentation, côté "Sacré"
Il y aura aussi un inédit (en français) de Lewis commentant les poèmes de Williams sur Brocéliande. "Qui sait combien d’entre nous ont trouvé le chemin du salut au sein de Brocéliande ? " écrit Lewis. Même si le texte, où plutôt la série de fragments de texte, ne parle pas directement de Tolkien, il m'a semblé vraiment très éclairant et j'ai donc accepté avec Joie la traduction que m'en proposait Irène Fernandez. J'ai donc Lewis himself en arrière-garde, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas rien.
Je rencontre demain pour la première fois Pierre Dubois, qui sort chez Hoëbeke une grande encyclopédie des Elfes. C'est une autorité incontestable concernant "l'imaginaire". J'espère qu'il acceptera un entretien pour ce dossier. A vrai dire, je n'en doute pas une seconde. Il a déjà accepté avec plaisir de participer à la réunion de travail qui aura lieu demain à la Revue avec Michel Crépu, mon rédac' chef.
Il ne me manquait plus que l'avant-garde, les grands lecteurs de Tolkien. Ravi et toujours un peu ému (pourquoi "ému" est-il si souvent le bon mot lorsqu'on lit Tolkien ou que l'on rencontre des lecteurs de Tolkien?) de voir que vous répondez au quart de tour.
Bien entendu, je serai en première ligne, sabre (attention, arme courbe, donc vicieuse) au clair pour couper les têtes de préjugés et de malentendus concernant Tolkien.
Et puisque je vois Isabelle Smadja qui s'agite dans le fond de la salle, non la métaphore militaire "ne fait pas symptôme" de mes choix idéologiques. C'était juste pour la faire enrager. ;-)
Sérieusement, le dossier est presque bouclé. Il ne reste plus qu'un vrai travail à faire sur le papier d'ouverture, le mien. J'ai 15 à 20 000 signes. C'est long et c'est pas long. J'ai déjà ma petite idée sur ce que je veux dire, mais, puisque je sais que vous êtes, à juste titre, attentifs à chaque mot, autant, pour une fois en discuter un peu plus à fond. (un journaliste qui prend le temps de discuter, que se passe-t-il ? Je dois être malade.)
Mais cette contribution commence à être bien longue. Je préciserai ma pensée demain.
A bientôt donc,
Philippe
>>>Vincent
Merci beaucoup pour la référence.
Philippe

