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Tolkien dans la Revue des deux mondes
#41
Chers amis,

Merci tout d'abord pour vos messages de sympathie. Perdre un être cher au moment où l'on s'y attend le moins n'est jamais simple mais il faut continuer, vivre et espérer quand même. Foin de la tristesse donc, continuons.

Mon article sur "Tolkien, l'imaginaire et le sacré" et l'interview de Pierre Dubois sont repoussés à Mars, ce qui nous laisse plus de temps pour discuter. Normalement, l'inédit de Lewis et l'article d'Irène Fernandez paraissent quand même en décembre.

Je reprends donc ma thèse. "L'imaginaire, c'est la pureté ; le sacré, la miséricorde."

Sur les liens entre la miséricorde et le sacré, je n'ai pas grand chose à ajouter aux analyses d'Irène Fernandez. La quête s'achève avec succés parce que l'on n'a pas tué Gollum. La sagesse de Dieu est folie pour les hommes. Dieu triomphe du mal avec un grain de sénevé, parfois, au moyen d'un Hobbit. C'est fou, non ? C'est la vieille fable de David et Goliath, David gagne, contre toute vraisemblance. Un caillou de berger est plus redoutable qu'un géant de la guerre.

Le lien entre imaginaire et pureté est plus complexe. Vinyamar a commencé à développer, je continue.
L'imaginaire, c'est la pureté. Cela veut d'abord dire que la pureté n'existe pas. Elle est imaginaire. Dans le monde réel, n'est pur, sauf le rêve, l'ambition, le fantasme, la folie des hommmes (par opposition à la folie de Dieu). Hegel définit la folie comme "la raison présente en elle-même dans la propre négation". Il dit aussi, ce qui plus clair "le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison".
A mes yeux, Tolkien repousse l'allégorie parce qu'elle est circulaire, rationnelle, fermée sur elle même. L'anneau unique est une allégorie, celle de l'imagination. C'est une allégorie enfermée dans une histoire. L'anneau unique permet à chacun de transformer son imagination en réalité. C'est sa promesse, fourbe, évidemment, fourbe.
Il faut accepter de détruire l'anneau, c'est-à-dire de faire confiance à l'Histoire et non à l'imagination. Pour un catholique, l'Histoire a un sens, celui de la miséricorde et de la providence divine. "Ô mort, où est ta victoire ?", la vielle exclamation chrétienne prend tout son sens dans le Seigneur des anneaux. Sauron, où est ta victoire ? Le diable du non-être vaincu par un Hobbit. Ce n'est plus une histoire, cela devient une leçon.

Ce qui m'amène à la seconde partie de mon analyse sur l'imaginaire et la pureté. L'imaginaire, c'est la pureté, cela veut aussi dire que, contrairement aux apparences, le détour par la fiction nous rapproche du Réel, nous permet de le voir de manière plus claire, comme à travers d'une vitre que l'on aurait essuyé. Les orcs n'existent pas. Mais qui n'a jamais croisé des hommes au coeur d'orcs ? L'anneau unique n'existe pas, mais qui n'a jamais été tenté de s'appuyer sur sa seule imagination pour comprendre le sens de la vie et de la mort ? Qui n'a jamais désespéré de la Miséricorde ? On croit que l'imaginaire est un rideau de fumée, c'est un bloc de cristal, il ne faut pas le contempler, ni même le lire, mais s'en servir, comme d'une paire de lunettes, pour mieux comprendre la réalité.

Ce magicien est un vagabond (Gandalf), ce vagabond est un roi (Aragorn), ce roi est un jardinier (Sam, le vrai roi, celui qui est "de retour" à la fin du livre "le retour du roi"), ce jardinier est... (qui devinera la suite ?)

Raumolokë, ravi d'être de retour parmi vous

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